‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 149 sur 215 · VER SACRUM · texte numérisé non relu

VER SACRUM

da peuple se retrouve dans le fait antique, comme tous les autres éléments du ver sacrum. La nécessité de ce décret, sur laquelle insiste le Pontifex maximus[^^^)^ doit avoir eu sa raison d*étre en ce que les choses s'étaient passées ainsi à Torigine. Qu'est-ce qui pouvait porter le peuple à s'émouvoir? Poser la question c'est la résoudre. Il s'agissait dans rémigration d'un intérêt national, de la délivrance du peuple de ses misères. C'était la question sociale comme on dit aujourd'hui, qui se présentait pour la première fois à nos ancêtres, la sollicitude pour le sort des classes indigentes, le triste problème de l'alimentation ou du pain du pauvre. Là où il j a assez de vivres, il suâStpour aplanir toute difficulté que les riches abandonnent un peu de superflu, mais lorsqu'il j a disette, il ne reste qu'à émigrer. Mais le départ lui-même suppose que tout au moins pour le temps le plus proche la nourriture soit assurée, sinon l'entreprise mène à une mort certaine par la famine.

Assurer les subsistances est la première préoccupation qui 8*impose lorsqu'une masse se met en mouvement, qu'il s'agisse d'une armée comme de nos jours, ou d'une population totale ou partielle comme au temps de la migration. Ce soin ne peut être abandonné à l'individu; la matière doit être réglée par voie d'autorité. Lorsque les Helvétiens émigrèrent dans les Gaules (GiESAR, de bello gallico, I, 5) il fut ordonné par décret à chacun d'eux de se munir, pour lui et les siens, de trois mois de vivres. Le trimestre que Ton avait en vue, était le printemps; on partait en mars et cette saison, chez les Âryas, était considérée, nous le montrerons tout à l'heure, non seulement comme l'époque du départ, mais aussi comme période de migration; on faisait halte pendant l'été et l'hiver.

('*•) TiTE LiVB L c. omnium primum populum consulendum de vere sacro,,. injutsu popuH voveri non passe.

Les Helvétiens, déjà devenus ua peuple agricole, avaient des approvisionnements consistant en farine (CiSSARy 1. c, frumenium — molita cibaria)\ les Aryas, peuple pasteur, n avaient que du bétail. De même qu'en Helvétie, rémigration aryenne a dû être préparée par un décret imposant à tous l'obligation de se munir, pour eux et leur famille, du bétail nécessaire. Mais qu'arrivait-il de celui qui n'était pas en position d'exécuter Tordre, du malheureux qui avait gardé les troupeaux du riche pour gagner sa pauvre vie, sans posséder un bétail personnel? Pour se débarrasser de cet indigent, c.-à-d. de toute la masse de ceux qui se trouvaient dans la même situation il ne restait aux riches qu'à leur donner le nécessaire. Si ce soin avait été abandonné à leur bon vouloir, combien n'auraient pas su s'en affranchir, et cependant il était de l'intérêt de tous que rémigration fût rendue possible; il s'agissait d'écarter un danger qui pouvait menacer les classes possédantes de la part des pauvres. C'est pourquoi 11 fallait un décret imposant au propriétaire, en vue de rendre l'émigration possible, le devoir de céder une partie de ses troupeaux; il s'agit de ce que nous appellerions une taxe proportionnelle sur la fortune présumée.

Cela nous explique les paroles du Pontifex maximus : injussu populi Vùveri non po^àc; le peuple seul pouvait se frapper d*impôts.

Pour établir des impôts, il fallait apprécier les besoins; leur connaissance supposait la fixation du nombre des émigrants et de la quantité de bétail qu'ils pouvaient fournir. Il est inadmissible que cette question préalable ne fût d'abord résolue. On ne pouvait se renseigner à cet égard qu'au moyen d'une ordonnance invitant quiconque voulait s'expatrier à manifester son intention en temps utile, dans sa commune, et à indiquer la composition de sa famille et la quantité de bestiaux se trouvant en sa possession. On devait donc faire dresser partout des listes transmises ensuite d'une

]. YBR SACRUM. § 38. 313

façon quelconque, soit directement, soit par Tintermëdiaire des clans et des tribus, à l'administration centrale, dont nous devons nécessairement supposer Texistence. Lorsque le total des ëmigrants et des têtes de bétail était ainsi connu, on fixait, dans la mesure qu'exigeaient le nombre d'hommes et la durée probable de l'alimentation, ce que les hommes restant au pays devaient suppléer. Pour déterminer l'importance de cette contribution, il fallait un recensement des troupeaux. La répartition entre les riches se faisait d'après les résultats de cette opération ; les petites gens, possédant peu de bétail, n'étaient sans doute pas inquiétés.

