I. VEU SACRUM
cependant un point reste dans Tombre, qui demande à être éclairci.
On consacre le bétail à naître au printemps prochain — j'ai déjà dit ce qu'il faut entendre par là (p. 291 s.). Pourquoi le printemps, et non pas toute Tannée? Serait-ce parce que les naissances se produisent au printemps T Cela est régulièrement vrai à l'état naturel pour la race bovine, mais non pour les chèvres, les moutons, les porcs. La venue des jeunes se détermine d'après l'époque du rut et la durée de la portée. La première correspond, pour les troupeaux, à l'abondance de la nourriture, c.-à-d. à l'été, la seconde est différente pour les animaux que je viens de nommer. Chez l'espèce bovine, la gestation dépasse neuf mois, pour les moutons et les chèvres cinq, pour les porcs quatre, de sorte que d'une façon normale la vache doit vêler en avril ou mai, et que la chèvre, le mouton, le porc mettent bas au commencement de l'année. Il devait en résulter, dans le ver sacrum^ que les possesseurs de moutons, de chèvres et de porcs n'auraient été que fort peu atteints par le vœu, tandis que les éleveurs de bêtes bovines supportaient le véritable fardeau. Si l'on avait eu en vue l'offrande aux dieux de tous les animaux nouveaux-nés, on aurait dû consacrer le produit de Tannée entière ou du moins de la première moitié. Alors les moutons, les chèvres et les porcs eussent été atteints dans la même proportion que les bêtes bovines. En se limitant au croît du printemps ; voulait-on peut-être épargner les possesseurs de ces dernières? Le véritable motif était autre ; il faut le rechercher, nous le démontrerons plus loin, dans la signification du printemps dans le ver sacrum. Au surplus, l'avantage qu'il consacrait en faveur des possesseurs de menu bétail, était trop précieux pour que Ton ne profitât point de la ressource qu'offrait ici la signification religieuse du printemps — même vis à vis^ des Dieux, le Romain ne s'oublie pas lui-même. Il faudrait bien mal le connaître pour ne pas
admettre que même les possesseurs de troupeaux de bœufs se sont servis d'un moyen tout indiqué pour réduire dans la mesure la plus étroite le croit du printemps : pendant les trois mois d'été ils ne laissaient le taureau s'approcher que des génisses qui devaient mettre bas au printemps, pour les autres on attendait le mois de septembre, de manière à avoir des jeunes en été. Ainsi le vœu n'était nullement enfreint, il ne concernait que : qicodver attulerit^ et n'enjoignait pas de faire le possible pour augmenter le produit du printemps. Les dispositions contenues dans la formule solennelle, relatives à l'emploi du bétail à sacrifier, étaient ellesmêmes conçues de façon à ouvrir une écfaiappatoire à quiconque entendait en faire usage : Si id morilur^ quod fieri opoRTEBiT, profanum esto neque scelus esta. Cet oportebit se rapportait probablement à la maladie du bétail; — avec quelle facilité on en trouvait des symptômes! Si quis rumpet occidetve insciens, ne fraus esto. Si quis regardait certainement les tiers('*^), non le possesseur lui-même; mais si un esclave, par mégarde^ confondait l'animal consacré avec un autre, cette méprise n'était pas le fait du maître, et ces esclaves maladroits n'ont certes jamais fait défaut. Aucune surveillance publique ne s'exerçait sur l'exécution du vœu, qui était entièrement abandonnée à la conscience de l'individu : quomodofaxit^ probe factum esto.
Nous avons remarqué plus haut (p. 292) que la formule solennelle du 'oer sacrum ne vise que les animaux et non les hommes, et nous avons établi en même temps qu'il est impossible que le texte ait été inexactement rapporté par TiTE-LivE. Nous nous trouvons ici, à ce qu'il semble, devant une énigme absolument insoluble. L'accessoire: le bétail,
(**') Le damnum injuria datum de la Lex ÂquUia^ chap. I : H quis oociDBBiT, L. 2, pr. ad Leg. Aq. (9-2), chap. III : H quis ruperit, L. 27, f 5 ibid.