II. CIVILISATION DBS ARTAS ET DES SEMITES
mains: les premiers possédaient des yiiles. S'ils ont appris de bonne heure à les connaître, cela prorenait précisément de leur contact direct ou indirect avec ces deux peuples orientaux civilisés, contact qui est resté interdit auz Germains et aux Slaves.
A ces deux traits de l'image de la ville s'ajoute encore un troisième, qui acquiert un intérêt spécial par cette circonstance que c'est le seul que les Grecs et les Romains fassent valoir : la ville est le siège des usages raffinés. À leurs jeux, la ville engendre un autre homme que le plat pays ; le citadin est policé, le paysan est raboteux. Les langues grecque et latine nous montrent ce qui les distingue dans la signification de ayp«7of, homo rusticus = rustique, impoli, lourd, grossier, et fitoTETof ('•*'), urbanus [urianitas] = fin, poli, courtois. Aristophane nous donne un tableau parfait de la manière des paysans, de leur bruit, de leurs cris lorsqu'ils viennent en ville et de leur conduite impolie. A l'antique conception qui place dans la ville l'origine et le siège de la politesse, les langues modernes latines ou germaniques en opposent une autre qui désigne la cour comme le point de départ historique et le siège des belles manières : cortesie, cour' toisie, cortesy (de curtù = cour), etc., Hôflichkeiti^^^) en allemand, de Èof, galanterie, de galla = habit de cour, vêtement de gala. Laquelle de ces deux données est exacte? La langue ne ment point ; dans les choses que le peuple est à même déjuger, elle a toujours frappéjuste, et en cette matière il en est de même. Toutes deux sont justes, chacune pour
(*'>)De8 deuj, mota Aarv etitôXiç servant à désigner la ville, le Grec employait le premier, dans Tadjectif qu'il en avait formé, avec le sens indiqué d-dessus; il employait le second dans iroXirixéç pour désigner la culture politique du citadin.
(10*) Le mot allemand riUerlich [cavallerescOt chevaleresque) emprunté à l'idée du chevalier s*entend plutôt des sentiments que des manières extérieures*
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leur temps. Chez les Grées et les Romains, c'est en réalité à la ville que les belles manières ont dû leur origine ; non pas la Tille ordinaire, bien qu'à ce point de vue elle aussi iflcrprime certainement au citadin un autre tjpe qu'au peuple de la campagne — même à Thomme policé, lorsque comme le prêtre ou le médecin rural il n'a continuellement de rapports qu'a?ec lui. La Béotîe avait aussi des Tilles, et cependant le Béotien était pour l'Athénien un homme inculte et rustique. Ce n'était donc pas à la Tille comme telle qu'il accordait cette influence; la Tille qu'il avait en Tue, était Athènes, la capitale du monde, la métropole de l'intelligence. Et il en est de même de Rome. Quelle est celle des Tilles de résidence rojale au mojen âge qui eût pu lutter aTec elles sous ce double rapport? C'étaient, Tis-à-Tis d'elles, des Tilles de proTince, tandis qu'elles méritaient le nom de capitales républicaines. Il n'y a eu qu'une seule Tille de résidence au mojen âge qui pût se mesurer avec elles : Gonstantinople, et c'est aussi de cette dernière qu'est sorti l'usage des cours de l'orient ; il n'a eu son origine dans aucune d'elles, mais toutes l'ont directement ou indirectement emprunté à la cour byzantine ["*).
Le premier qui le fit, fut Théodorlc qui aTait reçu son éducation à la cour byzantine et qui dota ses Ostrogoths du cérémonial de cour byzantin. Par la même Toie, et par des mariages aTec des princesses byzantines il parTint aux autres cours du moyen âge; Constantinople était l'école supérieure des belles manières, une institution d'éducation pour les ours mal léchés du Nord. Le cérémonial de cour n'était pas né à Byzance même, son histoire nous ramène au contraire bien loin, à la Rome impériale. Il remonte ensuite à la Perse, laquelle a son tour l'aTait emprunté
(> *) Je reproduis ici le résultat des recherches historiques que j*ai faites à roccasion des formes de société, dans le second volume de mon Zweck im Meeht.