‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 59 sur 215 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SÉMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SÉMITES

la défense la plus aisëe a toujours été régulateur, non seulement chez les Indo-européens, mais chez tous les peuples. C'est ainsi que les villes littorales des Phéniciens étaient établies sur des rochers abrupts, de même celles des Ibères en Armorique, et celles des Italiotes s'élevaient sur des sommets de montagnes. On cherchait particulièrement la double défense par un fleuve d'un côté et par des montagnes, des collines de l'autre ('•). La forme la plus primitive de la protection nous est offerte par les villages bâtis sur pilotis dans des lacs, des marécages, des fleuves.

Ainsi la ville, si l'on peut parler de villes à cette époque primitive, n'était pas tant considérée comme le siège permanent du peuple, mais plutôt comme le lieu de retraite des campagnards en cas de menaces de l'ennemi. Le laboureur vivait à la campagne, dans le voisinage de ses champs et de ses troupeaux, et il ne pouvait faire autrement; dans les villes ne devaient habiter que ceux qui avaient leurs terres dans le voisinage le plus immédiat, ou qui exerçaient

('*) Ainsi à Rome. Les Celtes agissaient de même ; je citerai à cet égard l^exemple d'Aleeia dont il va être question tout à Theure, et les Slaves également, comme le prouve cette description d'un historien russe que J'emprunte à Zimmbr, Altindisehes Leben, p. 146: « Les anciennes gorodiste sont à peu d'exceptions près établies sur les plus hauts points des hauts rivages, et sont protégées de deux ou trois côtés par des pentes naturelles ou des talus abrupts vers le fleuve; mais du coté qui se rattache à la plaine ouverte, eUes sont entourées de remparts artiâciels, de remblais, de fossés. Les rares gorodiste qui font exception sont situées dans des endroits bas, dans des plaines, et dans ce cas toujours à des places entourées de toutes parts ou que l'on peut entourer d'eaux. Je n'ai trouvé nulle part des gorodûte éloignées des fleuves ». Aux embouchures plates des fleuves ou sur les côtes ouvertes de la mer on n*a pas coutume de bâtir des villes par crainte des pirates, on les recule un peu plus loin dans l'intérieur, telles Rome, Athènes et beaucoup de villes bâties au moyen âge. Une ville maritime n*était en sécurité que dans des baies aux entrées étroites ou avec des ports que Ton pouvait fermer artificiellement.

une industrie. Telle est Tidëe que nous devons nous faire de l'ancienne Rome. La distinction qui s'est conservée jusque dans les derniers temps, quant à la considération sociale accordée aux tribus rusticae et urbanae ne laisse aucun doute à cet égard. Celui qui résidait à Rome, sans posséder des terres dans le district (ce qui régulièrement équivalait à demeurer à la campagne] appartenait à la tribus urbana et était peu considéré; seul le paysan demeurant à la campagne — il ne respectait pas le citadin comme tel — se sentait un vrai homme. Il ne venait en ville que les jours de marché ou de tribunal, aux fêtes publiques, etc., et lorsqu'une soudaine irruption de l'ennemi l'obligeait à se réfugier avec sa famille et son bétail dans la ville. Celle-ci devait être assez vaste à cet effet, et nous pouvons considérer comme certain que dans l'assiette originaire de la ville on y avait égard, c.-à-d. que l'enceinte urbaine recevait une étendue bien plus grande qu'il ne fallait pour les maisons probables, que par conséquent la mesure de son étendue était déterminée non seulement par la population des villes, mais encore par celle de la campagne. J'en vois une preuve dans le fait que Vercingétorix, à Alesia(*®), outre sa nombreuse cavalerie, qui d'abord y avait trouvé également sa nourriture et qu'il laissa partir ensuite, dut mettre à Tabri non moins de 70 mille hommes d'infanterie, plus une grande quantité de bétail(*''®), et des vivres pour au moins un mois. Pour que cela fût possible, Alesia devait avoir été établie

(>>) Ij& description que fait César, de bello gall., VII, 69, de sa sitoation, donne une preuve frappante de ce que je disais tout k Theure des idées de fortiflcation qui dominaient dans la fondation des villes: Ipsum erat oppidum in colle summo, admodum edito loco, ut nisi obndione eapuçnari non posse videretur. Cujus coUis radiées duo du abus ex partibus flumina suhluebant. . . reliquis ex omnibus partibus colles . . pari altitudinis fastiffio oppidum cingebant.

(^ ••) CiBSAB, VII, p. 71 : maçna pecoris copia compulsa.

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