‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 169 sur 215 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

XLI. Les renseignements directs sur la période de migration nous manquent absolument. Au sujet des circonstances du départ, notre ignorance n'était pas moins grande, et cependant je crois être parvenu à les faire connaître. Essayons de réussir en suivant la même voie.

J'ai procédé en demandant à certaines institutions de répoque postérieure le secret de leur origine, et à défaut de résultats satisfaisants, j'ai cherché la solution dans le premier exode. Pour achever l'expérience, je devais soumettre la migration même à un examen identique. Si des faits isolés, se reproduisant à chaque nouveau départ des migrateurs, ont laissé des traces, les situations particulières, les organismes appartenant spécialement à la vie nomade, et possédant l'avantage d'une durée ininterrompue, ne devaientils pas, bien mieux encore, révéler leur existence? Qu'il en ait existé, il est à peine besoin de le dire. La vie d'un peuple errant est toute autre que celle d'un peuple établi; elle entraîne inévitablement des nécessités qui n'existent point pour ce dernier. A titre d'exemple, je citerai le service de ravitaillement, déjà nommé (p. 311 ss.) et d'autres encore

dont je parlerai dans la suite. Il faut ajouter que tout cet appareil était toujours en plein exercice au moment où Ton se âxa déânitivement, que chacune des diverses branches de la famille indo-européenne l'emporta dans sa nouvelle patrie, tandis que, pour arrêter la forme stable des faits passagers de Texode, il fallut s'adresser aux souvenirs du passé. L'organisation même de la migration dut se fîxer avec bien moins de peine.

Me basant sur ces considérations, j'ai abordé cette partie de mon travail avec l'idée préconçue que je devais faire des découvertes, et j'ai interrogé toutes les institutions de l'antiquité et du droit romains pour y constater des rapports avec la période de migration. Je m'attends au reproche d'être allé trop loin, mais une théorie nouvelle a quelque droit d'être exclusive en débutant; c'est à la critique à ramener les exagérations à une juste mesure. Je suis si persuadé, par les résultats obtenus, de l'exactitude et de la fécondité de l'étude de l'exode et de la migration poursuivie dans cet ouvrage pour apprendre à connaître l'époque primitive et l'antiquité romaine, qu'à mon avis, la mine est loin d'être épuisée par mes fouilles. Je ne doute pas que d'autres exhumeront bien des choses qui m'ont échappé.

Dans les pages suivantes, c'est encore en première ligne à l'antiquité romaine que j'emprunterai mes déductions sur les circonstances de la migration. Des recherches sur d'autres peuples indo-^européens ne présentent point d'intérêt particulier; elles ne nous apprennent rien de neuf et ne peuvent servir qu'à confirmer ce que nous savons déjà par les institutions de Rome.

De quelle manière l'antiquité romaine permet-elle de juger des institutions et des circonstances de la période de migra* tion? Mon étude de l'exode Ta déjà montré. Outre la linguistique qui, ici encore, ne refusera pas ses services, j'examinerai l'influence d'un mobile que j'ai déjà montré à l'œuvre. Depuis des années la thèse des causes anales me sert de

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