I. VBR S/LCRUM
devons donc comparer lear départ aux invasions des Germains à l'époque des migrations, où des peuples comptant des centaines de mille hommes se mirent en route. Il n'y a qu'une différence; chez les Germains tous émigraient : vieux et jeunes, malades et infirmes, valides et invalides ; ici rémigration était partielle. Comment se la figurer? L'explication suivante va nous le dire.
Nous avons deux points de repère pour répondre à la question de savoir de quels éléments se composait la troupe. Le premier nous est fourni par le motif de l'émigration, le second par le ver sacrum.
Sans nécessité, point d'émigration, et si l'urgence résultait chez les Aryas de l'excès de population, ceux-là seuls devaient émigrer qu'il accablait: les opprimés, les gens sans ressources, les pauvres, les affamés ; les gens aisés, les riches, qui n'en souffraient point, restaient a la maison ; ils n'avaient pas le moindre motif pour échanger leur sort agréable contre un avenir incertain. Une participation de la classe fortunée à Texode peut tout au plus avoir eu lieu chez les fils cadets, auxquels ne souriait point le sort qu'ils avaient en perspective de devoir se soumettre, après la mort ou la destitution du père, à la puissance de l'aîné et de sa femme (p. 49 s.), ou bien pour les filles, quand elles préféraient le mariage avec un pauvre consentant à les amener avec lui, à l'incertitude de trouver un époux chez elles ou au peu d'estime dont elles jouissaient dans la maison paternelle. J'apporterai plus loin une autre preuve positive de mon assertion que la classe non possédante doit avoir fourni le contingent principal de rémigration ; c'est l'équipement des émigrants de la part du peuple.
Le "oer sacrum nous signale un autre élément : la jeunesse. Voyons ce qu'il en était.
De même que les riches demeurèrent parce qu'ils n'avaient pas besoin d'émigrer, de même restèrent les incapables de se déplacer: les vieux, les faibles, les lâches. On n'avait que
804 LIVRE III. — DÉPAET DES ARTAS.
faire d'invalides dans une entreprise liée à des dangers, à des fatigues de toute espèce ; ils auraient sans profit encombré la marche. Chacun devait se montrer homme, et cela supposait qu'il fdt apte à la guerre : sain, fort, courageux, resoh. Faute de renonciation yolontaire par ceux dépourvus de ces qualités, les émigrants avaient le plus grand intérêt à ne pas s'adjoindre d'invalides. La considération de l'entretien pendant la marche imposait cette exclusion ; celui-là seul qui était en état de mériter par son service guerrier le pain donné par l'administration de l'armée, était digne de l'obtenir. Pendant la marche, ceux-là mêmes qui avaient vieilli avec honneur devaient dire adieu à la vie quand ils n'étaient plus utiles» à bien plus forte raison ne se sera-t-on pas encombré, en quittant le pays, d'infirmes ou d'hommes dont l'aptitude à la guerre devait finir bientôt. A bas les vieillards — tel était le cri au départ aussi bien que pendant toute la migration; celui qui veut partager le repas doit partager le combat. Et ce qui était vrai des vieillards doit l'avoir été aussi des autres invalides : des faibles, des malades, des lâches; en ce point encore, Pusage postérieur d'exposer les enfants débiles fournit un point de repère historique. L'aptitude guerrière était une condition indispensable pour prendre part à l'exode.
Cette assertion suppose que la participation ne dépendait pas d'une façon absolue de la volonté de l'individu, que bien au contraire l'autorisation d'accompagner dépendait, soit des diverses communes, soit de la direction supérieure de Tentreprise. Qu'il y avait des chefs, cela résulte de la nécessité de régler deux autres points, avant le départ : Vépoque de Vexode, qui devait être fixée au préalable afin que dans Tintervalle on pût faire les préparatifs nécessaires, et ensuite la question des vivres. Savoir qui pouvait prendre part à la marche ne le cédait pas en importance, et le rapport que ce point avait avec la question des vivres supposait qu'il devait être décidé d'aa-