II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SiCMITES
est la source de toute bénëdictiou, rëlément vivifiant de la création. Nun demeure au fond de la mer, dans la grande eau primitive (également appelée Nun), du sein de laquelle s'est un jour élevée la terre (*'*). A l'origine, l'eau a couvert toute la terre, puis la terre et la mer se sont séparées; c'est la théorie cosmogonique de l'Ancien Testament. Comment l'homme en est-il arrivé à la concevoir? La paléontologie la justifie par les débris de faune maritime existant sur la terre, mais il est difiicile d'admettre que dans la phase la plus infime des connaissances elle ait pu venir à l'homme par cette voie de déduction scientifique. Dans le bassin de l'Euphrate et du Tigre on trouvait une autre explication infiniment plus vraisemblable, basée sur la perception immédiate par les sens. Toute la vallée habitée par le Babylonien avait été à l'origine entièrement couverte par les eaux. Même à l'époque où les Summériens et les Accadiens en colonisèrent une partie, la séparation de la terre et des eaux se poursuivait encore, et le mouvement n'a jamais cessé, jusqu'à nos jours (*^*).
C'est à ces phénomènes qui se passaient sous leurs yeux, que les premiers habitants du pays, les Accadiens et les Summériens ont emprunté leurs opinions sur la formation de la surface terrestre. Toute terre, pour eux, est née de la mer; cette idée faisait partie de leur religion, qui personnifiait dans le Dieu Nun I eau primitive renfermant autrefois le monde entier. Les Juifs, en se séparant du peuple père babylonien, emportèrent cette cosmogonie, comme tant d'autres choses, sauf qu'à la place du Dieu Nun trônant
(*'•) HoMMEL, 1. c, p. 19, 197, 255.
{*''*) HOMMBL, p. 181, 182: tt le golfe persique s'étendait dans l'antiquité bien plus loin dans Tintérieur des terres, qu'à une époque plus avancée, et ai^oard'hui même la masse des alluvions s'augmente lentement mais continueUement » (dans l'antiquité un mille anglais en 30 ans, aujourd'hui en '70 ans).
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dans la profondeur des eaux, ils mirent le Seigneur Dieu qai plane sur les eaux. C'est d'eux sans doute que cette notion, avec d'autres, fut transmise aux Égyptiens, chez lesquels elle se rencontre également (*^'). Chez ces deux peuples, la constitution du pays était inânlment moins apte qu'en Mésopotamie à la faire naître spontanément; ici, l'homme devait simplement ouvrir les yeux pour s'apercevoir que le sol qu'il habitait avait été autrefois le lit de la mer et n'était devenu sec que parce qu'elle s'était retirée.
Mais la mer n'a pas toujours reculé; un jour elle a déversé ses flots sur le pays, engloutissant momentanément et détruisant tout sur un vaste espace. C'était le déluge qui nous est déjà connu par TÂncien Testament. D'après le récit mosaïque, révénement s'est produit avant la construction de la tour de Babel, c.-à-d. à une époque où les Juifs n'avaient pas encore quitté Babylune; ils en ont ainsi emporté la mémoire. Mais la circonstance que le souvenir de la mer, qui joue dans cette histoire un rôle essentiel, s'était perdu chez eux, a fait que la catastrophe a pris dans leur idée un aspect assez différent de la réalité. Nous devons la connaissance de la vérité à une relation babylonienne récemment découverte. Elle est contenue dans le onzième chapitre de l'antique épopée nationale d'IzDUBAR (*''), où le héros se fait raconter le déluge par Thomme pieux de la légende, Chasis-àdua, mis au rang des dieux, le Noé des Juifs. Ce récit ne con-
(*^S) V. HoMMBL, p. 19, 20, qui admet également un tran^rt des Babyloniens aux Égyptiens.
(' ^') Traduction allemande de Paul Haupt dans son Sxkurs sur Schea- DBR, Die Keilinschriften und das aîte Testament. Giessen, 1888, p. 55 s. \jsa citations qui suivent dans le texte indiquent les colonnes et les lignes da récit [Traduction française de F. Vioouroux. La bible et les découvertes modernes. Paris, 1882, T. 1, p. 227. Y. aussi les études de géologie biblique de R. De Girard. Fribourg, 1893 et s. L'auteur annonce une étude critique des diverses traductions].