‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 135 sur 215 · IV. RACB DES ARTÀS ET DES SÉMITES · texte numérisé non relu

IV. RACB DES ARTÀS ET DES SÉMITES

mesure de la manière la plus parcimoDieuse et se borne au court espace de la vie d'un homme, tandis que les peuples vivent des siècles, et les modalités de leur existence ont le temps d'épuiser complètement leur action. Si Tétre humain perdurait pendant autant de millénaires qu*il subsiste d'années, l'influence des conditions de la vie sur l'homme interne ne se démentirait pas davantage à son égard.

De cette manière je crois pouvqir établir avec assez de sûreté ia différence intrinsèque existant entre le Babylonien et l'ancien Arjas. Comme leurs dieux sont façonnés, ils le sont eux-mêmes ; comme ils ont vécu ils ont d4 être. Que celui qui veut contester cette nécessité essaie de renverser la proposition sur laquelle je l'appuie; quant à moi je crois avoir exprimé une des vérités les plus inattaquables de la philosophie de l'histoire.

Je ne me tiendrai pas à la comparaison du Babylonien et de l'ancien Âryas, j'élargis mon champ d'observation et je rétends à leurs descendants, à tous les peuples formant leur lignée : Babylone donnant naissance aux Assyriens, aux Phéniciens et aux Juifs ; Tlran produisant les Indiens, les Iraniens et les Indo-européens ; en somme, d'un côté les Sémites^ de l'autre les Aryas dans le sens le plus large. Mon thème prend ainsi la physionomie qu'il a dans le titre de ce paragraphe: la race des Aryas et des Sémites. Je vais exposer les considérations qui m'ont porté à élargir ainsi mon travail.

Qu'aurai-je gagné pour le but de cet ouvrage â prouver que les Babyloniens et les anciens Aryas étaient des peuples de race différente? A l'aurore de leur histoire sur le sol de l'Europe, les Indo-européens rencontrent la civilisation de Babylone; celle-ci devient un élément de leur propre préhistoire — la j^r^histoire des Aryas en Occident se présente comme j^o^^histoire des Babyloniens. Or cette posthistoire s'étend sur tous les peuples descendant de ces derniers. Les descendants des anciens Aryas se rencontrent avec la

268 LIYRB II. — ARYAS ET SÉBflTBS.

postëritë des Babyloniens, sans que l'on puisse constater aucun contact antérieur. L^histoire, le plus souvent, ne laisse rien perdre de ce qu'elle a engendré de grand chez un peuple, elle le fait passer ailleurs par succession : les Aryas deviennent les héritiers des Sémites ; armés des ressources de leurs auteurs, ils furent élus pour ajouter un nouvel acte au prologue des annales universelles qui s'était joué chez eux. Qui ne se demanderait apràs cela : comment se fit-il que les Sémites disparurent et que les Aryas vinrent à leur place? La cause ne peut être que la supériorité de la race aryenne sur la race sémitique. La préhistoire des Indo-européens aura donc à nous révéler non seulement leur état lorsqu'ils entrèrent dans l'iiistoire, mais celui des Sémites lorsqu'ils en sortirent. Cette question résolue, nous saurons pourquoi les Sémites disparurent du théâtre du monde. Dans les limites de la capacité restreinte de leur race, ils avaient rempli leur rôle ; ils étaient épuisés, usés, affaiblis par l'âge- L'histoire n'avait plus besoin d'eux, ils pouvaient disparaître. Un peuple jeune, plein de force juvénile, grandi dans le silence les remplaça. Né sur un autre sol, doué d'une autre nature, il était en état d'accomplir une mission qui ne pouvait appartenir aux Sémites.

Tel est le motif de mes recherches sur les deux races. Elles dépassent si peu le cadre de mon étude qu'à leur défaut il ne serait pas complètement rempli. Le remplacement dans V histoire universelle du Sémite par V Aryas ne peut être rendu compréhensible qu'en montrant la supériorité de Vuu race sur Vautre.

Si je réussis à prouver pour tous les Sémites d'un côté, et tous les Aryas de l'autre, l'existence de certains traits communs, j aurai établi en même temps aussi quMls remontent à une époque antérieure à la dispersion des peuples primitifs. Ces traits sont ceux de la race originaire des peuples pères. Si même par d'autres voies, nous ne pouvions rien en démêler, la conclusion tirée des peuples fils aux

