Division de l'armée
XLIII. Un peuple qui abandonne sa patrie pour en conquérir une autre par la force a besoin d'une organisation militaire. Toujours exposé à se heurter à des résistances, il doit à toute heure être prêt au combat et dans ce but il ne suffit point qu'il ait constamment les armes à la main, mais il faut une hiérarchie exactement réglée et l'unité de la conduite sous un général en chef. Examinons ce qui en était chez le peuple fils aryen.
Il n'y avait point, chez le peuple père, de chefs exclusivement établis pour les besoins de la guerre; la division politique en tribus, clans, villages répondait en même temps à cette nécessité: ceux que réunissaient les occupations quotidiennes se retrouvaient ensemble à la bataille('*'). Tacite, il est vrai (Germ. c. 7), nous apprend que chez les Germains, les familiae et propinquilates combattaient ensemble ; dans Homère (Iliade II, 362), Nestor ordonne à Agambmnon « de ranger les hommes par tribus et par c familles, afin que l'une famille assiste l'autre et que les tribus s'entraident. » Mais cela est contredit par la circonstance que les Romains et les Germains étaient organisés numériquement. On rencontre chez les uns et les autres les décuriés et les centuries, chez les derniers, il y avait même
(**'^) ZiMMBR 1. C, p. 161 S.
des corps de mille hommes ("'). Comme la division de l'armée par nombre était inconnue des Arjas, je conclus de son apparition chez ces deux peuples, qu'elle a été introduite pendant la communauté de la migration. On doit, il est vrai, concéder qu'il est possible que cette organisation ait suivi la séparation et l'abandon de la vie nomade, mais si l'on compare les rapports de la migration avec ceux de l'établissement fixe, on ne doutera pas que cette hypothèse ne soit invraisemblable au plus haut degré ; ce serait placer l'origine d'une institution nouvelle non là où elle s'imposait, mais là où l'on pouvait s'en passer. Un peuple primitif parvenu à la stabilité de la demeure et chez lequel, en cas de guerre, chacun doit prendre les armes, peut se passer du nombre ; il est remplacé par la division en tribus et voisinages ; ceux qui sont réunis de cette façon forment les corps de l'armée. Un peuple guerrier peut également se passer du nombre, lorsqu'il émigré tout entier, car, dans ce cas, il s'en tient au groupement existant. Mais lors de leur première migration, tous les Aryas ne quittèrent pas leurs foyers, mais seulement une fraction, déterminée par des circonstances qui n'avaient rien de commun avec les divisions naturelles. Les districts où les mêmes causes n'agissaient que dans une mesure restreinte, par suite de l'existence d'une population clair-semée, ou à cause de grasses pâtures, fournirent peu d'hommes à l'expédition, tandis que les contrées trop peuplées ou stériles y contribuèrent largement. Comment main-
(810) Lat. decuria^ du sanscr. éfa^-tfra = contenant dix {dàkafis lat. decemy allem. zehn) ; centuria du sanscr. lant-ara contenant cent {Xant, lat. centum), La division par mille, connue des Germains (V. Sciirôder, Deutsche Reehtsgeschichte^ p. 30 n. 8), se trouve dans miles «comme le remarque déjà exactement Varron de L. L. 89... ^«o^ singulae tribus»., milta sngula mihtum mittebant) littéralement reproduit dans Tallemand: tausendgànger^ de milU, lat. anc. mile^ sanscr. mil = z% réunir. Vaniczbe, II, 730.