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III. FONDEMENTS DES INDULG. — COMMUNION DES SAINTS

qu'un seul corps, ayant pour chef Jésus-Christ, et recevant de lui et de son divin Esprit la vie et le mouvement. Mais, pour ne parler que des membres de l'Église militante, les plus intimes rapports les unissent entre eux; rapports que la distance des lieux, la dilïérence des langues, la diversité des mœurs et des usages ne peuvent altérer, puisque, selon saint Paul, le Scythe et le Barbare, l'homme libre et l'esclave, tous ne sont qu'un en Jésus-Christ (Coloss., m, 11).

La communion des saints est l'heureux fruit de cette unité parfaite que l'Esprit de Jésus-Christ forme entre tous ses membres, unité que le Dieu Sauveur, la veille de sa mort, demanda à son Père pour tous les siens : « Mon Père, je vous prie pour eux, afin que tous mes disciples soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu'ils soient un en nous... Moi en eux et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité » (Joan., xvii, 21, 23). Par cette unité, l'Église est donc comme une image et une vivante représentation de l'unité divine, selon les paroles de l'Apôtre : « Conservez avec soin l'unité de l'esprit dans le lien de la paix. Un corps, un esprit, un Dieu, une foi, un baptême » (Eph., iv, 3-6). C'est l'unité que nous trouvons dans l'Église catholique.

Or ce qui fait pour nous le plus grand prix de la communion des saints, c'est d'abord la participation immédiate à tous les biens spirituels, au saint sacrifice de la messe, aux prières, etc., de l'Église universelle ; ces biens, en vertu de la communion des saints, profitent à chacun. C'est ensuite l'avantage que nous avons de participer à toutes les bonnes œuvres des justes, comme nous membres de l'Église. Ainsi, dans le corps humain chaque membre exerce ses fonctions pour l'avantage et l'utilité de tout le corps. Saint Paul emploie souvent cette comparaison du corps humain : par exemple, au chapitre xii de UÉpître aux Romains^ v. 5 : « Nous sommes plusieurs qui ne formons qu'un seul corps en Jésus-Christ, et qui sommes tous réciproquement les membres les uns des autres ». Chaque vrai fidèle contribue donc par ses prières, par ses œuvres de pénitence, de zèle et de charité, au bien du corps entier et au bien de chaque membre ; il prie pour tous en priant pour lui-même ; il donne de sa force à tous ceux de ses frères qui sont faibles, et de son abondance à tous ceux qui sont dans le besoin et qui lui sont unis par la cliaritô ou la grâce sanctifiante.

Ces inappréciables avantajjes de la communion des saints ne se communiquent, au moins directement et intégralement, qu'aux

22 l^e PART. — ENSr-.ICNRMRXT rATMOL. SI'R LES INDULGENCES

membres vivants, c'est-à-dire, aux fidèles unis à Jésus-Christ leur Clief, par la charité ou par la grâce sancliliante. Toutefois les pécheurs ne sont pas exclus de celle communion des saints ; les prières et les œuvres saintes des justes leur sont très utiles, en tant que Dieu, eu égard à ces ])rières et à ces bonnes œuvres, leur accorde des grâces de conversion et de retour à la vie. Pour ceux qui ont lait naufrage dans la foi et dans l'obéissance à l'Eglise, hérétiques, schismatiques, apostats, excommuniés, ils sont séparés du corps de l'Église, et ne partairent point avec les simples pécheurs ces moyens de conversion. Ils sont comme de pauvres brebis abandonnées sons défense à la poursuite des loups ravisseurs. Ils peuvent néanmoins toujours revenir, s'ils veulent ; l'Église désire ardemment leur retour, et Dieu leur ouvre le sein de sa miséricorde, comme il l'ouvre à tous, même aux infidèles. Le Vendredi Saint,, jour oix Jésus- Christ a répandu son sang pour tous les hommes, l'Église prie pour les hérétiques, les schismatiques, les juifs et les païens.

2» Pouvoir de satisfaire les uns pour les autres. — C'est sur la communion des saints que repose le pouvoir que nous avons de satisfaire les uns pour les autres : car, en conséquence de ce dogme, nous pouvons, par nos œuvres expiatoires, c'est-àdire, par les pratiques humbles et laborieuses de la pénitence, satisfaire les uns pour les autres, el acquitter ainsi réciproquement envers la justice divine la peine temporelle dont nous lui serions encore débiteurs.

Chaque bonne action de l'homme juste, p. ex., l'aumône, le jeûne, renferme une double ou plutôt une triple valeur distincte, savoir : la satisfaction, le mérite et l'impétration. C'est la doctrine des Pères, fondée sur la sainte Écriture. SaintCyprien, parlant des œuvres de pénitence, enseigne positivement qu elles obtiennent à ceux qui les exercent, non seulement le pardon mais aussi la couronne : Qui sic Dec satisfecerit..., nec solam jam reniam merebitur.^ued coronam » [Libr. de /a/wis, n. 36, édit. Hartel). Et la Sainte Ecriture attribue à l'aumône (et on peut le dire de toute bonne œuvre) tantôt la salisfaction, tantôt le mérite. « L'eau éteint le feu lorsqu'il est le plus ardent, et l'aumône résiste au péché > (Eccli., m, ;i3). « Prenez possession du royaume... car. j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger » (Matth., xxv,34, 35).