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peuples pères seule suffirait parfaitement pour ne laisser aucun doute. Et cette race originaire doit avoir ëtë imprimée d'une manière presque indestructible aux deux peuples pères pour se maintenir chez leurs peuples fils respectifs après plusieurs milliers d'années, ce qui se réalisa, comme nous le montrerons tout à Theure. Dans le Juif on reconnaît encore le Sémite des temps anciens; on retrouve le Babylonien et le Phénicien dans l'Indien actuel, et dans les peuples indo-européens on reconnaîtra encore l'antique Aryas. La loi qui en résulte c'est que le processus de première formation d'une race est décisif pour toute la vie des descendants. Bien des traits peuvent s'ajouter pendant leur développement; ils ne parviennent point à effacer l'effigie fondamentale de leur être, qui transparaît toujours clairement reconnaissable. Lh formation originaire de la race est pour les peuples sur la même ligne que Vinnéité chez V individu. Ce que la nature accomplit pour celui-ci dans le sein maternel, l'histoire l'accomplit pour ceux-là dans la première période de leur existence. Nous verrons plus tard de quelle manière l'œuvre s'accomplit dans notre cas. Dans les conditions extérieures Ae leur vie, telles qu'elles étaient inéluctablement tracées par leur nature, les Babyloniens et les anciens Aryas devaient nécessairement devenir ce qu'ils devinrent. Si les dissemblances existant entre eux se constatent encore chez leurs descendants après des milliers d'années, cela prouve que leur race respective doit déjà avoir été accusée de la façon la plus énergique à l'époque de la séparation des peuples fils. Cela résulte pour les anciens Aryas de l'attestation de la langue (p. 23) ; pour les Babyloniens du haut degré de civilisation qu'ils avaient déjà atteint à l'époque où les Phéniciens et les Juifs se détachèrent d'eux ('^*), ce qui n'a pu être que l'œuvre de milliers d'années.

(>8 0) j*en ai donné les preuves plus haut; je rappelle par rapport aux Phéniciens la navigation maritime, remploi des observations astronomiques

270 uvre ii. — aryas et semites.

2. Tentative patte par Renan pour réduire la différence DES ArTAS et des SÉMITES AU POLYTHEISME ET AU MONOTHÉISME.

XXXIV. Il existe le plus saisissant contraste entre l'importance que j'attribue au problème de la race des Sémites et des Arjas, et Tattention que la science a jusqu'ici accordée à cette question. Chez les historiens le plus profond silence règne à cet ëgard; même un homme comme Ranke, qui par la largeur de ses vues, ses efforts toujours dirigés vers la constatation de corrélations historiques et sa maîtrise pour caractériser les personnalités éminentes, était digne et capable comme nul autre de traiter cette matière, même lui, dans son Histoire universelle, l'a complètement laissée de côté. Ce n'est certes pas qu'il ne l'ait point aperçue — elle doit s'être imposée à lui — mais il l'aura repoussée parcequ*elle ne lui offrait point de perspective de solution satisfaisante. Il n'a pu, il est vrai, qu'être encouragé dans cette attitude par le seul essai fait jusqu'alors par un orientaliste, et qui assurément ne lui est pas resté inconnu. C'est celai de Renan("*) que je vais reproduire et examiner.

D'après cet auteur, le contraste entre Aryas et Sémites s'exprime par polythéisme et monothéisme. La grande diffé-

et de la colombe pour des buts nautiques; pour les Juifs, la construction de la tour de Babel, Tor et l'argent qu* Abraham emporta et leur connaissanoe des intérêts, qui met hors de doute Texistence des trois institutions caractéristiques de la vie clTilisée des Babyloniens: la navigation maritime, Tart de bâtir et le commerce, à une époque qui doit être reculée au moins Jusqu'à la tin du quatrième millénaire (fondation de Sidon yers Tan 3000). (tBi) Rbnjln. Histoire générale et tyetètne comparé des langues siw^ tiques. Première partie. Paris, 1855| p. 1. Suite dans le Journal Asiatiqiu, T. XIII, p. 215 à 282, 417 à 480. Paris, 1859, dans laquelle il défend son opinion contre les objections qu'elle avait soulevées. — Je citerai ces deox ouvrages par I et II.

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rence existant entre ces peuples aurait sa cause unique dans leur religion. Voyons ce qui en est.

Déjà à priori, cette opinion est peu vraisemblable. La religion ne constitue nullement tout Têtre d'un peuple, elle n'en est qu'un côte, très important peut-être^ mais peut-être aussi assez insignifiant. Qu'apprenons-nous de la difierence entre le caractère du Grec et celui du Romain si nous examinons uniquement la religion des deux peuples? Autant que rien. Comme nous apprenons infiniment plus lorsque nous étudions l'art et la philosophie chez celui-là, l'État et le droit chez celui-ci. Cet examen nous dévoile non seulement leur faconde considérer la vie mais encore leur rôle dans l'histoire universelle. Les Ârjas étaient autrefois polythéistes, par le christianisme ils sont devenus monothéistes. Si le polythéisme et le monothéisme avaient sur la race l'influence que veut leur attribuer Renan, les Âryas auraient dû devenir tout autres. Ils sont restés les mêmes. Le tableau caractéristique que Tacite trace des Germains, et César, des Gaulois, est encore exact dans ses traits essentiels pour leurs descendants. Même pour le peuple d'Israël, pour le peuple modèle du monothéisme, auquel en première ligne Renan a emprunté son image caractérisque du Sémite, il n'en est pas autrement. Nous verrons plus loin qu'il n'était pas monothéiste dès l'origine, et que ce n'est que plus tard qu'il substitua le monothéisme au polythéisme. D'après Renan, il aurait dû devenir ainsi tout autre que le peuple père babylonien qui s'en tint au polythéisme. Cela n'est point arrivé ; le caractère sémitique, abstraction faite de la religion, s'est conservé chez lui .

