I. YBR SACRUM
autrement, sans doute, des vivres nécessaires ; Tintendance militaire devait y pourvoir et il ne s'agit au fond que d*un complément du service d'alimentation.
En ce sens les jeunes filles habiles à faire du feu peuvent être considérées comme des personnes investies d'une charge publique ; elles se trouvent sur la même ligne que les pontifes, experts dans la construction des ponts (§ 49), et les augures, versés dans l'observation du vol des oiseaux (§ 50); â tous, selon moi, le caractère sacerdotal était étranger au début, ils n'étaient que des spécialistes chargés de fonctions purement pratiques, réalistes, et s'ils participèrent plus tard au sacerdoce, c'est le fait de l'époque postérieure, à laquelle tout ce qui appartenait à l'antiquité apparaissait comme revêtu d'un nimbe religieux. Je crois, au contraire, que ces personnes eurentdès l'origine un c^v^cikve public ^ et j'appuie mon avis moins sur les attributions qui leur furent dévolues plus tard — conclusion que l'on pourrait contester — que sur les nécessités pratiques de la migration, réclamant impérieusement leurs services.
Je croîs avoir expliqué pourquoi anciennement, le soin d'allumer le feu incombait aux jeunes filles. Cet usage né de considérations de pur fait, se transforma dans la suite en commandement religieux exigeant que les prêtresses de Vesta fussent des vierges. Pendant la durée de leur fonction (30 ans), elles sont soumises à l'obligation du célibat et de la chasteté; ce sont les nonnes de l'antiquité romaine. Sous certains rapports, je conçois la chasteté, la jeune fille vouée à la divinité doit être pure et sans taches, mais le célibat paraît étrange. Si le culte de Vesta représente le régime domestique, qui a pour base la famille, comment le mariage de la vestale peut-il être en contradiction avec lui? Le vestalat semble, au contraire, être la digne préparation à la vie d*épouse, car mieux que nulle autre la prêtresse de Vesta devait être appelée à la garde du foyer domestique. Cependant, c'est précisément Ti^pposé I
33U LIYRB III. — DÉPART DBS ARYAS.
ExaminoDsde nouveau les traditions antiques, recherchons si les commandements religieux de l'époque postérieure ne révèlent aucune trace de la signification pratique des prescriptions primitives. Les filles du feu ne peuvent se marier pendant la durée de leur engagement. Pourquoi pas? Parce que la communauté doit être sûre de leur concours, et ne peut tolérer qu'elles aillent et viennent à lear fantaisie ; la liberté ne leur est rendue qu'après l'expiration du terme fixé. Mais pour ne pas aboutir au mariage par un détour, en se mettant par des relations charnelles dans la nécessité d'y recourir, et aussi pour parer aux empêchements résultant du mariage, elles doivent faire vœu de chasteté. Toute chute les expose au châtiment, non à cause de l'immoralité du fait, mais pour le motif purement pratique qu'elles ont compromis leur aptitude professionnelle.
Je me résigne à entendre qualifier d'indigne profanation cette signification prosaïque et matérielle d'un principe regardé à Rome comme sacro-saint. Moi-même, je ne l'aurais guère conçue, mais j'ai trop souvent réussi à ramener les pratiques relativement modernes du culte à des causes originaires réalistes, pour ne pas rester fidèle à mon procédé, partout où l'origine religieuse est d'avance exclue pour des motifs de fait. Ai-je bien fait? je prie le lecteur de suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il ait sous les jeux tous les résultats acquis dans cette voie; dès lors il pourra décider lui-même si mon explication du célibat et de la chasteté des vestales, basée sur des nécessités pratiques, peut être admise. S'il persiste néanmoins à la repousser, il aura à examiner comment il peut concilier ces prescriptions avec ridée fondamentale du culte de Vesta.
Mes adversaires n'y réussiront pas, et seront forcés d'avouer qu'il s'agit ici d'une chose inexplicable, ce qai équivaut, d'après moi, à une déclaration d'insolvabilité de la science. Certes il y a des cas où elle ne peut faire autre-