‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 175 sur 215 · II. ORGANISATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

II. ORGANISATION MILITAIRE

tenir dans un but militaire le classement en villages, et même en clans? Ici, un contingent inférieur à dix hommes, là un recrutement de plus de mille; ici un clan de quelques centaines, là une masse de plusieurs millions. Il ne restait plus alors qu'à recourir au nombre et ce n'était pas la première application de ce système; il était déjà entré en fonctions dans les listes formées pour régler la contribution aux vivres, et il suffisait de l'appliquer à la division de l'armée comme à son alimentation. Il est certain que Ton a ménagé autant que possible, les liens naturels existants; il eût été insensé de séparer sans nécessité ceux qui avaient toujours été unis et on aura agi comme de nos jours dans les districts de milice. Les contingents des diverses tribus, clans, villages ou familles, lorsque leur nombre était suffisant, restaient ensemble, mais étaient coordonnés numériquement. Ainsi s'explique le texte de Tacite relatif aux familiae etpropin^ quitates combattant ensemble, sans que nous devions rejeter les autres témoignages sur l'emploi du nombre dans Torganisation militaire des Germains, ou admettre une modification postérieure. II faut en dire autant de la légion antique de Rome, dont les 3000 hommes correspondent à 3 tribus, 30 curies, 300 gentes. Chez les deux peuples donc, le nombre a été maintenu à lepoque de rétablissement à poste fixe. S'est-il également conservé chez les Grecs, les Celtes, les Slaves? Je ne puis rien en dire, et je recommande la question aux gens du métier. Que le dénombrement, chez les Celtes, des hommes capables de porter les armes, ne suffit point pour répondre affirmativement, cela est évident, et je n'ai pas besoin de dire que la conclusion tirée de Tapparition simultanée du nombre chez les Romains et chez les Germains ne serait point affaiblie si l'on ne pouvait en prouver l'existence chez les peuples que je viens de citer, même en supposaiit que l'absence de preuve équivalût à l'inexistence de la chose même, ce qui est inexact. Créée pour les rapports de la migration, non seulement pour

la division de Tarmée, mais aussi pour le régime des vivres, Torganisation numërique fut abandonnée par les trois peuples lorsquMls s'établirent définitivement, que la subsistance fut assurée et que le régime militaire perdit de son importance.

Au moyen de ces données, je crois avoir mis hors de doute que l'ordination de Tarmée en usage chez les RomaiDs et les Germains remonte jusqu'à l'époque de la migration. Il ne faut pas comparer le peuple migrant à un torrent sauvage dont les flots déchaînés se frayent un lit avec la force des éléments ; c'est une armée qui dès le début, a l'époque du départ de la patrie, réclamait une organisation régulière. Tout ce qui concerne celle-ci : les subdivisions, les chefs, le commandement suprême, devait être réglé d'avance. La nécessité de cette coordination résultait de la circonstance que les divers contingents, séparés par de vastes espaces, devaient se mettre en marche à des moments différents* le mouvement commençant par les plus éloignés, pour finir par les plus rapprochés. Cela comportait non seulement la fixation de la date du départ, et l'indication des étapes de ravitaillement pour toutes les divisions, mais la mise à exécution immédiate du plan militaire de la migration : c'était déjà un commencement d'émigration, sur le sol même de la patrie.

Je ne puis abandonner ce sujet sans ajouter qu'à mes yeux l'apparition du nombre avec la fonction que je viens de décrire, constitue un changement de front très important de l'évolution historique. Il signale — pour me servir d'un terme favori de la science moderne — l'élévation de la division organique du peuple, au rang de division mécanique; la première est devenue^ celle-ci a été faite. C'est le même phénomène qui, d'après la théorie régnante, s'accomplit dans le droit : à sa forme originaire, prétendument exclusive, au droit coutumier, devenu sans aucun dessein, succède la forme légale, c'est^à-dire/â^f^^, créée avec inten-

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