Ce qui a déterminé Renan à réduire la différence entre les Aryas et les Sémites au polythéisme et au monothéisme n^est pas malaisé à reconnaître. Au point de vue de l'histoire universelle, l'abandon par l'humanité du polythéisme est un des plus gigantesques virements survenus dans le cours de toute l'histoire. Les Aryas polythéistes, les Israélites et les

Arabes monothëistes — quoi de plus tentant que de fixer d'après ce fait, qui pour leur rôle différent est sans aucun doute de la plus haute importance, la dissemblance entre la race aryenne et la race sémitique ?

Nous Tenons de Toir que monothéisme et polythéisme ne su£Ssent point pour épuiser tout Tétre d'un peuple. La mesure que Renan croit posséder pour différencier les Aryas et les Sémites est donc, en toute hypothèse, trop étroite. Mais elle est en même temps fausse. Il n'est pas yrai que tous les Sémites ont été monothéistes ; seuls les Israélites et les Arabes le furent, et non les Babyloniens, les Assyriens, les Phénfciens. Encore les premiers ne le sont-ils deyenus que dans le cours du temps.

D'après Renan, le monothéisme forme le patrimoine originaire des Sémites, la nature même Payait mis dans leur berceau. Ils apportèrent au monde c la conception primititb de la divinité » (II. 418); c'est la < gloire de la race sémitique d'ayoir atteint, dès ses premiers jours ^ la notion de la divinité » (I. 5). Cette assertion suppose admis que le caractère des peuples leur est inné comme celui des indiyidus, et Renan n'hésite point à se rallier ouvertement à cette opinion encore très répandue ("*). J'ai déjà dit ce qu'il faut en croire. Le caractère d'un peuple n'est pas un produit naturel, c'est l'œuyre du temps, le précipité de tonte son existence historique. Le torrent de la Tie passe ayec fracas, mais le sédiment déposé dans les atomes isolés reste ;

C*) II, 445: « A Torigine, Tespèce humaine se trouva divisée en nn X ceriai n nombre de familles, ^norm^bnt DiyEKSBS les unes des autres, « dont chacune avait en partage certains dons ou certains défauts». « Ce fiût « de la race qui réglait tout dans les relations humaines n ne s*est que pea à peu, dans le cours du temps, affaibli à la suite des épreuves du peuple, et « ridée de race fût rejetée sur un second plan, sans disparaître pourtant tout « à fait, n

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— telle rhistoire du peuple, tel son caractère : esse sequUwr operari.

J'établirai plus loin que cette proposition est vraie pour les Sémites et les Aryas, comme pour tous les autres peuples da monde. Je vais d'abord prouver les deux thëorèmes ayancés ci-dessus (p. 273).

Les Babyloniens, les Assyriens, les Phéniciens furent de tout temps ('"') polythéistes et le demeurèrent toujours; pour maintenir debout à leur égard son affirmation du monothéisme de tous les Sémites, Renan a suivi une voie toute particulière. Les divers dieux de ces trois peuples n'auraient été que des noms difiérents d'une seule et même divinité, considérée comme unique, et dont les qualités et les faces maltiples étaient ainsi exprimées. Cette idée ne pouvait manquer de contradiction (*'*]. De cette manière on pourrait absolument supprimer la notion du polythéisme; ce qui est vrai quelque part doit l'être partout. Si les divers Dieux des Sémites ne sont que les noms dififérents d*une seule et même divinité, la même hypothèse doit s'appliquer à ceux des Grecs, des Romains, des Oermains. Lorsque, pour un seul et même Dleu^ on.se borne simplement à distinguer des qualités ou dos faces différentes, comme la chose se pratiqua, plus

(*") Sor Tasseirtioii qjie les Sémites ne le sont devenus qne lorsqu'ils 86 sont fixés en Mésopotamie et par les Accadiens^Summériens, ▼. plus loin.

C^) De la part des savants allemands en premier lieu, que je sache, par Stbinthal, ZetUch, fUr Volkerpspchoioçie und Spradmiisemehaft, T. I. Berlin, p. .328-945. Il serait parfaitement déplacé ici de donner d'autres indications bibliographiques ; Je remarque seulement que deux savanta allemands : Grau, SemUen UHd Indo-çermanen in ihrer Beitiekung nnr Religion und Wissênsok^t^ eine Apologie des Ckrietenihume vont SUtndpunkt der Yôlkerpsffckologie. SMtg, 2" édit. 1886, et Hommel. Die Semitisehen Sprachêft und Vùiker, T. I., Leipz. 1883, se sont ralliée à Rbnan en oe qui concerne le monothéisme des Sémites.

274 LIVRB II. — A.BTA8 ET SBMITB8.

que partout ailleurs, chez les Grecs (*")) cela se fait par apposition ou par addition d'un adjectif b^bq maintien du nm du Dieu, au singulier. Mais lorsque l'on rencontre le pluriel, comme chez les Grecs (^soi), chez les Romains [diij^ et chez les Babyloniens (Y. plus loin) ou plusieurs noms singuliers comme noms de Dieux, cela prouve que la notion de Tanite divine est étrangère au peuple, que celui-ci conçoit au contraire les porteurs des noms difiërents comme des individualités distinctes. Le pluriel de la langue est le pluriel des choses : le polythéisme; le singulier de la langue employé seul [un seul nom("®) : Jahvb, Allah, Dieu) est le singulier de la chose : le monothéisme.