Ces distinctions d'ailleurs, résultent de la nature même des bonnes œuvres. « Chaque bonne œuvre du juste est méritoire, en tant qu'elle est louable en elle-même, qu'elle est faite par amour, ou par tout autre motif surnaturel ; elle est satisfuctoire en tant qu'elle est pénible. C'est ainsi qu'une pièce de monnaie peut avoir une double valeur : le prix du métal et la beauté de l'impression. L'un ne nuit pas à l'autre ; au contraire, leur réunion en relève le prix. Or, bien qu'il y ait de certaines œuvres saintes, le jeune, par e.vemple, où le côté pénible et crucifiant est plus saillant que dans

ni. FOND, DES INDULG. — SATISF. DES UNS POUR LES AUTRER 23

les autres, néanmoins tout acte de vertu exige des efforts et du renoncement; car tout acte de vertu est contraire aux basses inclinations de la nature de l'homme, qui ne s'élève pas sans peine aux choses surnaturelles. Ces deux qualités (d'être agréable à Dieu et mortifiant pour nous) peuvent bien se rencontrer dans la même action, sans se nuire réciproquement : car assurément une bonne action, par le fait qu'elle est pénible et par conséquent satisfactoire, n'en devient ni moins bonne ni moins méritoire qu'une autre qui est plus facile et plus agréable ; souvent même sa peine en augmente la bonté et le mérite. De même aussi une œuvre laborieuse et par conséquent satisfactoire ne jîerdra rien de son efficacité expiatrice, parce qu'elle est faite pour des motifs agréables à Dieu, et devient par là même plus méritoire » (Wilmers, Cours d'Instructions rel. tom.,IV, p. 707). En d'autres termes, tout acte surnaturel, fait en état de grâce, mérite la vie éternelle ; or, assurément cet acte ne perd rien de sa bonté et de sa dignité, si Dieu daigne l'accepter en satisfaction d'une peine méritée : d'où il suit que le même acte peut être tout à la fois méritoire et satisfactoire i.

Enfin, en priant pour un autre, je puis lui obtenir de Dieu telle ou telle grâce particulière, sans perdre pour cela le mérite et la récompense inhérents à ma prière; et ainsi ma prière sera en même temps méritoire et impèlratoire. Pourquoi donc ne serait-elle pas à la fois méritoire et satisfactoire, si en priant je tâche de satisfaire pour les péchés d'autrui ?

Cependant une bonne action, en tant que méritoire, ne peut être appliquée à un auti-e : car cette action appartient nécessairement à celui qui l'a faite, et qui, en la faisant, est digne de récompense. Personne ne peut céder à un autre le mérite qui lui est propre : Unn^iquisquc propriam mercedem accipiet (I Cor., in, 8).

Quant à la satisfaction, qui est l'acquittement, la compensation d'une peine, ou le payement d'une dette, elle peut évidemment s'appliquer à un autre, et de telle sorte qu'on puisse dire que cet autre a réellement satisfait (Wilmers, l. c, p. 709-712).

De cette satisfaction que nous pouvons offrir les uns pour les autres, il résulte que dans la société des fidèles, selon l'avis de saint Paul, «l'unportele fardeau de l'autre : Alter alterins onera portate (Galat. vi, 2). L'Apôtre lui-même, en écrivant aux Colossiens, ne dit-il pas : « Je me réjouis maintenant dans les maux que j'endure pour vous, et j'accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant pour son corps, qui est l'Église »? (Coloss., i, 24). Expression qui signifie selon saint Augustin, saint Anselme et saint Thomas :

1. Souvent les satisfactions sont désignées simplement par le mot inérite, à cause de la valeur morale, qui leur est inhérente comme à toute œuvre surnaturelle ; de fait les satisfactions n'ont pas seulement !a vertu de réparer et d'expier, mais elles sont méritoires en elles-mêmes.

24 l""" PART. — ENSEIGNEMENT CATIIOL. SUR LES INDULGENCES

J'ofl'rc mes soiiffrancos pour les meml)res de l'Église, afin que celles tic Jésus-Christ leur deviennent utiles. — « Nous sommes tous un seul corps », dit de son côté saint Jean Chrysostôme {Homil. XLI^ in I ad Corinth.^ n. 5), « quoiqu'il y ait des membres plus distingues les uns que les autres, et il est possiljle que les prières, l'aumône et l'intercession de l'un obtienne un entier pardon à l'autre ».

L'Église a toujours cru qu'en vertu de la communion des saints, les fidèles peuvent se prêter une assistance mutuelle, de telle sorte que les uns peuvent acquitter réellement la peine temporelle méritée par les autres *. « Nous ne saurions », dit le catéchisme romain, « exalter et remercier assez l'ineffable bonté de Dieu, qui, ayant égard à l'infirmité des hommes, leur a donné le pouvoir de satisfaire les uns pour les autres et de payer de la sorte ce qui est dû à Dieu » {de Sac. Pœnit., Part. II, cap. v, q. 61).

