‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 150 sur 215 · I. VER SACRUM · texte numérisé non relu

I. VER SACRUM

remonte pour ses premières origines jusqu'au peuple père aryen.

Jusqu*îci je n'ai pas encore démontré Texactitude de cette assertion. A cet effet, il faut établir d'abord que, comme dans le ver sacrum, Texode des Arjas a été précédé d*un décret du peuple, ensuite que la remise de bétail qui en résultait ne constituait pas le sacrifice % la divinité de l'instituiion romaine, mais un secours aux émigrants.

Si le ver sacrum repose en réalité sur la figuration de l'abandon originaire de la patrie aryenne, — à ce sujet le lecteur qui aura lu tout ce que j'en dirai, pourra conclure — il en résulte qu'un décret du peuple doit avoir précédé colui-ci comme celui-là. Et comment pouvait-il en être autrement? Ne fallait-il pas, sans parler de l'accord sur l'émigration même, se décider sur une série de mesures préparatoires: sur Tapprovisionnement, la date du départ, le lieu du rassemblement ("*) ?

Dans le décret du peuple relatif au ver sacrum, le vœu a pour objet le sacrifice à faire des jeunes du troupeau. Ce détail, perdu de vue par les archéologues romains aussi bien que par les modernes, a une haute importance. Il nous rappelle le sacrifice du pâtre^ par opposition à celui de Vagriculleur; le pâtre immole à la divinité une tête de son troupeau, Tagriculteur offre les produits de son champ; tous deux font participer les Dieux à leur repas, — tel le repas, tel le sacrifice. Cette distinction de Tofirande sanglante et non sanglante, est d*une grande importance dans l'histoire de la civilisation ; elle nous représente deux formes de l'existence humaine et en même temps deux phases de son développement : la vie pastorale et l'agriculture. Le sacrifice sanglant

(*8*) Ces trois points sont expressément nommés par César comme objets de la décision des HeWétiens lors de lear exode, la question des vivres : I, 5, les deux autres : I, 6: diem dicunt qua die ad ripa.m Rrodàni omnes conveniant.

remonte aussi indubitablement à la période pastorale que le sacrifice non sanglant à la période agricole ; rimmolation est la modalité primitive, et même lors de la coexistence des deux formes, la première n'est pas née à côté de la seconde, mais remonte à un âge plus reculé, comme Tofirande du chasseur, qui est encore plus ancienne, p. ex. le don d'une biche en Tbonneur de Diane.

Dans la légende de T Ancien Testament, la distinction entre les deux sacrifices est personnifiée par Gain et Abel. c Abel € était berger, et Caïn laboureur; Caïn offrit au Seigneur c des fruits de la terre, et Abel les premiers nés de son c troupeau et ce qu'il avait de plus gras » (Genèse IV, 2 à 4). Caïn tue Abel. Je vois dans ce meurtre une allégorie de l'agriculture succédant à l'existence imparfaite du p&tre('**). La substitution d'offrandes pacifiques aux sacrifices sanglants était un corollaire obligé.

La légende nous montre le Romain agriculteur dès Torigine. Romulus, en fondant la ville, assigne à chaque citoyen deux arpents de terre labourable, et son successeur Noms Pompilius remplace l'immolation par l'hommage des produits du 8ol("*). L'identité entre le sacrifice et le repas domestique étant donnée, cette évolution justifie la tradition romaine, qui fait remonter à l'époque la plus ancienne le passage de l'alimentation animale au régime végétal. Ce fait résulte aussi du culte de Vesta, qui est, comme on le sait, un des rites primitifs du peuple romain. L'autel de Vesta symbolise le foyer domestique, l'offrande qu'il reçoit nous représente la nourriture habituelle du vulgaire. Celle-ci consistait en une bouillie ouite et assaisonnée de sel, préparée au moyen d'une espèce de grains, la première des céréales

("•) V. ci-deasuB, p. 103 s.

(«••) Pline H. N., 18, 2, §7 : I^uma institua deos fruçe coîere et fMla salsa supplieare^

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