Que les Babyloniens aient considéré leurs dieux comme des êtres personnels, cela résulte des formules imprécatoires mentionnées ci-dessus [p. 246 s.]^ et tout d'abord de ce qne les divers dieux, après avoir été invoqués isolément ("'), se trouvent tous compris sous la forme plurale : dei omnes supra fnemorati. Gela résulte ensuite de la diversité du rôle attribué à chacun d'eux dans la punition du criminel; tour à tour ils lui infligent un mal particulier. Mais la preuve la plus décisive, devant laquelle toute contradiction doit cesser, est fournie par la relation babylonienne du déluge,

(SBB) Comp. rënumération de la table de Prbllbk, OritehûrÂe Mftkoloçie^ pour les noms des divers dieux.

(*>*) Sar la forme plarale Slohim ▼• oi-dessous.

(>"7) Oppbbt et M^^ANT, 1. c., p. 103 : deut Anm^ Bell €t Sa, p. 104-105 : Nebo... Bin... Sin... Samas... Istar... Quia... Ninip... Nirçal.,. Zimal... Turda... Ishara. Les diverses divinités babyloniennes ne présentent aacan intérêt pour nous, v. à cet égard Hommbl, Die SemitUehen VâOter uni SpracheHy p. 870-397, résumé par Dunckbb, ChichkhU des Âltertkum, T. I, 5* édit Leipz. 1878, p. 267-272, Eduabd Mbybb, GackidUe des ÂUerthums. Stuttgart, 1884, T. I, p. 175, 176. Une table assyrienne compte huit dieux supérieurs, 50 dieux du ciel et de la terre et 800 esprits eélestee. DUNCKBB, p. 275.

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OÙ Tun dieu contrecarre et renverse les plans des autres. La relation se termine en disant que Chasis-adra, quand il fut sauvé, bâtit un autel sur le sommet de la montagne et y fit un sacrifice auquel les dieux affluèrent « comme des mouches > .

Il reste donc acquis que les Babyloniens ont été polj« théistes, et il en est de même des Assyriens et des Phéniciens. D'après Hommbl (1. c. p. 28) qui croit avec Renan â leur monothéisme originaire, les Sémites ne sont devenus polythéistes que plus tard, en changeant leur monothéisme primitif contre le polythéisme des Accadiens-Summériens. n n'a pas encore produit la preuve de son assertion, mais il Ta annoncée — il faudra donc attendre, mais je doute qu'il la fournisse. L'événement serait unique dans l'histoire; partout le polythéisme a précédé, le monothéisme n'est jamais venu qu'après. Cette opinion paraît provenir uniquement de ce que l'on a admis que les Hébreux ont été de tout temps monothéistes. Or, semble-t-il, si le peuple fils Tétait, le peuple père doit l'avoir été également. Cela repose sur de fausses prémisses.

Les Hébreux, et aussi les Arabes dont je n'ai pas encore parlé, n'ont pas été monothéistes à l'origine, mais le sont devenus dans le cours du temps. Pour les Arabes, le fait est incontestable. Leur conversion au monothéisme ne date point, il est vrai, comme on l'admettait jadis, de Mahomet seulement ; de nouvelles recherches ont au contraire établi ('"*) que si elle n'était pas complètement accomplie a

(tB8^ Wbllhausbn, SkUzen und Vorarèeiten, Z* livraison: Beste arahitehes Heidentums, Berlin, 1887, p. 184 : *< Au sixième et au septième siècle de notre ère Allah a complètement supplante les dieux » ... « Les païens, dit Maliomet lui-même, dans les moments du plus grand danger s'adressent toi^ours à Allah et non aux faux dieux ». La manière dont la conversion 8*est accomplie est ici magistralement exposée (p. 185, 186). L'expression : le Dieu (pour désigner le Dieu de la tribu seul), qui dans l'usage de la

cette époque, elle était au moins préparée. A mon avis, il faut admettre la même situation pour les Hébreux jusqu'au temps de Moïse. D'après la tradition de l'Ancien Testament, leurs ancêtres demeuraient en Mésopotamie. Leur chef de souche légendaire, Abraham, était sorti d'Ur en Ohaldée (Qenèse, 16, 28, 31), et son petit-fils y retoarna pour chercher une femme de sa tribu. Lorsque Jacob repartit, l'une de ses femmes, Rachel, emporta secrètement les faVfX dieux de son père (Genèse, SI, 19, 32^). H est donc impossible qu'Abraham ait déjà été monothéiste; d'ailleurs lui même, comme son monothéisme, sont des inventions de l'époque postérieure. A le considérer comme chef de souche de tout le peuple, il fallait inévitablement en faire un monothéiste. S'il eût été idolâtre, pourquoi son peuple ne Teût-il pas été également ? Abraham devait donc déjà connaître la foi en un seul Dieu, on ne pouvait laisser au peuple, toujours enclin à retomber dans son ancienne idolâtrie, un argument aussi fort que cet exemple.

