I. ORIGINE DE LA RACE
peut pénétrer les phénomènes psychiques survenus chez les individus comme chez les peuples. Mais tout ce qui existe ne se voit pas — vérité banale, qui cependant, même dans le domaine de la science intellectuelle, est parfois perdue de vue. Une chose qui n'existait point dès l'origine telle que la race, ne peut être que devenue^ et comme Texistence des peuples consiste à agir sous l'action des forces extérieures, leur race, c.-à-d. leur esse^ ne peut être que le précipité de l'ensemble de leur action historique, de leur operari, cette expression prise dans le sens le plus large, non seulement actif mais aussi passif: endurer, souffirir. Les scolastiques établissent pour l'individu la règle : qperari sequUur esse ; pour les peuples, il faut la retourner et dire : esse sequitur operari, La race est le produit sédimen taire de toute l'action historique de la nation, elle ne peut être autre chose, s'il est vrai que la loi de causalité régit aussi le monde humain.
Parmi les facteurs qui exercent une influence régulatrice sur l'action historique des peuples, le sol sur lequel elle se déroule, leur habitat, occupe de loin la première place. L'apparition de personnalités puissantes, surgissant à l'heure opportune, peut amener une évolution complète des conditions vitales d'un peuple, fonder une nouvelle ère de son existence. Mais les personnalités passent trop vite pour exercer une influence sur la race. Il faut pour cela une longue série d'actions prolongées et uniformes, et ce n'est que lorsque leurs œuvres ont cette portée et conservent une existence durable que l'on peut accorder indirectement à ces personnalités, sur la transformation du caractère du peuple une influence qui leur était refusée à elles-mêmes directement. Le seul facteur immuable dans la vie des peuples est leur habitat; tous les autres, droit, morale, usages, religion, sont exposés au changement^ l'habitat seul reste toujours le même. A cette prépondérance que, seule déjà, lui accorde cette constance irréductible, se
joint encore l'action incomparable exercée par le milieu sur toute la physionomie de la vie et même sur les destinées des peuples. Si paradoxal que cela paraisse au premier abord, il est vrai de dire : le sol est tout le peuple.
Le sol, dis-je, et je ne prends pas seulement ce mot dans le sens vulgaire que tout le monde comprendra : la qualité du pays que le peuple habite, mais j'entends tous les éléments quelconques donnés par la situation d'un habitat du peuple à telle place déterminée de la terre. Tel est d'abord le climat résultant de la zone habitée. Sous les tropiques l'homme devient autre que dans la zone tempérée, autre encore dans celle-ci que dans l'extrême Nord — le climat est la moitié du tempérament des peuples. Puis la constitution géologique du sol : montagnes, plaines, déserts, forêts — à chacun d'eux correspond un type déterminé de population. Ensuite le voisinage de la mer — le marin est autre que l'habitant de l'intérieur des terres. Le genre de vie, la profession produit chez chaque homme des qualités caractéristiques, lui imprime un certain type; permutez dans le passé les professions du domestique, de l'artisan, du paysan, du marin, du soldat, du lettré, et l'homme deviendra tout autre. Ce qui est vrai des individus qui apportent déjà au monde un certain naturel, est vrai à plus forte raison des peuples qui ne l'ont point. Changez les peuples au berceau et des Sémites proviendront les Aryas, et des Aryas les Sémites. Il en est des peuples comme des arbres. Le même sujet devient sous la zone tempérée un autre végétal que sous les tropiques, il devient autre à l'extrême nord que dans la zone tempérée. Il subit l'influence du terroir maigre ou gras, de la proximité de la mer et de réloîgnement du rivage ; le même arbre qui se développe ici puissamment et porte des fruits exubérants se rabougrit ailleurs et reste stérile. Les peuples sont absolument soumis à la même loi : leur sol décide de ce qWiU deviennent.
Il ne s'agit pas seulement des conditions climatériqaes et