V. EXPERTS
technique, et ce point me paraît mis hors de doute par les considérations ci-dessus. Us avaient offensé la divinité du fleuve, o*était à eux de réparer la faute. A cet effet, leur qualité sacerdotale était indifférente, ils faisaient le sacrifice non comme prêtres, mais comme auteurs de Tinjustice. Qu'un caractère sacré leur fût originairement tout à fait étranger, c'est ce que démontre la langue, qui ne leur a pas donné le nom de Jlamen {**''), appellation caractérisque en cette matière, mais les a plutôt désignés d'après leurs occupations pratiques. Les prêtres, dont les migrateurs ne manquaient sans doute pas, ne pouvaient présider au sacrifice, car ils étaient établis pour les divinités nationales, et le dieu du fleuve était un étranger. A son égard, le subterfuge de Vevocalio deorum^ employé par les Romains lors du siège d'une ville ennemie, était sans application ; on ne pouvait lui assigner une autre demeure, tous les fleuves ayant déjà leurs divinités. Il ne restait donc qu'à agir de la manière indiquée, et cela ne pouvait se faire par des prêtres, mais seulement par les Pontifices. Le caractère des Pontifes conserva toujours des traces de leur situation originelle, même lorsqu'ils furent élevés à la dignité sacerdotale la plus influente et la plus considérée. En effet, par une contradiction significative, ils ne prenaient place qu'après les flamines, et seulement au 5' rang de la hiérarchie ecclésiastique — les flamines KSdÀeiïièié prêtres dès leurs débuts, les Pontifes Tétaient devenus.
Je crois avoir démontré comment l'origine historique de leur mission sacerdotale se rattache à leurs fonctions techniques ; le sacrifice des Pontifes et l'offrande des vieillards étaient nécessairement imposés par les idées de l'époque primitive sur la faute commise envers le dieu du fleuve par la construction d'un pont, et sur la nécessité d'une expiation.
(8<t 7) C.-à-d. les boute-feui, ceux qui allument le feu du sacritlce ; analogie avec flamme. Vani^zbk 1. c, II, 618.
A ces attributions pratiques, je relie deux faits que les annales romaines nous signalent au sujet des Pontifes : Vart d^ écrire j et leur relation avec le droit,
Vart d'écrire. Chez tous les autres peuples, nous rencontrons l'art d'écrire d'abord chez les prêtres. Pourquoi cet ordre est-il interverti à Rome, en faveur des Pontifes, à l'exclusion des Flamines ? Ecrire, c'est marquer, tracer des signes sur un objet quelconque. Les premiers qui usèrent de cette pratique à Tëpoque de la migration, parce qu'ils devaient y furent les pontifes ; ils étaient obliges de dessiner le plan du pont, de marquer la mesure des poutres, des madriers, des planches, pour contrôler l'exécution de l'ouvrage. Aux premières notations employées par les pâtres, à l'origine (p. 28), succédèrent, pendant la migration, les signes dont le pontifex devait user pour fixer le plan de sa construction^'') : des lignes et des chifires. Ici encore la peau de vache dut servir de tablette et les matières colorantes tracèrent les figures (p. 80]. Ainsi, pour la première fois, la mesure, et son corollaire, le chiffre, furent l'objet d'une constatation écrite — l'embrjon des mathématiques. Le Pontife mesureur de l'espace engendra le calculateur du temps; du calcul et de l'annotation des mesures du pont sortit la mesure du temps : le calendrier. Le Pontife est le mathématicien officiel du peuple, l'expert des dimensions et de la durée. De l'art indispensable pour lui de dessiner le plan des ponts se développa l'art d'écrire — du dessin à l'écriture il n'y a qu'un pas — et ainsi s'explique qu'à Rome, il en fut autrement que partout ailleurs ; ce ne sont pas les prêtres, mais les Pontifes qui sont devenus les premiers maîtres d'écriture do peuple.
(>"*) [L*6diteur ne peut laisser de remarquer ici, que d'après Jhbrinq, on avait établi des listet avant le premier exode des Aryas, ce qui suppose qu*ayant la migration déjà, Part d^écrire fût connu et passablement développé. Comp., p. 813 s.].