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ciens, des constructeurs : les chefs des pontonniers. Cette opinion a rencontré beaucoup de contradicteurs{***), on semble ne pouvoir concilier une besogne aussi subordonnée que celle de lancer un pont, avec le caractère religieux de la fonction et la haute considération dont jouissaient les Pontifes. Voyons si Tépoque de la migration ne nous expliquera pas cette prétendue énigme.
Chez un peuple migrant les ponts jouent un grand rôle. S*il rencontre un fleuve qui coupe son chemin et qu'il ne peut passer à gué, il doit lancer un pont; ce cas dût se renouveler très souvent dans le long voyage des Indo-européens d'Asie eu Europe. Pour établir un pont, il ne sulSSsait point de la dépense de forces purement physiques qu'occasionnent le lancement et la confection des pieux, des poutres, des madriers et des planches ; il fallait une tête et un oeil exercés, la réflexion et l'expérience. Tout d'abord on devait déterminer l'endroit le moins profond et le moins rapide du fleuve, rechercher le profil du lit au moyen de sondages préalables à l'aide d'un bâton ou d'une sonde, à bord d'un bateau ou d'un radeau, afln de connaître la longueur obligée des poutres, placées non pas verticalement, mais en croix, comme nous le savons par l'appareil du pons suhlicius à Rome ('**). C'est le pont type de l'époque primitive, le seul entièrement en bois à Rome; tous les autres étaient de pierre» et nous savons que les clous de fer en étaient exclus (p. 38). Il en résulte que \q pons sublicius date du temps où Ton ne savait pas encore travailler le métal et employer la pierre pour bâtir. C'est ainsi que l'on comprend que le pont de bois se conserva chez les Pontifes^ qui non seulement.
('**) Non seulement chez les auteurs modernes, mais déjà chez les Romains. V. sur ce point et sur les étymologies forcées et parfois absolument impossibles de ce mot, Marquardt, dans Bbkkbb, Handb. der rôm, AlUrth., IV, p. 186.
('^^) Y. les preuves linguistiques dans Vàniczbk 1. c, II, 825.
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ainsi que nous TaTons déjà remarque, avaient leur looal officiel dans le voisinage, mais qui avaient à veiller à sa conservation ; comme partout, le clergé s'en est tenu ici aux institutions des temps primitifs, et n'a pas suivi le progrès que firent le peuple et les autorités séculières en passant du bois à la pierre et au métal. Le pons sublieius fut pendit longtemps, à Rome, le seul pont; la légende attribue sa construction à Ancus Martius. C'est un trait digne de remarque, on y trouve empreinte la destination militaire du pont. Non seulement il devait permettre à l'armée de passer le fleuve, mais aussi être facilement démoli à l'approche de l'ennemi; l'exploit d'Horatius Coclës démontre que cette opération se fit avec succès au moment où les Etrusques envahissaient déjà le pons sublieius. Les madriers étaient donc fixés à l'échafaudage au moyen de clous de bois, de manière à pouvoir s'enlever facilement. Grâce à cette combinaison, le pont servait d'ouvrage à la fois ofiensif et défensif; c'était une route ouverte pour l'envahissement des territoires . voisins et une barrière contre les agresseurs. Un pont permanent eût sacrifié Tinappréciable avantage résultant de la défense naturelle qu'offrait le fleuve; le pont mobile maintenait cette protection, et, à Tépoque primitive comme à Rome, cette considération a certainement été décisive dans le choix d'un emplacement. A défaut de fleuve, on cherchait un abri sur les hauteurs; la cité de Romulus jouissait d'une double sécurité : le Tibre et ses collines.
