II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
de cette disposition comme du pont, qui sans être fait pour cette éventualité, rendait néanmoins les plus précieux services quand elle se présentait. Tandis que la communication pouvait être ainsi coupée à la population des deux rives, elle était assurée à la force armée par le passage souterrain. Il permettait de combattre le soulèvement dans chacune des deux parties de la ville séparément. L'armée jetait d'abord ses forces d'un côté et après avoir réprimé le soulèvement, elle se portait dans la direction opposée.
On comprend ainsi également pourquoi les forts royaux avaient une si énorme étendue (11 et 5 kilomètres). Pour les bâtiments d'un palais il n'en eût pas fallu autant. On se l'explique par la circonstance qu'il fallait caserner, pour parler le langage actuel, la garde royale. Au milieu de son Burg, défiant toute aggression de la part de ses sujets, entouré de ses soldats^ le Roi jouissait d'une sécurité complète. L'histoire ne mentionne aucun soulèvement à Babylone; la bastille du Roi, la Babel offensive comme on pourrait l'appeler, unie aux dispositions énumérées ci-dessus, devait étouffer dans son germe toute idée de révolte et tenir la population en bride. Sûreté contre l'ennemi intérieur aussi bien que contre l'ennemi extérieur et de plus stabilité maintenue pendant des milliers d'années dans son état politique — ai-je à craindre d'être contredit quand j'aflSrme que Babylone doit tout cela à ses bâtisses? Sans elles que serait-il advenu de la ville? Sans doute, elle aurait subi le sort de tant de peuplades qui n'avaient pas su bâtir des villes fortifiées et succombèrent du premier coup devant un ennemi même moins puissant, balayées de la surface de la terre sans laisser une trace après elles. Un peuple montagnard peut se défendre sans travaux de fortification même contre des ennemis plus nombreux; ses montagnes, ses rochers lui rendent un service identique. Mais le Babylonien habitait la plaine; pacifique, entièrement voué aux arts de la paix: l'agriculture, l'industrie, le commerce^ la navigation; à la
différence des tribus assyriennes qui lui étaient alliées, il ne prenait les armes que pour se défendre; pareil peuple prité de fortifications eût été perdu. Et si pendant des milliers d'années il a bravé tous les dajigers que des voisins belliqueux et puissants au dehors, des séditions et des révolutions au dedans, peuvent conjurer contre une communauté, où devons-nous en voir la raison si ce n'est dans l'emploi défensif de la pierre que nous venons de décrire? L'importance qui lui revient pour l'organisation politique de Babylone doit, à mes yeux, être mise au-dessus de celle qu'elle eut pour l'histoire de la civilisation. Car le premier intérêt dans la vie d'un peuple, c'est la sécurité au dehors, la paix et l'ordre à Fintérieur; la civilisation ne viennent qu'ensuite, et si celle-ci a pu à Babylone continuer son œuvre sans obstacle et se déployer jusqu'à la plus haute floraison, je crois avoir montré dans ce qui précède ce qui l'a rendu possible.