‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 152 sur 215 · I. VER SACRUM · texte numérisé non relu

I. VER SACRUM

aux Dieux pour implorer leur bénédiction sur l'entreprise, ne choque nullement; nous pouvons, au contraire, considérer la chose comme certaine. Mais précisément parce qu'elle était toute naturelle, on ne comprendrait point qu'il eût fallu un décret du peuple tout entier pour l'ordonner. Même à Rome, malgré le développement qu'on avait donné dans l'intervalle au régime des sacrifices, les prescriptions rituelles du ver sacrum restent sans égales. Â côté des holocaustes incombant aux particuliers (sacra privata) ou à tous les citoyens {popularia)^ il y en a d'autres imposés à tout le peuple [publica) ou aux génies {çentilicia)^ mais les frais incombaient à chacun et n'étaient pas couverts par des impôts spécialement établis dans ce but. L'organisme du ver sacrum est si ouvertement incompatible avec l'aspect général des sacra qu'il ne permet aucune autre interprétation que la mienne: c'était le symbole d'un événement primitif.

Quoi qu'il en soit, l'offrande n'est pas volontaire de la part des individus, elle leur est imposée par un décret du peuple, et il est aisé de démontrer qu'elle ne pouvait avoir le même sens que dans le ver sacrum. Ici le vœu était conçu au conditionnel [si res publica — salva servata erit)^ là toute condition devait faire défaut. L'un s'appliquait aux fruits futurs du prochain printemps ; l'autre qui devait s'accomplir au moment du départ, ne pouvait avoir pour objet que des animaux nés, non le jeune bétail inutilisable, que le pâtre laissait grandir et engraisser avant l'abattage (**'), mais les sujets adultes et gras. Dans le ver sacrum^ ce cas était expres-

(3 9*) Lorsqu'il est dit dans la Genèse 4-4 : Abel ofîriiàe^ premiers nés ^e son troupeaa, les mots : « et ce qu'il avait de plus gras <> montrent qu'il ne faut pas entendre par là qu'il a abattu les jeunes qui Tenaient à peine de naître; par premiers nés, il fiiut entendre ici les premiers Jeunes de Panimal par opposition à ceux venus plus tard ; c'est l'idée de la prééminence de l'aînesse transportée de l'homme à l'animal.

sëment prë?a par un passage spécial de la formule solennelle : quifaxit quando yolet facito. A Rome, la consécration à la divinité précédait de plusieurs années le départ des émigrants; chez les Aryas, elle aurait dû avoir lien au moment même de l'abandon du sol natal. Le sacrifice du ver sacrum n'avait point de rapport intrinsèque avec ce départ, il n'était pas accompli pour attirer la bénédiction des Dieux sur la troupe partante, mais pour les remercier d'avoir délivré le peuple d'une grave calamité; chez les Aryas, il se serait trouvé en relation étroite avec l'émigration et aurait eu pour but de se rendre la divinité favorable ; bref, à Rome, il s'agissait d'actions de grâces; chez les Aryas, il ne pouvait être question que d'un sacrifice propitiatoire.

Entre le décret par lequel le peuple romain vouait les produits futurs du bétail, et le décret correspondant du peuple aryen dont il était l'imitation, le seul point commun reste donc que l'un et l'autre se rapportent aux troupeaux. Mais, en dehors du sacrifice, — qui, comme nous Tavons prouvé, ne se célébrait pas, — on ne poursuivait d'autre bot que de frapper la classe aisée d'un impôt facilitant l'émigration de la population indigente. A mes yeux, cette constatation a la valeur d'un fait historique complètement acquis; ceux qui n'y verraient q'une pure hypothèse auront à rechercher la possibilité d'énerver la force des preuves que j'ai apportées.

De même qu$ l'émigration de l'époque primitive se trouve figurée par les jeunes gens qui dans le ver sacrum quittent la ville, de même le décret concernant le bétail à fournir aux émlgrants est Timage du vœu qui consacre les troupeaux à la divinité. Dans les deux cas, un but religieux représentatif s*est substitué au but réel, entraînant nécessairement une modification de l'aspect extérieur de l'acte au sujet duquel mes observations actuelles et anté* rieures me dispensent de plus longs développements. Il est

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