Sans parler des avantages qu'offrait le voisinage constant de l'eau, la valeur défensive d'un cours d'eau est si évidente^ que pendant leur migration les Indo-européens auraient dû être peu clairvoyants, pour ne pas suivre les rives des fleuves chaque fois qulls en avaient l'occasion. Cette tactique présentait cependant un grand danger; dans une lutte malheureuse avec un ennemi supérieur, la retraite était coupée. Ici éclate de nouveau dans tout son jour le service que pouvait rendre le pont; on le lançait en temps utile pour
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pouvoir au besoin fuir sur Tautre rive et on le démolissait après s'être mis en sûreté. Seulement cette manœuvre supposait que Ton fût toujours en mesure de le construire, c'està-dire pour parler la langue d'aujourd'hui , que l'on emmenât un parc de pontonniers. L'impossibilité de trouver partout le bois nécessaire suffisait seule pour rendre cette précaution obligatoire, sans compter l'économie de main-d'œuvre, et les inconvénients d'un long séjour dans des régions peut-être inclémentes. Nous savons que les Germains emportaient leurs maisons de bois sur des chars à bœufs: il faut admettre à bien plus forte raison qu'ils agissaient de même pour le matériel des ponts. Il en résulte un second motif en faveur de la mobilité des ponts; il fallait non seulement pouvoir les démonter rapidement en cas d'attaque, mais aussi conserver leurs éléments pour les reconstruire ailleurs. Faculté de désassembler toutes les constructions en bois dont on avait besoin pendant la migration et leur rétablissement à l'aide de clous de bois, tel était le principe de la technique, du reste peu développée, des Indo-européens pendant leur exode ('").
Etant donnée cette importance prépondérante du régime des ponts à l'époque de la migration, il ne pourra être douteux qu'il fût organisé d'une manière efficace, et confié aux mains de spécialistes possédant une prévoyance, des connaissances pratiques, une expérience dépassant la mesure ordinaire ; les travaux purement manuels» l'abattage et le dégrossissage du bois, l'assemblage et le démontage des diverses parties du pont pouvaient être exécutés par tous, et même dans l'antique organisation de l'armée romaine il y avait à cet effet une division distincte : \es/abri aerani^ nos
(te i) On en trouve une preuve intéressante dans PlimB| H. N. XXXVI, 15-23 décrivant le Suleuteriutn des Cyziques: Sine fbbrbo clàvo ita dispoiita cofUignatione ut eximarUur traàes $inefulturis ac reponatUur.
oharpentiers — * les fahH oêrarii du système militaire de Servius Tullius ne survinrent que dans la période du métal — mais la conception et le dessin du plan de l'œuvre, les dimensions, le choix judicieux des matériaux disponibles ne pouvaient être confiés qu'à des gens ayant pour tout cela des aptitudes particulières, à des techniciens. Si Ton y réfléchit, on ne doutera pas que ce fussent les Pontifes. Â l'attestation étymologique que leur nom jette dans la balance, s'ajoutent, en fait, encore deux motifs : la hache, symbole de leur profession, et la circonstance qu'ils avaient leur local officiel au pons sublicius. Pour les temps postérieurs, ce voisinage n'avait plus que la portée d'une réminiscence historique de répoque ancienne; durant la migration, elle était d'une importance pratique éminente. Les Pontifes devaient édifier leur demeure à proximité de leurs constructions afin de pouvoir surveiller les travaux, et leur présence restait nécessaire pour qu'ils fussent toujours prêts au démontage, â l'approche inopinée de lennemi.
La mission sacerdotale des pontifes est dans le rapport le plus étroit avec cette fonction technique. D'après une opinion très répandue chez les peuples primitifs, le lancement d'un pont est une faute grave contre le Dieu du fleuve; on lui impose un joug, et il se venge en détruisant la barrière('*']. Aussi fallait-il se le concilier par la prière et les sacrifices. Mais cela ne suffisait point. Lors d'un passage A gué, la divinité fluviale aurait pris ses victimes — elle guette comme le crocodile au fond de l'eau, avide du sang humain ; — on l'a déçue en faisant un pont, et elle a droit à sa proie. Pour la satisfaire, on jette les vieillards à l'eau, du haut du pont. L'inanité de leur résistance les désignait d'avance, tandis
{»6 8) Je considère comme un dernier reste de cette idée chez les Romains, qu*à Pépoqae postérieure encore, la destruction du pont par le fleuve passait pour an prodiçium, Tëmoigrnages dans Marquardt, Bskker, Banda, der rôm. AUerth. IV, 186.