I. VER SACRUM. Ji
tion. Le feu était allumé en plein air, ainsi qu'on peut encore l'observer de nos jours chez les troupes nomades de bohémiens et dans les campements de nos armées. L'allumage à Tair libre est la marque distinctive du séjour passager, le foyer est celle de la résidence définitive ; Tâtre était pour les Arjas le symbole de rétablissement voulu à poste âxe(^'*). Durant les trois mois du printemps fixés pour la marche, pendant lesquels on ne pouvait faire de longues haltes, on n'élevait point de huttes, on campait à l'air libre ou sous des tentes. Ce ne fut qu'après la fin de la période de migration que Ton bâtit des abris ou que l'on assembla les maisons de bois portatives, et les foyers; jusqu'alors le feu brûla toujours en plein air; même dans les tentes on ne devait pas en faire, à cause du danger d'in* cendie.
Ainsi s'explique l'obligation imposée aux vestales d'allumer le feu à l'air libre et de remplir ce devoir de la manière que nous connaissons. Ainsi s'étaient passées les choses pendant l'exode et pendant toute la période de migration ; le fer au moyen duquel l'époque postérieure fait jaillir le feu du silex était encore inconnu, et la coutume des temps primitifs était la règle pour le culte religieux comme elle rétait partout ailleurs.
Mais pourquoi préposer précisément des vierges à l'allumage du feu? Encore une coutume bien étrange. D'après l'idée fondamentale du culte de Yesta, il eût fallu des femmes, car ce culte symbolise le foyer domestique et celui-ci est confié à la garde de la femme, de la mère, et non de la fille. La fille trait les vaches (flyyanjjO, p. 32), la mère fait la cuisine. Dans le rituel du vestalat, cet ordre naturel de la maison se retourne, c'est la fille qui soigne le foyer et fait la cuisine. Que Ton n'objecte point que l'on
(i^*) ZiMMBR. AUindisches Leben, p. 148«
n*aurait pa imposer ce service à des femmes mariées, parce qa'il les aurait obligées à laisser là leurs maris et leurs enfants; on aurait pu prendre des veuves.
Pour préférer des jeunes filles à des femmes, il n'y avait donc aucune raison pratique; les idées religieuses pouvaient moins encore justifier ce choix, car la mère de famille, et non la vierge, personnifie le ménage, et si Vesta en est la déesse, la femm) était la prétresse toute indiquée. Voyons si cette fois encore Texamen des circonstances de la migration n'éclaircira pas le mystère.
L'armée fait halte ; il faut du feu pour préparer les aliments. Qui prendra ce soin? A coup sûr, ce ne sera pas l'homme; à moins que d'autres travaux qui ne peuvent être faits que par lui ne le réclament, il prend le repos mérité par les fatigaes du jour. Ce n'est pas davantage la femme; elle doit soigner son mari et ses enfants. Reste donc seulement la jeune fille. Mais toutes ne sont pas également aptes. On apprend facilement à traire, mais pour faire du feu, il faut une adresse particulière que Ton n'acquiert que par un long exercice, grâce aux leçons des gens du métier, et nous pouvons admettre qu'à l'époque ancienne comme chez les vestales, les novices prenaient leçon des plus expérimentés. Vesta ne réclamait qu'un petit nombre de jeunes filles ; originairement il n'y avait que quatre vestales, plus tard leur nombre fut porté à six Mais pendant la migration, lorsque le campement du peuple couvrait un large espace, il en fallait beaucoup, afin que du feu pût être allumé partout. On ne pouvait abandonner ce service au hasard, il fallait soigner au contraire pour qu'il y eût toujours des filles en nombre sufiisant ; or, ce n'était pas assez qu'il se trouvât auprès de chaque troupe une fille du feu, comme je l'appelle, car il en fallait d'autres pour relayer celles dont les forces s'épuisaient, pour remplacer celles qui devenaient malades ou qui mouraient, sans compter les nécessités du recrutement. Bref une organisation du service du feu s'imposait. Il n'en était pas