III. LÉGENDE DES HIRPINIENS
avec rage, la vision du passé se transforme souvent de telle manière que si les faits isolés restent dans le souvenir, leur succession dans le temps, et les liens de causalité qui les unissent disparaissent entièrement. Il en est de même pour les peuples. A l'aide de fragments épars, imprimés dans la mémoire, l'esprit restitue les figures à sa guise; les faits postérieurs se substituent à ceux du passé, tout se renverse, et le rapport de causalité se transforme totalement. Tel est le processus dans la légende hirpinieune. Lorsqu'on la considère sans prévention, on ne peut se défendre de l'impression que l'on n'a pas affaire à une création spontanée du cerveau, mais à une œuvre subtile dans laquelle il se serait agi, comme dans une mosaïque de mots imposés, ou daus une poésie en bouts-rimés, de recueillir certaines dates du passé, vivant dans lu mémoire du peuple. Si l'imagination populaire avait pu s'emparer librement de l'occasion que lui offrait une dénomination ethnique, pour trouver dans le loup l'explication de l'origine historique du peuple, elle aurait certainement trouvé mieux que le conte informe, aussi invraisemblable qu'artificiel et forcé, que nous offre la légende. Mais les repères qui jalonnaient sa route étaient imposés ~ l'itinéraire était obligé.
Je termine ici mes recherches sur le départ des Aryas de leur patrie primitive, pour les suivre dans leur migration.