II. ORGANISATION MILITAIRE
roi, dans lat. rew^ goth. reiks, irl. ri, dans rix^ syllabe terminale de noms propres [Orgetorix^ Vercingetoria), et dans le germ. rie (p. ex. TAeodoric, Âlaric){*^*). J'en conclus que la royauté a été maintenue pendant la migration. Cela n'empêche nullement qu'on ait pu lui donner une organisation conforme au but poursuivi. Chez le roi de tribu, les attributions militaires s'effaçaient devant le rôle politique ; le râjan (du sansc. rahy étendre, diriger) est considéré comme celui qui doit régler, mettre en état et conserver la chose publique; mais l'état normal est la paix; la guerre qui provoque Factivité du commandant en chef ne forme qu'une exception. C'est tout le contraire pendant la période migratoire: la guerre, alors, est l'état normal, et par cela même la position da roi est essentiellement autre ; il n'est pas à la tête d'un peuple, mais d'une armée. Il n'y a plus de peuple, mais des soldats; le chef gouverne des troupes, et non des citoyens; il occupe la même position que le herzog des Germains, qui conduit l'armée [heer ziehen)^ le fiaa-iXBvs des Grecs, mettant
(SS6) Ce suffixe doit avoir eu une signiâcation spéciale. Il ne désignait paa le roi ; les nombreux porteurs de ce nom, que César cite chez les Gaulois, ne sont pas des rois; ce sont simplement des individualités hautement considérées, principes, par leur richesse et leur position sociale. Le rapport incontestable de cette terminaison avec la royauté dans le sens ci-dessuSy c.-à-d. du commandement suprême, me fait présumer qu'à Texemple du mot byzantin porphyrogenitus^eWe devait rappeler la descendance royale; que rUc-ric doit donc être considéré comme le titre du fils, né au général d'armée pendant la durée de ses fonctions, mais de l'aîné seulement, le second n*y avait aucun droit. Ainsi s'explique que quelques princes du sang, p. ex. dans César, 1, 8. Casticus et Diviiiacus, ne portent pas ce nom. Les rois ne le portaient pas après leur élection, plusieurs exemples rétablissent sans conteste; lorsqu'un roi conserve ce nom, comme Cinge'. toriûf y Lugoioria V , 22, Ambioriw V, 26, c'est qu'il a succédé à son père dans le commandement. Ce que nous disons du suffixe celtique ria doit également être admis pour le rie germanique; ^/aric, Amalaric, Frédéric^ ThéodoriCf etc. sont donc des âls de rois.
en mouvement (/Sa/va;, dans le sens transitif) le xaéç, le rex romain et le reiis germain^ non dans le sens de : organiser {regere diriger) Tordre civil, mais de : diriger l'ordre de bataille. Aussi son pouvoir, sous tous les rapports militaires, est-il illimité, il a droit de vie et de mort. L'expression romaine est mpmt^^,c.-à-d. ëtymologiquement, le commandement [endO'parare^ imperare)^ le heerbann (ban militaire) germanique. Comme symbole, et en même temps comme moyen de réaliser ses droits absolus, le général romain a les fasces, les verges au moyen desquelles le coupable, au temps primitif, était exécuté, la hache ne s'y ajouta que plus tard (p. 72).
L'élection se fait par le peuple ; mais elle ne sufSt pas pour le mettre en possession de son autorité, il faut encore le serment de fidélité et d'obéissance. A Rome, Tallégeance s'établit par la lex curiata de imperio^ que le Hex propose lui-même (endéans les 5 jours); avant cela il n'a, pour employer l'expression romaine, qu'un titulus, il n'a pas la puissance méme("^); chez les Germains, le serment résulte du don d'une lance (*'•), et de l'élévation sur le pavois, symbole de sa prééminence au-dessus de la masse; chez certaines trib.us le chef choque sa lance contre celles de ses sujets ("•).
De même que le peuple lui transmet le pouvoir, il peut aussi le reprendre lorsqu'il acquiert la conviction que son maintien serait un malheur. La possibilité d'une déposition par l'armée apprenait au général en chef que sa puissance n'était pas sans bornes, et garantissait en même temps contre les abus. Ce que Tacite {Germ. cap. 7) dit des rois germains:
C^) Cic. de le^r. agr. II, 12: Consuîi si legem euriaiam mm habe^, attingere rem milUarem non licet.
C^) Orimm L c, p. 168: hasta signifera,
(339) SCHRÔDER 1. C, p* 18, Obligation par \e gdrethinw^ aaqael succéda plus tard le serment de sujétion.