V. EXPERTS
des choses que Démocrite avait en vue; il ne s'inquiétait que de savoir ce qui pouvait avoir porté l'homme à examiner les viscères de l'animal abattu, et à mon avis il avait frappé juste. Ce n'est pas à lui que je dois cette découverte, elle procède de Tidée qui m'a guidé dans toutes mes recherches sur la préhistoire du droit romain: la reconstitution des circonstances de la migration, et je me réjouis d'avoir pu tirer d'un oubli ^immérité et remettre en honneur l'opinion d'un savant, qui a trouvé si peu de crédit dans la science des antiquités, qu'on ne l'a pas même jugée digne d'une mention.
A mes yeux, l'origine historique de l'examen des viscères est déjà établie par le motif que je viens de donner. Un peuple pastoral sait ce que vaut pour le bétail la nourriture et l'eau, il sait que l'on peut reconnaître la valeur de l'une et de l'autre par l'état des viscères, et il n'en faut pas davantage, à mon sens, pour être certain que les Indo-européens ont réellement usé de ce moyen pendant leur migration ; ils n'auraient pas été ce qu'ils étaient, s'ils l'avaient omis. Si l'on rejette cette explication, il ne restera plus qu'à admettre qu'à l'époque primitive on croyait que la divinité se manifestait dans le ventre d'un bœuf {interesse deum singuli pecorum fissis) .
Une trace de la signification originelle de l'inspection des viscères s'est encore conservée dans une expression technique de la discipline augurale romaine : pestifera auspicia. Paul Diacre (*^") donne comme hypothèse: quum cor in extis aut caputin jocinore non ftiissety et Festu8("°) donne comme sens de cette expression : qtcae mortem aulexilium ostendunt. Il parle aussi (p. 210) d'un pesti/e7*um fulgur^ quo mors exiliumve significari solet. Que lexpression grammaticale pestiferum n'ait pu être inventée, à l'origine, pour la foudre,
(3 7 9) FssTus. Epit.» p. 244. Peatifera. (58 0) Pestifera, p. 245.
cela n'a pas besoin de remarque, sa formation n'était possible qu'à propos d'un objet donnant matériellement prise à l'idée de pesiiferum : les exta. Mais qu'est-ce que la mort et l'exil ont ici de commun SLYec pesti/emm? La signification primitive du terme ne peut être empruntée à ces malheurs, et les deux lacunes mentionnées par Paul Diacre n'ofirent aucune relation avec eux. L'énigme se résout lorsque l'on fait intervenir mon opinion. L'état anormal des v«cères autorise à conclure à Isl pesHlentia loci ('**), et il menace le bétail de perdition ; le signe est donc, dans l'acception la plus rigoureuse du mot, un pestiferum, c.-à-d. menaçant de perdition. La même idée est indiquée dans un passage mutilé de Festus (p. 1{>7 muta exta)^ dans lequel les mots: a veneno talique (r^)... instare periculum sont conservés; les herbes vénéneuses de la prairie présentent le rapport le plus naturel avec le poison (L. 19§ 1, Loc. 19-2: herba mala^ et plus tard venenosa) .
Nous avons constaté les relations des exta et de la pesti^ lentia dans la légende hirpinienne que nous avons précédemment rapprochée de la migration des Indo-européens (p. 343), et j'y reviens ici pour expliquer, ainsi que je l'ai promis, quel rapport les exta avaient avec la vie nomade. Ils formaient, avec les autres traits déjà rapportés, un élément si essentiel de la période migratoire que l'on comprend comment la légende a pu s'en emparer pour les emploiera sa manière.
Le bétail abattu renseigne sur la salubrité de la région ; voyons si l'on ne peut trouver une signification analogue à la façon de manger [tripudia] des poulets.
Pendant la marche, on arrive dans des régions où se trouvent des produits sylvestres ou champêtres que l'on ne connaît point, et qui conviennent peut-être à la nourriture
(ssi) L*u8ag6 de cette expression dans ce sens est connu ; V. p. ex L. 2 § 29 ne quid in loco(43-8), locus pestilentiosus. Cic. Agr. 2, 26, agrorum genus propter pbstilbntiam vastum atque desertum.