I. ORIGINE DB LA RACB
ont acquis leur individualité nationale. Toutes les autres branches de la famille aryenne sont dans la même situation : Indiens, Eraniens, Romains, Celtes, Slaves n'ont commence à former des races distinctes qu'après avoir quitté leur patrie originaire.
L'habitat des peuples a donc une certaine influence sur leur race, cela est généralement admis et Montesquieu, si je ne me trompe, a eu le mérite de le démontrer le premier, avec la plus grande précision. Cependant on ne concède au milieu qu'une influence purement secondaire c.-à-d. modir^ fiant seulement la race, et c'est dans l'innéité de celle-ci que l'on voit plutôt la cause ultime de tout ce qui advient d'un peuple. Il n'en serait pas autrement des peuples que des individus. Les uns comme les autres apporteraient en venant au monde leurs aptitudes particulières et leur tempérament différent. Aux Grecs est inné le sens du beau, aux Germains l'amour de l'isolement» et le goût des migrations, aux Sémites l'instinct du commerce, et ainsi de suite. Pour toutes les particularités des peuples on tient toujours prête la même explication : la race innée. Les auteurs se répètent sans se préoccuper de savoir comment on peut se rendre compte de la chose. Il faudrait nécessairement supposer que les peuples ont été mis au monde par la nature, comme tels, et que pour amener tous les caractères qui les séparent, elle les a d'avance formés et doués différemment. Mais les peuples ne viennent point tout formés au monde, ils ne naissent point, ils deviennent^ et dès lors l'innéité est exclue pour eux. A l'individu qui est né^ quelque chose peut être in^né; à un peuple qui est devenu^ il ne peut qu'être ad-venu; sa race ne peut être que Tœuvre de r histoire et non de la nature. La nature n'a mis au monde que l'homme, l'être isolé, et de lui sont nés le» peuples, mais seulement dans le cours du temps. La famille s'est élargie en tribu, la tribu en peuple, et lorsque finalement celui-ci apparaît dans l'histoire, son individualité nettement tranchée ne peut être
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que l'expression de tout le processus antérieur. Le premier devenir des peuples se soustrait à nos regards, mais chez les peuples déjà devenus il se reproduit sous nos yeux à répoque historique par le partage ou par le mélange avec les peuples existants. Tous les peuples indo-européens se sont formés de cette manière; appartenant originairement à un seul et même peuple, par conséquent à la même race, ils ne se sont différenciés que dans le cours du temps, et c'est donc par l'histoire qu'ils sont devenus ce qu'ils sont aujourd'hui. Leur race est le précipité de toutes les influences durables ou passagères auxquelles ils ont été soumis pendant leur vie. Influences durables : celles du sol sur lequel ils vivent et dont nous allons nous occuper. Influences passagères : tous les événements politiques importants, guerres heureuses ou malheureuses, révolutions dans l'État ou dans l'église, etc. L'œil qui pourrait pénétrer dans ces arcanes distinguerait clairement la part de chacun de ces facteurs; il retrouverait p. ex. dans la race anglaise l'influence de sa position insulaire, de la bataille d'Hastings, de la décapitation de Charles I, etc., mais notre vue est limitée et il lui est interdit de percevoir les antécédents de ce processus sédimentaire. Pourtant, avec la même sûreté qui nous permet d'affirmer que dans la dorure par galyanoplastie le précipité est de l'or, bien que les atomes isolés qui se précipitent échappent à notre vue, nous pouvons constater les produits sédimentaires du passé déposés dans la race des peuples. Pour le monde intellectuel comme pour celui de la nature existe la loi de causalité, la règle que les choses ne se modifient pas spontanément, mais sous la seule influence des actions extérieures. Partout, lorsque dans le cours du temps de a est sorti b, il faut qu'il se soit joint un â; à chercher qui a causé le changement. La seule différence est que la nature peut très souvent montrer cet x et la manière dont il a agi, qu'elle parvient même de plus en plus à le divulguer, tandis que le regard de la science ne