II. CIVILISATION DBS ARYAS ET DES SEMITES
Si à la saison des basses eaux les fleuves ne suffisaient plus à donner la quantité nécessaire, les gigantesques bassins des lacs artificiels y pourvoyaient. De cette manière la Mésopotamie était, même dans la saison de la plus forte sécheresse, assurée contre le danger du dessèchement ; le système d'irrigations artificielles l'avait transformée en un parterre fleuri; plus tard, l'abandon de ce système la fit redevenir ce qu'elle était auparavant, un désert.
Avec l'agriculture rivalisait l'horticulture. Un jardin faisait l'orgueil et la joie du Babylonien ; c'est de là qu'est venue ridée du paradis de TAncien Testament. Les jardins suspendus de Nabuchodonosor étaient une véritable merveille, qui excitait l'étonnement du monde ancien(*'"). Nous y rencontrons deux dispositions qui furent inventées à Babylone : l'élévation de l'eau au moyen de la vis hydraulique et les sources jaillissantes. Tout au-dessus de la pyramide se trouvait un gigantesque réservoir alimentant au moyen de tuyaux les parterres et les jets d'eaux établis sur les divers étages.
Les travaux hydrauliques des Babyloniens ne doivent donc pas craindre la comparaison avec leurs travaux agricoles, au point de vue de la grandeur de la conception; je leur donnerais même encore la préférence. Quelle audace dans les plans ne fallait^il pas p. ex. pour concevoir le projet de dériver momentanément un large et puissant fleuve te| que TEuphrate, afin d'y jeter un pont de pierres, ou pour creuser de véritables mers. Pendant des milliers d'années le monde n'a plus revu de pareilles entreprises, ni chez les peuples anciens, ni chez les nouveaux; ce n'est que de nos jours que le canal de Suez fut une œuvre comparable. Nous cherchons en vain, sur le sol de l'Europe, même là où il aurait éié à sa place, un système d'irrigations artifioielles, exécuté
ruf
) Inscription dans Hibt Oeschichte der Baukunsf der A Iten I,p. 142 s.
188 LIVRE II. — ARYÀS BT SEMITES.
sur une grande échelle ; le pouvoir public a laissé ce soin à l'individu. L'Âryas ne s*est jamais élevé jusqu'à la conception babylonienne, qui considère cette matière comme un service que le pouvoir public lui-même doit prendre en mains. L'Arabe le premier, en venant en Espagne, importa cette idée en Europe et Vj mit en pratique d'une manière parfaite, mais sans trouver d'imitateurs. En ce point il se montrait le digne descendant ou neveu de l'ancien Babylonien, avec lequel il partage le goût des constructions en briques ainsi que la prédilection pour les jardins et les fontaines jaillissantes. On peut dire que l'irrigation est le monoa gramme du Sémite, à l'aide duquel il a partout affirmé sprésence sur le sol où il a été fixé. Le Romain a également construit de gigantesques aqueducs > mais ils n'avaient pour but que d'amener à la population l'eau nécessaire et non d'arroser la terre; l'idée d'irrigations à créer par l'État n'est jamais venue, même aux Romains, elle forme un des caractères qui distinguent le Sémite de l'Âryas.
J'ai signalé plus haut (p. 101 ss., 134) l'importance du travail pour la formation de la race, et j'ai fait remarquer rénorme différence entre la production du Sémite et celle de l'Aryas. Aux deux branches déjà mentionnées : l'agriculture et la bâtisse, l'hydraulique en ajoute une troisième qui laissait bien loin derrière elle la première et était au moins égale à la seconde. Après ce qui précède, il est inutile d'expliquer l'immense somme de labeur public qu'elle représente. Mais le côté quantitatif de ce travail n'est pas le seul aspect qui mérite d'être mis en relief; à mes yeux, il est une considération plus importante encore : la communauté de l'effort, son application à un but intéressant le peuple tout entier. La poursuite commune d'un seul et même objectif par la réunion des forces de tous forme le pas décisif qui fait passer un peuple de la phase primordiale inférieure de l'existence purement naturelle^ à celle de l'existence politi^ue^ le premier mouvement de vie de l'État. Chaque nou-