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Patres et paysans

XIX. Un pays de montagnes ne se prête point à l'agriculture, parce que le labourage sur terrain déclive est trop diflScile ; le mode d'exploitation régulière tracé par la nature

mâme est la mise en pâture, et de tout temps, jusqu'à ce jour, rhomme a suivi cette voie : tous les peuples pasteurs, toutes les tribus de pâtres ont leur siège dans les montagnes. La patrie originaire de Tagriculture est la plaine; c'est là qu'elle a vu le jour, car toutes choses en ce monde ont surgi à l'origine dans le milieu le plus favorable à leur apparition, et ce n'est qu'après qu'elles y eussent pris des forces qu'a pu commencer la lutte contre la défaveur des circonstauces.

En dehors de la vallée du Nil, aucune autre région n'était mieux disposée pour l'agriculture que la plaine située entre lEuphrate et le Tigre, car à la fécondité naturelle extraordinaire d'un sol d'alluvion s'ajoutait la possibilité d'emprunter les eaux nécessaires aux deux fleuves que nous venons de citer et à leurs affluents, au moyen de canaux et de fossés. Ce fut ainsi que dans la plaine de Mésopotamie le Sémite devint agriculteur, et que dans les montagnes de Tlran, l'Aryas fut pâtre.

L'agriculture dénote un degré plus élevé du développement de la civilisation que l'industrie pastorale. Non pas seulement sous le rapport économique, parce qu'elle arrache au sol un produit infiniment plus riche, mais parce qu'elle astreint bien davantage l'homme à tendre toutes ses forces, et que toute obligation au travail est une bénédiction pour lui. La profession du pâtre n'exige point d'efforts corporels; la garde du bétail lui permet de croiser les bras, car son troupeau cherche lui-même sa nourriture. Mais le labeur du paysan est rude, c'est de lui et non du pâtre qu'il est dit : tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. Celui qui doit péniblement mériter son pain, le ménage; celui qui le gagne sans peine, le dissipe facilement. Tel était l'Aryas. C'était un joueur. Dès qu'il avait les dés en main, il ne connaissait, dans sa passion, ni mesure ni frein; il jouait tout ce qu'il possédait, même sa liberté. Le Sémite ignorait sinon le jeu lui-même — ce que je laisse à décider à de plus savants —

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