‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 58 sur 215 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SÉMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SÉMITES

À côté de cette idée de la haute antiquité de la ville, la légende en renferme une autre qui mérite la plus sérieuse attention : c^est le laboureur qui a bâti la ville. A mon avis, le fait d'attribuer précisément à Caïn, au laboureur, la fondation de la ville, est sans aucun doute aussi intentionnel que la mention de cette qualité dans le récit du fratricide. Il était bien simple de mettre à coté d'Abel qni représente la vie pastorale, et de Caïn qui symbolise l'agriculture, une troisième figure, celle de la ville. Pourquoi Caïn doit-il assumer ces deux rôles î Je ne trouve pas d'autre réponse que : parce que la légende voulait exprimer ridée que la fondation de la ville est Toeuvre du laboureur. Caïn devenant laboureur, avait déjà manifesté sa supériorité intellectuelle sur son 'plus jeune frère; il l'atteste de nouveau en reconnaissant avec raison que la ville lui est nécessaire.

La ville nécessaire au laboureur? Mais c'est faire â de toute expérience ! Le laboureur ne demeure point en ville; il ne le peut, il n'y vient que pour apporter ses produits au marché, mais il doit habiter la campagne, dans le voisinage de ses champs. Au contraire, l'industriel et le marchand ne peuvent exister à la campagne, ils doivent demeurer là où se trouve \e marché c.-à-d. dans la ville; c'est leur intérêt que nous devons considérer, pour comprendre l'existence et la floraison des villes.

Au point de vue moderne, cette observation est tout à fait exacte, mais historiquement il n'en est pas ainsi. Le laboureur, en réalité, a fondé la ville, et ce n'est qu'ensuite que le marchand et l'artisan s'y sont établis. Mais c'est lui qui Ta élevée, pour pouvoir y trouver un refuge en cas d'invasions ennemies; c'est le besoin d'abris fortifiés qui a donné le jour à la ville, et non l'intérêt des relations ; les premières villes ont été partout des forteresses et non ^^^ marchés. Aussi toutes, les villes étaient-elles fortifiées, leur partie essentielle se composait non des maisons, mais

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des murs. Hommes, bétail et fortune devaient j trouver protection en cas de nécessité, et voilà pourquoi il fallait seulement des murs et non des maisons; on campait en plein air jusqu'à ce que Tennemi se fût retiré.

Ainsi firent les anciens Âryas pour les places de refage fortifiées organisées dans le voisinage de leurs villages ouverts. Pareille place forte s'appelait pur[^^)^ était établie sur des hauteurs, et entourée de remparts de terre, de palissades, de haies, de broussailles épineuses, voire de pierres et d'un fossé. Inhabitée en temps de paix, elle ne servait qu*en cas d'invasion ennemie, comme refuge. Au pur correspond chez les Grecs VàKpiieoXiç, chez les Romains Varx, chez les Germains le burug, bure, burg, bourgs. Tous ont pour but de protéger contre rennemi et sont pour cela établis sur des hauteurs ('"). En ce sens on peut envisager le pur de TAryas comme le point de départ historique des villes des Indo-européens ; elles étaient originairement considérées comme forteresses (•^). Plus tard seulement à VdKpé^oXiç s'est ajoutée la iroXiç^ à Yarw, Vurbs, au burg, la sûadt et celle-ci aussi était régulièrement fortifiée. Dans le choix de l'emplacement pour la ville, le but de

('*) y. sur ce point Zimmeb, AUindisches Leben, p. 1428.

(9 0) Ce qui est exprimé par Sbcpoç dans ànpoiroXiç ; on a voulu retrouver dans ifoXis le pur, et doter pour ce motif les Aryas de villes qa'en réalité ils n*ont pas connues (p. 35). V. O. Schbadbr, Spraehvergleichung und Urçeschichte, p. 85, 42, 182. Le mot latin ara a pour base Tidée de défense (du sanscr. arit = fixer, garantir, défendre. Yaniczek, Grieek. lot. et^mohff. W&rterbuehf l, p. 54-56), le mot germanique bure se base sur l'idée de cacher (V. F. Eluoe, Btfmol. Wôrterbuch, 3* édit. Strasburg, 1884, p. 48) de là, Berg signifiant à la fois Tendroit où Ton se cache et la place du Burg. Ce dernier mot n'a rien de commun avec le grec Ttipyoç = tour. Eluob, 1. c. Le mot stadt est d'origine plus récente. Wulfila traduit encore leoXiç par bourgs, V. Klugb, ibid.

(•7) x)e même le mot cimbre pUl pour ville. Pictbt. Les origines indoeuropéennes, 2 éd. T. II, p. 875.

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