II. CITILI8ATI0N DES ARTÀS ET DBS SEMITES
plus énergique combien l'idée d'État est indépendante de l'élément territorial et combien, en même temps, elle lui est supérieure.
Je reviens maintenant aux Babyloniens, pour étudier où en était chez eux cette réunion des forces populaires en vue de la poursuite d*un seul et même but commun, dont je viens de faire la mesure du développement politique.
Examiné à ce point de vue, le régime politique des Babyloniens est extraordinairement développé; il a fallu des milliers d'années aux Aryas d'Europe pour arriver à la même hauteur. Le bâtiment nous présente deux prestations de tout premier rang, destinées l'une à la défense, l'autre à la religion: les fortifications de Babylone (p. 155 ss.) et les temples (p. 150 ss.]; l'une et l'autre laissent bien loin derrière elles tout ce que d'autres peuples de l'antiquité, à l'exception des Égyptiens, pourraient leur opposer. A ces prestations se réunissent, au service des mêmes intérêts, deux organisations : rarmée(***), et le culte, son établissement économique et ses prêtres publiquement institués.
La défense et le culte divin forment chez tous les peuples les premiers éléments originaires d'une communauté d'action c.-à-d. d'un commencement d'existence politique; ce qu'ils ont de distinctif pour le monde babylonien, c'est l'étonnante dépense de force nationale avec laquelle ils ont été réalisés. Mais l'intervention de l'activité publique ne resta pas limitée à ces deux buts, il y en avait deux autres auxquels elle a consacré toute sa sollicitude : l'agriculture et le commerce. Les Babyloniens prirent soin de la première par l'établissement du régime ci-dessus décrit de canalisation et de dérivation s'étendant sur tout le pays. Au commerce ils ouvrirent
(*><) Il ne peut être douteux à mon sens qu'il n*y ait eu à Babylone une organiBation militaire, bien que je ne puisse en fournir des preuves positives.
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des routes par eau et par terre : par eau, en régularisant les fleuves et en traçant un canal de jonction de TEuphrate au Tigre; — par terre, en établissant des routes pavées (p. 165).
Telles sont les œuvres dont le pouvoir public à Babjlone peut se glorifier, et qui fournissent un témoignage éloquent de l!idéequMI avaitconçuede sa mission. Combien cette notion des devoirs de TÉtat est supérieure à celle qui, dans un passé très rapproché de nous, se bornait à le charger de la confection des lois I Qu'aurait à nous dire l'histoire du monde babylonien si le pouvoir public s'était laissé guider par ces vues?
Le pays serait resté ce qu'il était à Tépoque primitive et ce qu'il est redevenu depuis que le pouvoir public en a retiré la main, marécage et désert. S'il a été le pays le plus fécond du monde, il le doit uniquement à son système de canalisation et d'irrigation projeté dans les proportions les plus grandioses et exécuté avec le concours le plus complet des forces de toute la population. Mais pour cela il fallait un pouvoir qui fixât le plan, qui présidât â sa réalisation et assurât ses ordonnances par la contrainte ; or une autorité pareille, forçant un peuple tout entier â se mouvoir pour la poursuite de buts communs, c'est ce que nous appelons le pouvoir public. Chacun des grands travaux que le sol de la Mésopotamie nous révèle, en rend témoignage ; quel que soit l'âge auquel ils remontent, même â l'époque prébabylonienne des Accadiens et des Summériens, ils attestent la contemporanéité de l'État. C est dans cette contrée que, pour la première fois dans l'histoire, il a vu la lumière du jour. Tout ce qui s'y est fait de grand a sa cause dernière dans son existence, que la nature, à son tour, avait imposée â Thomme comme nécessité. Nulle part la contrainte qu'elle a exercée sur une population, pour porter â l'extrême la tension réglée de ses forces appliquées à la poursuite d'un but commun, n'a été aussi inéluctable que dans le coin de terre où les Babyloniens