• Qu'il s'agisse ici d'une pareille émendation tendancielle du temps primitif, opérée à la lumière et dans l'intérêt du temps postérieur, c'est ce qui résulte des traces du polythéisme primitif conservées, malgré tout, dans l'Ancien Testament, p. ex. Genèse, 6, 2 : c les fils de Dieu regardent iq^rès les filles des hommes >. Il faut ajouter l'attestation que fournit la langue dans la forme plurale : elohim (=» les dieux) pour désigner Dieul On ne saurait concevoir qu'elle eût pu naître chez un peuple croyant de tout temps en un seul Dieu ; elle montre qu'il avait originairement plusieurs dieux. Lorsque ceux-ci firent place au Dieu unique, l'expression fut conservée

langue régnait presque seule forma insensiblement la transition à Tidée d*un dieu identique, commun à toutes les tribus, unique et unirerael. Daos le Coran, on cite encore des £Btux dieux du peuple.

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et s'appliqua à lui (*'*). Ce n'est qu'avec Moïse que le monothëisioe apparaît chez les Juife» jusque là ils étaient adonnés au polythéisme. Ainsi, et ainsi seulement, s'explique la nécessité du commandement : tu n'auras pas d'autres dieux que moi. Si Rbnan avait raison de dire (II, 228) c que depuis une antiquité qui dépasse tout souvenir, le peuple hébreu posséda les instincts essentiels qui constituent le monothéisme », cet ordre aurait été aussi absurde dans la bouche de Moïse, qu'il le serait dans celle d'un prédicateur çaoderne. Pour un peuple chez lequel le monothéisme a passé dans la chair et dans le sang, il ne fallait pas prohiber le culte des idoles, pas plus qu'il ne faut, chez un peuple civilisé, défendre le cannibalisme. Ce que Moïse voulait prévenir, ce n'était pas la chute dans l'idolâtrie, mais la recAnte, qui était fortement à craindre pour ceux qu'il avait lui-même conduits au monothéisme, récidive souvent renouvelée au témoignage de la Bible. C'était une nouvelle docMne que celle que prêchait Moïse, en contradiction avec Y antique foi du peuple. Ses successeurs virent la lutte entre elles ; elle fut séculaire, jusqu'à ce que le souvenir et le respect de la foi première fussent complètement éteints et le culte des idoles radicalement extirpé : combat semblable à celui que le christianisme soutint chez les Oermains contre le paganisme, lequel persista pendant des siècles à ses côtés, dans une foule de vestiges et de réminiscences.

(*'*) Renan ne Teut pas admettre cela; il objecte (II, 228, 219) « qae les absorptions de divinités dont l'histoire des cultes polythëistes ofSre de nombreux exemples, se passent d'une autre manière : les divinités absorbées ne disparaissent pas entièrement ; elles sont subordonnées aux dieux supérieurs, comme demi-dieux ou comme héros »• L'assertion est renversée par la preuve fournie par W&llhausen (note 258) que les divers dieux des Arabes ont été entièrement absorbés, à l'époque historique, dans Allah.

278 LIVRE II. — ARTAS BT fiSMITES.

C'est donc Moïse qui le premier a prêche à son peuple la doctrine du dieu unique. Oà Ta-t-il puisëe? en lui même? Ce serait un événement sans égal dans l'histoire de Thumanité. Aucune grande vérité n'est venue au monde soudainement, sans transition, comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter; toutes ont exigé une longue gestation pendant laquelle elles devaient mûrir jusqu'à l'apparition de l'homme appelé à cueillir le fruit. Les esprits les plus éminents ont eu leurs précurseurs dans la recherche de la vérité. Et chez Moïse seul cette loi de l'histoire se serait démentie? L'évolution du polythéisme au monothéisme aurait dû s'accomplir dans son âme pendant le court laps de temps d'une vie humaine !

Enfant adoptif d'une fille de roi d'Egypte, Moïse, seul parmi son peuple, reçut une éducation qui ne pouvait échoir à aucun de ses compagnons de tribu : celle des prêtres égyptiens. Ils lui donnèrent des leçons de sagesse. Or chez eux, ainsi que l'a établi la nouvelle égyptologie, s'était formée de bonne heure déj à une doctrine gardée secrète pour le commun du peuple et restant l'apanage des initiés : la doctrine du Dieu unique (***), c du Dieu Soleil, unique, pri- < mordial, éternel. Il règne sur le monde et s'y manifeste; c tous les autres dieux ne sont que des formes ou des noms, c et Tesprit humain lui-même (Osiris) n'est qu'une émanation c de lui qui retourne à sa source après la mort. > C'est dans la caste sacerdotale, composée des esprits les plus éclairés, le seul collège religieux de l'antiquité qui se fût élevé jusqu'à la pensée philosophique, que la notion de l'unité divine pouvait se former insensiblement, c'est dans son sein que Moïse apprit à connaître et à pénétrer la vérité ; il la prêcha à son peuple, après l'avoir conduit hors d'Egypte. A la place

