‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 22 sur 396 · Voir SuAREz, de Pœnitentia, disp · texte numérisé non relu

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2fi l""'' PART. — ENSF.IONEMKNT CATIIOL. SUR LES INDULGENCES

Aux mériles de Jésus-Christ, qui font proprement et essentiellement le trésor de l'Ég-lise, se joignent les satisfactions de la Mère de Dieu. La Vierg-o immaculée et toujours pure n'a jamais eu à expier l'ombre mémo d'une imperfection. Elle l'ut plus sainte que les chérubins et les séraphins. Et néanmoms sa vie entière a été une vie de prières, de privations et de sacrifices. Combien de fois le g-laive de la douleur n'a-t-il pas transpercé son âme ! Que si les vertus et les œuvres saintes de Marie, en tant que méritoires^ ont reçu leur récompense, et une récompense proportionnée à leur perfection et à leur valeur, ces mêmes vertus et actions héroïques, en tant que satisfactoires, n'ont pas pu lui être appliquées à elle-même ; et, comme sous ce rapport elles ne sauraient être perdues et rester sans effet, elles s'unissent aux mériles de Jésus-Christ. C'est d'autant plus vrai que Marie elle-même a agi et souffert dans la plus parfaite conformité avec les intentions de Jésus-Christ, en vue de satisfaire à la justice divine.

Viennent enfin, pour grossir ce mystérieux capital, les œuvres satisfactoires fournies par les martyrs, par les vierges, par tous les justes. Un grand nombre d'entre eux, comme saint Joseph, saint Jean-Baptiste, saint Louis de Gonzague, sainte Agnès, ont accompli des œuvres de pénitence bien au delà des- exigences de leurs fautes personnelles. N'est-il pas juste que l'excédent de leurs satisfactions soit, en vertu de la communion des saints, reporté sur les autres fidèles ? Les saints, nos amis et nos protecteurs, ne pouvant plus, dans le ciel, souffrir et satisfaire pour nous, désirent assurément et avec ardeur que l'Église nous distribue le riche fonds de leurs sacrifices, qu'ils lui laissèrent en héritage.

Gardons-nous cependant de croire que les mérites de Jésus- Christ et des saints entrent de la même manière dans le trésor de l'Église. Les saints et la sainte Vierge elle-même ne pouvaient mériter et satisfaire qu'en vertu des mérites de Notre- Seigneiir Jésus-Christ. C'est en vertu de ces mérites que leurs bonnes actions sont réellement, devant Dieu, méi'itoires et satisfactoires. C'est donc une gloire pour son divin Fils lui-même que Dieu, moyennant l'Indulgence, nous remette les peines temporelles, non seulement en considération des peines et des souffrances que Jésus-Christ a endurées dans sa propre personne, mais aussi de celles qu'il endure dans ses membres

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mystiques, les saints, et que ceux-ci ont endurées pour lui et avec lui. Nous voyons par là combien les liéréliques se trompent quand ils disent qu'en faisant entrer dans le trésor de l'Église les satisfactions des saints, nous diminuons et rabaissons le prix des satisfactions de Jésus-Christ : au contraire, nous en rehaussons le mérite ef la gloire.

Le pape Clément VI, dans sa bulle ci-dessus mentionnée, dit : « A ce trésor inlini (des mérites de Jésus-Clu-is[) se joignent les mérites de la très sainte Mère de Dieu et de lous les élus, depuis le premier jusqu'au dernier. 11 n'est pas à craindre qui) soit épuisé ou diminué, parce que, d'une part, les mérites de Jésus-Christ sont inlinis, et que, de l'autre, ce trésor de mérites croît d'autant plus que par son application, un plus grand nombre de chrétiens parviennent à une pureté entière et à la sainteté » {Extroxag. comm., 1. t.).

Déjà le grand théologien Alexandre de Halès, mort en 124îj, enseignait dans sa Somme (part. IV, q.23, art, 2, membr. 3; édit. Colon., 1622, tom. IV, pageC37j que le trésor spirituel de l'I-lglisc se compose des mérites surabondants des membres du Christ, et principalement des mérites infinis du Christ lui-même : Indulgentke et relaxationes fiitnt de meritis svpererogalioyiis mcmbrorum Chrisli, et maxime de supererogationibus merltorum Christi, quœ sunt thésaurus spirituatis Ecclcsur.

Saint Thomas d'Aquin (IV Sent., dist. 20, q. 1, art. 3, sol. 1) s'exprime sur toute cette question avec sa lucidité ordinaire : « La raison, dit-il, pour laquelle les indulgences ont réelJement de la valeur, c'est l'unité du corps mystique (de l'Eglise), dans laquelle un grand nombre de fidèles ont satisfait, par leurs œuvres de pénitence, au delà de ce qu'ils devaient ; ils ont supporté avec patience beaucoup de persécutions injustes, par lesquelles ils auraient pu expier de longues peines temporelles, s'ils les avaient encourues. L'abondance de ces mérites est si grande, qu'elle su ipasse les peines

dues à tous les fidèles vivants Or nous avons déjà dit que les uns

peuvent satisfaire pour les autres. D'autre part, les saints, qui ont pratiqué beaucoup d'œuvres satisfactoires, ne les ont pas pratiquées pour les besoins de tel ou tel fidèle en particulier.... mais en général pour l'Église tout entière, selon la parole de l'Apôtre (Col., i, 24) : « J'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésuf'-Chrisl,en soufïrant moi-même pour la formation de son corps, qui est l'Église », C'est ainsi que les mérites susdits deviennent le bien commun de toute l'Église. Mais le bien commun d'une société est distribué aux diiïércnts membres d'après l'appréciation de celui qui préside à la société. Par conséquent comme nous obtiendrions la rémission de la peine, si un autre s'était chargé de satisfaire pour nous, ainsi l'obtenons-nous lorsque la satisfaction d'autrui nous est appliquée par celui qui est en droit de le faire » (Voyez aussi Quodl. Il, art. 16, in Corp.).

Tel est ect admirable trésor, plein, si je puis m'exprimer ainsi,

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de l'or des mérites de Nolrc-Seigneur, de sa divine Mère et des saints, dont la dispensation, comme nous le verrons dans le paragraphe suivant, a été commise aux premiers pasteurs de l'Église : Dédit {Deus) nobis mwisterium reconcilia tionis (II Cor., V, 18). Ils y puisent, sans l'appauvrir jamais, chaque fois qu'ils nous accordent une ou plusieurs Indulgences, substituant ainsi le prix payé par un autre à celui que nous devrions payer personnellement à la justice de Dieu. Et, si l'Eglise a ce pouvoir, si l'adorable Sauveur lui a mis dans les mains les richesses infinies de ses propres satisfactions, de celles de sa Mère et de ses autres élus, aurait-elle agi sagement, elle qui est éclairée et régie par le Saint-Esprit, en négligeant de les faire valoir en faveur de ceux de ses enfants à qui il reste souvent d'énormes dettes à éteindre ?

Quant à nous, mettons à profit cette sollicitude maternelle de l'Église, et, « pour gagner les Indulgences ;), comme dit Bossuet {Instruction nécessaire pour le Jubilé, o^vi. i), « unissons-nous aux larmes, aux soupirs, aux gémissements, aux mortifications, aux travaux, aux souffrances de tous les martyrs et de tous les saints, et surtout à l'ag'onie, au délaissement, enfin à la passion et au sacrifice de Jésus-Christ, en qui et par qui toutes les satisfactions et bonnes œuvres des saintssontacceptéespar son Père «.

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