II. CIVILISATION DES ÀRTÀS ET DES SÉMITES
corde arec celai de rAncien Testament qu'en ce seul point qae de toute la race coupable, qui d'après le décret de Dieu devait être détruite, un seul homme, grâce à sa piété, est sauvé avec sa famille. La divinité elle-même lui annonce d'avance l'événement, en lui prescrivant la manière dont il doit se sauver. Sur tous les autres détails, les deux relations sont divergentes, et on voit clairement, à mon avis, ce qui a causé l'écart. Tandis que le cataclysme s'est réellement produit, comme nous allons le montrer à l'instant, dans le voisinage de la mer, et ne pouvait se manifester ailleurs, TAncien Testament l'a présenté de telle sorte que, dans Tesprit des habitants de l'intérieur, le fait restait vraisemblable même en se passant chez eux ; les traits caractéristiques de la version babylonienne qui se rapportent à la mer, s'y sont perdus.
Je réunis ici les différences entre les deux récits. Il y en a quatre.
La première, c'est que la relation de l'Ancien Testament omet toute indication de lieu, tandis que celle des Babyloniens désigne d'une manière très précise le théâtre de l'événement : la ville de Surippàk située sur les bords de l'Ëuphrate (I, 11), et déjà à cette époque d*une haute antiquité (I, 12). Il s'ensuit deux choses. D'abord que le déluge eut lieu à une époque où la civilisation était déjà très ancienne, ce qui au surplus résulte encore de ce que Ghasis-àdra emporte avec lui de l'or et de l'argent (II, 25-26), circonstance sur laquelle je reviendrai au moment opportun (§ 29). Ensuite, il se passe dans un pays plat où la mer avait libre accès à sa sortie de son lit.
Le second point concerne les modalités du fait. D'après l'Ancien Testament < toutes les fontaines du grand abîme furent rompues et les bondes des cieux furent ouvertes ». La mer et les tremblements de terre ne jouent aucun rôle. D'après la version babylonienne « non seulement les cieux font pleuvoir la ruine (II, 31) les canaux débordent (II, 46)
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mais encore < les tourbillons sont déchaînés (II, 45) et c les Anunnaki (les dieux des grandes eaux) vomissent des flots (II, 47) et font trembler la terre par leur puissance (II, 48), Rammân élève jusqu'au ciel la montagne des vagues (II, 49) et toute lumière devient obscurité (II, 50).
Se basant sur ce récit, le géologue Suess (*^*) a voulu voir la cause de Tinondation dans la coïncidence de tremblements de terre et de cyclones dans la région du golfe persique, ec à mon avis il a touché parfaitement juste. A la suite de ces phénomènes, la mer s'est avancée sur le continent, ce qui s'induit incontestablement du fait que le navire a été poussé vers l'intérieur jusqu'à ce qu'il s'arrêtât dans les montagnes (de l'Arménie), tandis que si d'après le récit de l'Ancien Testament, la masse des eaux fût venue d'en haut et d'en bas, il aurait nécessairement dû être poussé dans la mer (*'»).
De cette manière s'expliquent aussi les < tourbillons », les € flots > et les « vagues s'élevant jusqu'aux cieux ». Ils nous représentent avec toute la netteté possible la mer fouettée par les cyclones et les tremblements de terre, ce que confirme encore c l'obscurité » qui peut être si profonde pendant un cyclone, que dans un cas cité par Suess (p. 46) < de l'arrière il était impossible d'apercevoir l'avant du navire ».
Le troisième point concerne la durée de l'événement. La
(«7«) jDas Anm% der Brde. Prague et Leipzig. 1883, Abt. I, Abschn. I. Die SUndJlut, p. 25 8.
(<7S) Lorsque Dillmann, Die Qenesis^ Leipzig, 1886, p. 135, regarde rindication de Susss comme possible seulement, mais une inondation Intérieure comme également possible, et même plus vraisemblable d*aprèe le contenu des autres légendes diluviennes, il a complètement négligé cet argument décisif de Subss. Où, si ce n*est dans la mer, se seraient écoulées les eaux après la fin du déluge ? Mais avec les eaux l'arche également aurait été poussée à la mer.