Le peuple père ne connaissait ni villes ni maisons
de pierre.
VIL La tendance des indologues â attribuer au peuple père le plus haut degré possible de civilisation, l'a aussi fait doter de villes. Je me rallie avec pleine conviction â la contradiction récemment élevée contre cette hypothèse (**). Cette contradiction se base d'abord sur le fait que les Germains, â l'époque de Tacite, et les Slaves jusque dans les temps historiques, ne connaissaient pas encore de villes. Il est inadmissible qu'un progrès aussi important que celui qu'atteste la fondation de villes (§ 21) ait jamais été perdu par un peuple qui Ta acquis. Le peuple père ne peut donc pas avoir possédé des villes, sinon nous en verrions chez les Germains et chez les Slaves â l'époque historique. Pour les
(") ZiMiiBR, loe. cit., p. 145-148. Dans le même sens Schradbb, loc. cit., p. 197, B.
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Grecs, les Romains, les Celtes, la connaissance de la construction des villes no résulte que de leur contact avec des peuples plus avancés. La deuxième raison invoquée par l'auteur cité est que dans les chants du Rigveda on ne trouve nulle part avec quelque certitude le nom d'une ville.
Comme troisième raison, j'ajouterai un argument linguistique; j'ignore s'il n'a pas déjà été produit par d'autres. Â répoque de la séparation des Indo-européens, le mot pour désigner la ville était encore inconnu du peuple père. Le sanscrit vastu qui s'est conservé dans le grec Saru signifiait simplement endroit, demeure; le nom désignant la ville appalfaît pour la première fois dans les langues particulières indo-germaniques, et la circonstance que dans chacune d'elles (") il est difiérent et se base sur une idée complètement distincte, montre que les Indo-européens n'ont appris à connaître les villes qu'après s'être dispersés. Le pâlsre doit demeurer dans le voisinage de ses troupeaux et de ses^ pâtures, ce qui ne permet point la vie en commun de beaucoup de pâtres dans une seule et même ville; réloignement des pâtures et des troupeaux serait trop grand.
Le peuple père n'a connu que le village (ffrâTM) et non la ville. Il ignorait aussi la maison de pierre, et demeurait dans des huttes ou des tentes, pouvant facilement se démonter ef se déplacer. A l'époque historique, les Germains les transportent encore avec eux sur leurs chars à bœufs.
(>*) QrecAarvt leiXiç, latin urb$^ oppidum^ celt. d^ comme syllabe terminale (p. ex. Lugdunum). L'angloHsax. et scandin. ian, Tarménien dun maison, que Ton cite également, si^rnifiait originairement un espace cloi, etJusiqu*À ce Jotb il é'&et condervé en plat allemand pour signifler Jàfctîn (néerland. tuin). L'expression de la langue allemande pour yille était originairement bure; stattf stadt ne se rencontrent que plus tard. Pictet, Les origines indo-européennes, 2 édit., 2* toI., p. 285, cite encore : slav. anc. gradUn russe çorodà et cimb. pUl, forteresse.