(}*^) V. à cet égard Éduard Mbtbb 1. c, formation do la doctrine monotliëiBte Becrèt^, $ 92.

du Dieu Soleil de TEgjpte, Moïse mit Jehovah, et au dogme de rémanation il substitua Taffirmation connue de la ressemblance de rhomme avec son créateur : c Puis Dieu dit : € Faisons Thomme à notre image, selon notre ressemblance.. . c il le créa à Timage de Dieu » (Genèse, I, 26, 27). Mais s'il faut lui refuser le mérite intellectuel de la conception de cette doctrine, il loi reste le mérite moral, encore bien plus grand, d'avoir mis à son service tout le prestige de sa puissante personnalité et de l'avoir imposée d'une main de fer à son peuple.

Il en est exactement de Mahomet comme de Moïse. De même que celui-ci ne devait pas sa doctrine du Dieu unique à sa propre conception, mais aux prêtres égyptiens, de même Mahomet ne conçut Allah que parce qu'il avait appris à connaître le monothéisme des Juifs et des Chrétiens vivant au milieu des Arabes. Partout où le monothéisme se montre, le polythéisme est près de finir, comme l'imperfection cède à la perfection — ce n'est qu'une question de temps : à la splendeur du Dieu unique pâlissent les Dieux, comme les étoiles devant l'éclat du soleil. Chez Mahomet également, le mérite de la nouvelle doctrine ne gtt pas dans rinvention, mais il lui reste aussi le mérite moral d'avoir converti son peuple en exposant sa personnalité toute entière.

La théorie de la tendance primordiale de la race sémitique vers le monothéisme s'est donc montrée historiquement insoutenable. Les deux seules tribus sémitiques chez lesquelles le monothéisme apparaît, après une longue pratique du polythéisme, les Hébreux et les Arabes, n'y sont pas arrivées par un instinct de race, mais elles ont été contraintes par le fer et le feu de subir les dogmes de Moïse et de Mahomet; — chez un peuple adonné au monothéisme de tout temps, il n'aurait pas fallu la menace de la peine de mort contre Tidolâtrie.

Mais le monothéisme des Bébreux ne mérite ce nom que

280 LIVRE n. — ARYAS ET SEMITES.

dans un sens très restreint. Ce n'est pas la croyance â un Dieo unique à côte duquel il n'j en a point d'autre, mais an Dieu d'Israël: à Jehovah. A ses côtes il y a des dieux distincts pour les autres peuples ; Jehovah est seulement le premier, le plus puissant de tous. En rëalitë nous avons ici à côte da monotAéisme national (hénothéisme, monolâtrie) un poly^ théisme international .

Tel est l'incommensurable progrès réalisé par le Christ. Le Dieu qu'il proche est le Dieu universel, et non celui d'un seul peuple; ses disciples doivent le frêeher i toutes les nations ; le Christ est l'incarnation de l'universalité de la religion, le dernier pas que le monothéisme avait à faire. Le chemin parcouru dans l'histoire pour aboutir finalement au christianisme est donc marqué par les stations suivantes: les prêtres égyptiens, — MoiJse, — le Christ, et comme successeurs de celui-ci, Mahomet et le bouddhisme dans sa forme moderne (non originaire).

Le progrès réalisé par le Christ n'appartient pas au judaïsme. Le Sémite ne conçut jamais que Vexclusivime national de la divinité, qui forme partout le point de départ de la notion de Dieu ; l'Israélite n'alla pas au-delà. Mais les Grecs avaient déjà franchi ce pas à l'apparition do Christ» et c'est pour cela que sa doctrine reçut chez eux un accueil qu'elle n'obtint jamais chez les Sémites. L'hellénisme de cette époque se caractérise par le cosmopolitisme qui l'animait, à l'extérieur comme à l'intérieur. Au dehors, par l'influence des Grecs sur tout le monde civilisé de ce temps, au dedans, par l'abandon réalisé par lui du principe exclusif de nationalité. Dégagé à l'étranger de tout lien national, citoyen du monde répandu partout, initiant tous les peuples à sa civilisation, le Grec s'était élevé dans sa patrie aux conceptions générales que trahit, sur le terrain religieux, la répudiation du nationalisme dans la notion de la divinité. H a ouvert la voie au Christ, et je vais même plus loin^ car je me rallie à l'opinion professée

lY. RACB DBS ÀRYAS BT DBS SEMITES. § 34. 281

par la nouvelle ëcole historique, que le Christ a subi Taseendant heHénique de son époque. Sa doctrine n'avait pas jailli du sol de son peuple — le christianisme marque au contraire une victoire sur le judaïsme; dès sa première origine il renferme un élément aryen. On a cru expliquer cette affinité entre lui et TAryas en disant que le Christ descendait d'un père de cette race. A mes jeux, cette attache physique n'a aucune valeur, elle pouvait exister on manquer sans que la parenté morale en résultât ou fût absente.

