‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 205 sur 215 · V. EXPERTS · texte numérisé non relu

V. EXPERTS

des hommes: graines, glands, noix, céréales, tubercules etc. Sont-ils vénéneux ou sains? La manière dont un peuple primitif s*en assure est fort simple. On jette les fruits cuits, réduits en bouillie (puls)^ ou crus, aux poulets. S'ils en mangent et n'en ressentent a'icun mauvais effet, la nourriture est saine ; s'ils les refusent ou s'ils en meurent, elle est vénéneuse. L'homme lui-même doit avoir fait des expériences désastreuses qui lui ont appris la prudence et suggéré l'idée si simple d'employer le poulet comme sujet d'expériences.

Les quatre auspices que j'ai examinés jusqu'ici se laissent ramener à un point de vue commun, celui ^qXh prophylaxie. Il y a des désagréments ou des dangers qui peuvent être écartés par l'examen du phénomène observé, nous pouvons donc les considérer tous comme des avertissements : l'orage imminent — les animaux sauvages — l'état maladif des viscères — le refus de la nourriture de la part des poulets, et le même rapport se représente dans les signa ex diris dont je n'ai rien à dire. Les signa ex atibus^ seuls, sont réfractairesàcette interprétation. La circonstance que j'ai réussi à ramener l'origine historique des auspices ci-dessus nommés à un motif pratique existant à l'époque de la migration m'a tout naturellement amené à essayer le même point de vue par rapport à l'observation des oiseaux. Je conviens volontiers que je n'y aurais pas songé spontanément, car l'idée de voir dans Toiseau un messager du ciel, annonçant les décrets de la divinité, n'a pour moi rien de choquant au point de vue religieux. La façon particulière à l'augure de suivre le vol des oiseaux, en se plaçant sur un point élevé, et en délimitant le champ de sa vision, a fourni à ma thèse une confirmation inespérée, ma's elle ne pouvait guère aider à la faire naître. Le migrateur se heurte à une puissante montagne qui lui barre la route. Existe-t-il un col praticable? Les indigènes réduits en servitude peuvent le renseigner à cet égard, mais la région est inhabitée, ou les indigènes euxmêmes n'en savent rien? Alors intervient l'oiseau migrateur ;

deux fois par an il fait la route en suivant les défilés de la montagne. L oiseau de passage connaît par expérience les chemins qu'il doit prendre. Doit-il passer la mer, il choisit Tendroit le moins large et il connaît les îles sur lesquelles il peut faire halte. Sur terre, il suit le cours des grands fleuves, dans les montagnes il suit les passes. Il évite les steppes arides et les monts dénudés couverts de neige, qui ne lui réservent aucune nourriture. Observer le vol des oiseaux de passage, c'était donc se renseigner sur les routes de montagnes et sur le cours des grands fleuves Le don naturel d'observation propre à tous les peuples primitifs garantit que ce simple moyen d'orientation n'est pas resté ignoré des Indo-européens dans leur marche.

Pour suivre le vol des oiseaux,raugure gravit une hauteur. Pourquoi? parce que pour suivre la direction qu'ils prennent dans la montagne ou le long des fleuves, il doit pouvoir embrasser un large horizon. S'il s'était simplement agi à'observation des oiseaux, l'augure aurait pu tout aussi bien se placer dans la plaine, mais le but indiqué exigeait le sommet d'une hauteur [auguraculum) . C'est là qu'il fait la descriptio regionum, en prenant pour base les quatre points cardinaux et en divisant l'espace céleste observé en quatre secteurs égaux, qu'il reporte, pour les fixer, sur une tablette ou sur une table d'orientation, sur laquelle il marque ensuite la direction que prennent les oiseaux. La circonstance que les deux lignes fondamentales séparant les secteurs étaient tirées exactement du nord au sud et de l'est à l'ouest permettait de faire usage du tracé à tout autre endroit du chemin, de le vérifier de nouveau ou de le corriger, et ces indications servaient d'itinéraire à l'armée. Par cela même qu'il ne s'agissait pas seulement de l'observation matérielle, de la spectiOf qui aurait pu être faite tout aussi bien par tout autre et notamment par le magistrat, mais de qualités et d'aptitudes particulières — un œil perçant, la connaissance exacte des points cardinaux, l'art de tracer la direction

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