Un recensement à l'époque primitive I quel anachronisme, s'écriera-t-on? Je dois passer condamnation si l'on ne veut point admettre comme probante pour les anciens Arjas, la conclusion que l'on peut tirer de l'exemple des Celtes. Chez ce peuple, la confection des listes était complètement organisée à l'époque où César fut en hostilités avec eux. II trouva dans le camp des Helvétiens, qu'il avait vaincus après leur invasion en Gaule, la nomenclature la plus précise, non seulement du nombre d'hommes en âge de combattre, mais aussi de ceux qui ne pouvaient porter les armes, en distinguant spécialement les enfants, les vieillards, les femmes ('*^); de même pour leurs alliés. Ailleurs,

C*^) CiLBSA.B, de bello g:all. T, 29 ; tabulae litteris Graecit eonfeetae, quibiu in tabulis nominatim ratio confecta erat, qui numerus domo eœissei eorum^ gui arma ferre passent ^ et item sbparatim pueri, senes^ mulieresque. Le nombre total des Helvétiens était de 263,000, et 368,000 avec les alliée, celui des hommes en âge de combattre était de 92,000, jostci le quart du nombre total. Dans l'exode des Aryas, où les vieillards et les hommes appfo* chant des limites de Tâge viril n'ont pas accompagné ^t où bien dss jeunes gens v^.naient & peine de prendre femme, où par conséquent le chiffre des enûmts doit être évalué plus bas, le total des hommes capables de porter les armes doit avoir été encore plus élevé.

314 LIVRE m. — DÉPART DES ART AS.

CÉSAR donne également des renseignements circonstanciés (II, 4, VII, 7 1 , 76] sur les forces qui lui étaient opposées dans ses autres combats contre les Gaulois. Évidemment il les devait aux émissaires qu'il envoya chez toutes les tribas celtiques et son enquête suppose l'existence d'une statistique. Vercingetorix à son tour sait déterminer avec précision la durée probable des approvisionnements de vivres des assiégés (II, 71). Ces données étaient donc également établies en chiffres.

Le recensement que nous rencontrons chez les Celtes, se retrouve chez les Romains dans le censtis. Dans sa forme historiquement attestée, celui-ci émane, comme on le sait, de Servius Tullius, mais je ne puis me figurer que cette organisation serait ainsi sortie de la tête de son créateur, sans aucun lien avec le passé, absolument neuve et complètement développée, comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter. La base existait déjà; Servius Tullius ne dut que l'appliquer. Il ne fallait pas un si haut degré de civilisation pour la mettre au jour ; l'exemple des Celtes est là, et la simple raison suffit pour en faire comprendre la valeur à un peuple guerrier.

Mais ni les Celtes ni les Romains n'ont eu besoin d'inventer le recensement; leurs ancêtres leur en avaient épargné la peine. Ce que les Helvétiens ont fait en quittant leur patrie, les Arjas l'avaient déjà pratiqué dans les mêmes circonstances, en établissant en chiffres le nombre des émigrants. A cet égard, une impérieuse nécessité n'existait pas pour les premiers, puisque la fourniture de l'approvisionnement obligé incombait à l'individu ; pour ces derniers, au con* traire, Timposition au peuple d'une contribution était indispensable et la répartition entre ceux qui restaient au pays devait se calculer au prorata de ceux qui partaient et de leurs besoins. Si c'est à bon droit que j'admets cet impôt, cette gabella emigrationis dans le sens passif, comme on pourrait l'appeler, il en résulte la preuve que la statistique

Page 1