Quoi qu'il en soit de cette action exercée sur lui par l'hellénisme, le Christ n'en a pas moins fait un pas incommensurable en avant de ce dernier. Le dogme chrétien d'un Dieu unique pouvait ne pas être neuf pour THellène instruit, mais l'idée que Dieu est l'amour et que le salut de l'humanité entière est renfermé dans la charité, cette conception suprême, absolue, de râtre divin lui était étrangère. C'est à cette hauteur seulement» grâce à cet aboutissement non plus purement intellectuel, mais aussi moral, que l'universalité de la religion se trouvait réalisée en pratique^ et qu'un véritable message de salut s'adressait â l'univers. La croyance en un Dieu unique est chose purement intellectuelle; comme toute vérité purement théorique, elle se concilie avec une parfaite dureté de cœur; mais la foi en un Dieu d'amour exclut régoïsme, lorsque les sentiments de l'âme s'accordent avec l'enseignement dogmatique. Un Dieu d'amour, c'est la victoire de la charité comme principe de Tordre moral du monde.

J'en reviens au Sémite. Je crois pouvoir résumer les résultats acquis en disant que le monothéisme, bien loin de former l'héritage de la race sémitique, n'est arrivé à son véritable déploiement chez l'Aryas qu'avec la doctrine du Christ. Chez les Sémites, la divinité n'a jamais brisé les liens de la nationalité qui l'enserraient, même chez les Hébreux. Jehovah a'existe que pour son

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p6uple(**'); pour tous les Sémites, la cause dernière de la divinité, c*est Vigoïsme national : Dieu pour nous, mais non pour d'autres. L'idée de l'existence d'un même Dieu pour tous les hommes, Tidée de Vuniversalité ou de la communauté^ par opposition à la nationalité ou à Vexclusivismeen matière de religion, — cette idée sans laquelle le monothéisme n'est qu'un mot vide et non une vérité, a été réalisée par les Aryas les premiers, et s'ils ont pu le faire, il faut en chercher le motif dernier, non pas dans leurs hautes facultés intellectuelles — car sous ce rapport ils ne s'ont en rien supérieurs aux Sémites, — mais dans leur élan moral plus élevé, dans V idéalisme qui forme le trait fondamental de leur être (§36).

Cette opposition entre la nationalité et l'universalité sur le terrain religieux, se représente chez les Romains en matière juridique. De même ici le développement commence avec la nationalité et V exclusivisme : notre droit n'existe que pour nous : les. étrangers n'y ont aucune part('^*). Dans un intérêt propre, dans le but de rendre possibles les relations commerciales, ce principe fut peu à peu mis hors d'usage, mais il ne fut vraiment vaincu, c.-à-d. remplacé par celui de l'universalité, que dans le j'us gentium des Romains, établi à côté du droit national destiné exclusivement aux citoyens [jus civile\ comme droit général spécialement fait pour tous les peuples en relations avec eux. Le jus civile se trouve sur la même ligne que le polythéisme ou le monothéisme purement national; le jus gentium correspond au monothéisme international du christianisme, et les juristes romains attribuent à ce droit exactement le même carac-

(>•«) a Je sais le Seigneur ton Dieu ». Ton Dieu se rapporte ici, comme si souyent dans 1* Ancien Testament, non à l'indiTidu mais au peuple. Exemple: « qui fa ramené de l'Egypte n « parce que tu as ëtë en serritude au pays d'Egypte ».

(Mi) Y. mon Esprit du D. R. I S 19.

lY. RàOB des ÀRYAS et DBS SEMITES. § 34. 283

tère d'universalité que l'église chrétienne donne à sa religioD('*'). La notion de l'universalité apparut en premier lieu chez les Arjas^ elle est toujours restée étrangère aux Sémites.

Au prétendu monothéisme des Sémites se rattache, d*aprës Renan, an trait qui caractérise toute la race : l'intolérance religieuse. La tolérance est de l'essence du polythéisme, l'intolérance est spéciale au monothéisme. Mais en admettant qu'il ait raison, et je partage son avis, il en résulterait que son affirmation ne peut être exacte pour ceux des Sémites qui étaient polythéistes. D'après sa propre théorie, ils doivent avoir été tolérants. Bt ils Vont été. La seule circonstance que les Babyloniens n'imposèrent pas leurs Dieux aux Hébreux en exil à Babylone, mais tolérèrent l'exercice de la religion juive, en fournit la preuve. Et comment en eût-il pu être autrement pour les Babyloniens, les Phéniciens et les Carthaginois ? L'intolérance religieuse chez un peuple commerçant est une contradictio in adjecto. S'ils avaient voulu imposer leurs propres dieux aux peuples avec lesquels ils traitaient, ils auraient porté atteinte à ce que ceux-ci avaient de plus cher et de plus sacré; à la place d*un échange pacifique et de la permission de séjourner en pays étranger, ils auraient déchaîné une lutte mortelle. Chez les Sémites nous ne rencontrons Tintolérance religieuse, le zélotisme et le fanatisme, que parmi les monothéistes : Hébreux et Arabes de l'époque postérieure. A ceux là. Moïse avait expressément prescrit (Exode, 34, 13) que lorsqu'ils iraient en pays étranger, ils devaient c démolir les autels [des habitants de ces pays], briser leurs idoles et abattre leurs bocages sacrés ». Chez les Sémites poly-

(t6s^ L. 9 de J. et J . (1, 1) : Quod naturalis ratio interomnei homin&seoni' tiiuit, id apud omnes peraeque eustoditur vocaturque jus gmtium^ quasi quo jure omnes gentes uhsntur. De même le moyen âge qui mettait le droit romain comme raison révëlée {raHo scripta) en matière de droit à côté du cliristianisme comme religion révélée.

