II. CIVILISATION DBS ARTAS ET DBS SEMITES
à Babylone, par l'intermédiaire de Cyrus et Darius. Ses tendances lui donnent le caractère d'un produit sémitique : c'est l'esprit de sujétion, de servitude volontaire, tandis que les formes sociales de l'Aryas reposent sur l'idée d'estime de soi-même et d'égalité. Les manières obséquieuses de nos relations mondaines actuelles sont d'origine orientale ; elles n'émanent point du peuple, mais lui ont été apportées artiâciellement par les cours.
L'influence de l'Orient sur l'Occident par rapport aux formes de société s'est reproduite en Espagne dans l'action exercée par les façons graves et mesurées des Maures. La grandezza espagnole est la fille du byzantinisme et de l'arabisme. Partout cependant c'est la cour qui a influencé les manières populaires, et non mce versa. L'usage des cours ne doit pas être considéré comme l'impulsion extrême produite dans les hautes couches de la société par l'urbanité engendrée dans le peuple même ; il a été formé à la cour et de là il s'est répandu dans les masses par les réactions exercées sur les classes inférieures mises en rapport d'affaires avec elle.
Les cours sont ainsi devenues la haute école des bonnes manières^ on peut dire à tous égards : telle la cour^ tel le peuple. Aux façons du commun on peut reconnaître la nature de la cour à laquelle il doit son éducation mondaine et intellectuelle (^''). De même chez les peuples sans cour (Suisse, Amérique du Nord) on s'aperçoit de leur absence. La plupart des cours ont emprunté aux autres leurs usages — le modèle dans la dernière moitié du siècle passé, était celle de France, où comme autrefois à Gonstantinople l'on envoyait les princes et les fils de famille nobles recevoir le dernier poli. Seules les cours italiennes à l'époque de la renaissance,
(^^*) Je ne puis entrer plus ayant ici dans la démonstration de cette assertion ; celai qui voudra la yëriâer par des exemples la trouvera exacte.
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et aprës elles, la cour de France, surtout celle de Louis XIV, auquel son époque attribuait le mérite d'être rhomme le plus poli de tout son royaume, et de n'avoir démenti cette qualité envers personne, occupent sous ce rapport une situation indépendante. Grâce à leur intelligence et à leur amour pour Tart et la science, elles ont dépouillé le bjzantinisme sous lequel, ailleurs, l'usage des cours et celui des peuples ont longtemps encore continué de languir. L'étiquette italienne et française a fait époque dans l'histoire de la politesse, en marquant la transition de la sujétion byzantine orientale aux bonnes manières modernes et en reprenant l'idée d'estime de soi-même qui, à leur bonne époque, ne s'était jamais perdue chez les anciens Ârjas, les Grecs et les Romains.
Les explications précédentes démontrent que les langues nouvelles en faisant dériver la courtoisie de la cour ont touché juste sous le rapport historique. Lorsque les Grecs et les Romains, au lieu de la cour qui leur était inconnue à l'époque de leur floraison, nomment la ville, l'écart n'est pas aussi grand qu'il paraît au premier abord. Celle qu'ils yisaient, n'était pas une ville ordinaire, c'étaient Athènes et Rome qui occupaient alors à tous égards le même rang que n'importe quelle grande capitale ou résidence royale de l'époque moderne. Athènes et Rome formaient le centre de toute l'organisation politique, le siège de tous les pouvoirs de l'état, le lieu de réunion des esprits les plus éminents de l'intérieur et de l'étranger, dans tous les domaines de la vie, la métropole de Tintelligence, le siège du luxe, de la représentation sociale, du highlife. On peut donc les considérer comme les capitales, les villes de résidence du monde ancien, faisant pendant à la monarchie sur le sol républicain. Envisagée à ce point de vue, l'antique conception qui fait de la ville le Heu où se forment les belles manières, marche de pair avec Tidée moderne qui assigne ce rôle à la cour; leur point de coïncidence se trouve dans la capitale du royaume.