C'est pourquoi au temps des persécutions, d'après Tertullien, saint Cyprien, etc., les pasteurs de l'Église consentaient souvent, à la prière des confesseurs qui étaient sur le point de recevoir la palme du martyre, et en considération de leurs souffrances, à remettre aux pécheurs publics et pénitents le reste des sévères expiations auxquelles les soumettaient les lois canoniques. Ils

1. « Opus uniiis », dit saint Thomas {Quodlib II, q, 8, art. 16), apotest esse satisfactorium pro alio, ad quem per intentionem facientis refertur. Christus autem pro Ecclcsia sua sanguinem suum fudit et multa alia fecit et sustinuit, quorum aeslimatio est infîniti valoris propter dignitatem personae... siynililer eliam et ojnnes alii sancti intentionem habuerunt in his, qux passi sunt et fecerunt propter Deum, ut hoc esset ad utilitatem non solum sui, sed eliam totius Ecclesix ». — Le même docteur angélique {Summa c. Ge'ntes, III, c. lo8, n. 4) montre admirablement bien, non seulement la possibilité, mais encore les avantages de cette satisfaction que nous pouvons faire les uns pjur les autres, en disant : « Ce que nous faisons par un ami, nous le faisons en quelque sorte nous-mêmes ; car, par l'eflet de l'amitié, et principalement de la charité surnaturelle (dilectio caritatis), les deux amis ne font plus qu'un, et ainsi l'un peut satisfaire à Dieu par l'autre, eurtout en cas de nécessité : en efl'et, la peine que son ami endure pour lui, l'ami véritable la re^rarde comme s'il l'endurait lui-même, et ainsi la souffrance même ne lui fait pas défaut, puisqu'il compatit à son ami qui souffre, et il compatit d'autant plus, qu'il est lui-même la cause de ses soull'rances. — D'un autre côté, la tendre charité de celui qui souiïre pour son ami. fait que sa satisfaction devient plus agré ible à Dieu que s"il souffrait pour lui-même : car souffrir pour un autre est l'effet d'une charité qui s'immole; tandis que souffrir pour soi est une nécessité. Ceci nous montre que l'un peut satisfaire pour l'autre, pourvu que tous deux ils demeurent dans la charité. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Portez les fardeaux les uns des autres, et ainsi vous accomplirez la toi du Christ b (Gai., vi, 2).

»ll. FONDEMENTS DES INDULGENCES — TRÉSOR DE L'ÉGLISE 25

le faisaient en considération des satisfactions et des mérites infinis de Jésus-Christ, ainsi que des souffrances que ces martyrs allaient endurer.

Il nous reste à exposer la doctrine sur le trésor de l'Église.

3° Trésor de rÉglise. Il se compose, comme nous l'avons dit, des satisfactions surabondantes de l'Homme-Dieu, de la sainte Vierge et des saints ^.

Par le péché, nous avions contracté envers la justice de Dieu une dette que toutes nos œuvres satisfactoires n'auraient jamais amortie. Jésus-Christ, en s'offrant à son Père comme victime de propitiation, a payé et satisfait pour nous : Et ipse est pn^opAtiatiopjro peccatis nostris : nonpro nostris autem tantum, sed etiampro totius mundi (I Joan., ii, 2). Car, étant la sainteté même, il n'avait rien à payer pour lui ; et c'est par une vie qui ne fut qu'un martyre et par la mort la plus cruelle qu'il a expié nos crirnes, et nous a réconciliés avec le ciel.

Son Église, Dieu l'a acquise par son sang, comme parle saint Paul (Act., XX, 28). Mais un seul des soupirs de Jésus, une seule de ses larmes, une seule goutte de son sang, aurait suffi pour racheter mille mondes, à cause de la dignité infinie de sa personne. Ses satisfactions ont donc été, non seulement suffisantes pour les péchés de tout le genre humain et pour les peines dues aux péchés, mais surabondantes, et infiniment surabondantes, étant d'une valeur infinie : Uhi autem abundavit delictum, superabundavit gratia (Rom., v, 20). Ces satisfactions infinies constituent proprement le fonds de ce grand trésor spirituel que Jésus-Christ a confié à son épouse et qui pour cela est appelé le trésor de l'Église.

Écoutons le pape Clément VI. Parlant de ce trésor au commencement de la bulle qui décréta qu'un jubilé serait célébré tous les cinquante ans, à partir de l'année 1330, il dit : « Le Fils unique de Dieu, en nous rachetant sur l'autel de la croix, ne s'est pas contenté de verser une goutte de son sang précieux, laquelle cependant, à cause de son union avec le Verbe, aurait suffi pour la rédemption de tous les hommes, mais il a répandu tout son sang. Combien donc, pour que la surabondance d'un tel sacrifice ne reste pas vaine et inutile, ne doit pas être grand le trésor qu'il a acquis à l'Église militante ! » {Extravag. comm., 1. V, tit. IX, de Pœnit. et Remiss.f c. II, Unigenitus).

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