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théistes, on ne peut découvrir la moindre trace de pareille prescription (***).

Pour les Arjas, l'assertion est exacte dans toute son étendue. Aucun de leurs peuples n'imposa ses dieux, et ne chercha même à faire de la propagande en leur favear; à l'étranger comme chez eux, ils admettaient d'autres dieux à côté des leurs, et ce fut notamment un principe fondamental de la politique romaine en pays conquis, de ne pas apporter le moindre obstacle au culte national. Les Romains allaient même si loin, que dans le siège d'une ville étrangère, ils invoquèrent ses dieux protecteurs, en les priant de passer de leur côté [avocare deos) et de devenir les leurs.

Dans deux cas seulement, le pouvoir public à Rome semble s'être départi de cet esprit de tolérance. D'abord sous la république, au 2* siècle avant J. C, par rapport au culte des divinités égyptiennes, qui à cette époque se propageait déplus en plus, et contre lequel le Sénat réagissait de toute son énergie. Vers la fin de cette ère, ces dieux obtinrent non seulement tolérance, mais reconnaissance ouverte ;en Tan 43 les triumvirs élevèrent à Isis un temple public ; sous Auguste, il y en eut plusieurs. La seconde exception se place sous Tempire par rapport au christianisme, qui pendant près de trois siècles fut l'objet des plus cruelles persécutions. En réalité ce n'était pas l'esprit dHntolérance religieuse qui dictait cette conduite du pouvoir public, c'était : d'abord

(***) NôLDBCKB Orientalische Studien .BerMu, 18'72, p. 7, en se bas^t sar le premier livre des Rois (19, 10)> veut retrouver ce trait chez les prêtres de Baal également^ qui avaient « démoli les autels du Seigneur et tué bos prophètes avec Tëpée », mais il faut remarquer qu*ils n'étaient pas les prâtres d'un peuple étranger, mais ceux du peuple même (^ les en&nta d'Israël ») et que ce n'était qu'un acte de vengeance pour ce que leur avait fait Blie, qui avait tué par l'épée tous les prophètes de Baal (v, ibid. vers. 1).

lY. RAOB DBS ARTA8 ET DBS SÉMITBS. § 34. 285

Yineonvenance morale da culte — la prostitution dans le temple faisait partie du culte d*Isis — et ensuite, à côte de beaucoup d'autres maux dont on accusait faussement les chrétiens, le danger politique que Ton redoutait de la part d'une secte professant le principe que Ton doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

Le christianisme, le premier, a apporté aux Aryas l'esprit de l'intolérance religieuse. A peine sauvé lui-même des persécutions, il en appelle au pouvoir public, aussitôt qu'il est devenu puissant, pour faire décréter contre les hétérodoxes, les hérétiques, les apostats, les mêmes peines que l'on avait antérieurement infligées aux chrétiens. On ne peut attribuer cette tendance au fondateur du christianisme, elle émane non du Nouveau Testament, mais de l'Ancien, du judaïsme que celui-ci légua à l'Aryas. C'est un triste héritage ; c'est la tunique de Nessus qui a empoisonné son sang. Mais lui-même a dû l'expier amèrement. Dans les persécutions des juifs au moyen âge et dans Tanti-sémitisme actuel, l'esprit d'intolérance s'est retourné contre son propre auteur : — l'injustice que tu fais à d'autres, tu la paieras toi-même ; c'est la loi du talion dans la vie des peuples. L'Aryas échangera-t-il jamais l'esprit de l'Ancien Testament contre celui du Nouveau? ce moment semble être encore bien éloigné.

Ma critique de l'opinion de Rbnan se résume dans les deux propositions suivantes :

1 . Il n'est pas vrai que les dissemblances entre Sémites et Aryas se meuvent autour de la différence du monothéisme et du polythéisme ; tous deux étaient polythéistes à l'origine, comme l'ont été tous les peuples.

2. Il n'est pas vrai que l'intolérance soit de l'essence du Sémite, la tolérance de l'essence de l'Aryas. Aussi longtemps qu'ils professaient le polythéisme, ces derniers furent tolérants, l'intolérance ne les atteignit qu'avec le monothéisme. Elle apparsdt pour la première fois dans l'histoire chez les

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Hébreux 9 auxquels elle avait été inoculée par Moisé ; c'est lui qui a mis au inonde Tintolërance religieuse. Des Hebreax, l'esprit d'intolérance a passé avec le monothéisme aux Aryas, aux Arabes et à tous les autres adhérents de l'Islam : — la religion a appelé à son aide le fer et le feu.

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