CHEMIN DE LA CROIX
à la vertu, pour ranimer et réchauffer les tièdes et pour perfectionner les justes.
Le Chemin de la Croix était l'exercice presque continuel de saint Benoîl-Joseph Labre, canonisé par Léon XIII le 8 décembre 1881, et cette pratique servit à l'élever à une éminente sainteté. Saint Léonard de Port-Maurice avait coutume de dire que ce salutaire exercice était suffisant pour sanctifier une paroisse et attirer sur elle d'une manière frappante les bénédictions même temporelles i.
Dans son acception littérale, le Chemin de la Croix est l'espace que l'Homme-Dieu parcourut sous le fardeau de sa croix, depuis le palais de Pilate, où il fut condamné à mort, jusqu'au sommet du Calvaire, où il fut crucifié. Après l'ascension de son divin Fils, la T. S. V. Marie, seule, ou en compagnie de saintes femmes, suivait fréquemment cette voie douloureuse. A son exemple, les fidèles de la Palestine d'abord, et, dans les âges suivants, de nombreux pèlerins des contrées même les plus reculées allèrent visiter ces lieux sacrés, arrosés des sueurs et du sang de Jésus-Christ : saint Jérôme atteste que de son temps cette affluence durait toujours. Bientôt l'Église, pour favoriser leur piété, ouvrit aux pèlerins le trésor de ses grâces spirituelles. Mais, tout le monde ne pouvant se transporter dans la Judée, le Saint-Siège permit que l'on érigeât en d'autres lieux, dans les églises et chapelles, des croix, tableaux ou bas-reliefs, représentant les scènes touchantes qui s'étaient accomplies sur le vrai chemin du Calvaire à Jérusalem, et accorda, pour
1. Saint Léonard de Port-Maurice, de l'ordre des Frères Mineurs de S.- François, fut guéri d'une maladie incurable, par l'intercession de la sainte Vierge, après avoir fait vœu de se consacrer entièrement aux missions. Comme tous ses frères en religion, qui sont les gardiens des saints Lieux de Jérusalem, il pratiquait avec zèle le pieux exercice du Chemin de la Croix et s'efforçait de le propager dans toutes ses missions. Muni à cet eflet de pouvoirs spéciaux, il l'introduisit partout où il allait, et bénit personnellement 572 Chemins de Croix. Il engagea le pape Benoît XIV à ériger les stations au Colisée, et prêcha à la solennelle consécration qui en fut faite le 27 décembre 1750. Il établit la confrérie des Amis de Jésus et de Marie qui s'engageaient à faire le Chemin de la Croix pro'-.essionnellement, et composa à cet effet une direction propre, que la S. Congrégation des Indulgences adopta et établit comme règle par un décret spécial du 6 août 1757. Le même saint composa aussi la : Via sacra spianata, colle Indulgtnze. dont une nouvelle édition parut â Rome en 1876. Dans ce petit ouvrage, il dit qu'a celle occasion il eut souvent des entrevues avec le Souverain Pontife et les cardinaux. Comme, dans ces visites., l'auteur a certainement proposé en détail ses doutes et sa manière de voir, il jouit, .i juste tilre, dans la question du Chemin de la Croix, d'une autorité toute particulière.
la visite de ces représentations, les mêmes trésors d'Indulsrences que pour le Chemin de la Croix réel. A son retour de la Terre-Sainte, le bienheureux Alvar, religieux dominicain (y 1420), fit le premier reproduire les dites scènes dans différentes chapelles de son couvent de Saint-Dominique à Cordoue. Après lui, les frères Mineurs observantins qui, depuis 1342 étaient préposés à la garde des saints Lieux, et qui, seuls ou avec les pieux pèlerins, parcouraient régulièrement le chemin du Calvaire, introduisirent en Europe et propagèrent partout ces représentations ou stations de la voie douloureuse (cfr Raccolta, pag.UO).
Nous donnons ici les Avertissements et règle^i pour l'érection et pour la pratique du Chemin de la Croix. Publiés par Clément XII, le 3 avril 1731, et confirmés par Benoît XIV, le 10 mai 1742, ces avertissements doivent être suivis fidèlement si l'on veut gagner les Indulgences de ce pieux exercice '. A chacune de ces prescriptions anciennes, nous ajouterons les décisions plus récentes de la S. Congrégation des Indulgences, et tout ce qui peut y apporter quelque éclaircissement.
g I. — Pouvoir d'ériger le Chemin delà Croix.
I. « Le pouvoir d'ériger le Chemin de la Croix ayant étéaccor- « dé exclusivement {privative quoad alios quoscumque) aux « religieux dépendants" du Général des frères Mineurs tant de « l'Observance que de la Réforme, il n'est point permis à d'au- « très de l'ériger, et si quelqu'un d'autre le faisait, les fidèles « ne gagneraient pas les Indulgences.
II. « Il ne peut être érigé que par les supérieurs locaux du- « dit ordre, ou, avec leur délégation, par un autre religieux du « même ordre, pourvu qu'il soit ou prédicateur ou du moins « confesseur approuvé. »
Par ces deux premiers avertissements, on voit quels sont ceux à qui appartient le pouvoir d'ériger le Chem,in de la Croix en vertu de leur qualité ou de leur office. Mais, comme le Saint- Siège lui-même, aussi bien que les supérieurs généraux des
1. En ]>lusieurs endroits il existe des fondations spéciales pour le pieux exercice du Cliemin de la Croix. Ceux qui touchent des revenus de cea fondations, sont tenus, non seulement parla piété et la charité, mais encore par la justice, d'observer exactement tout ce qui est prescrit pour gagner les indulgences.
CHEMIN DE LA CROIX. — POUVOIR DE l'ÉRIGER. 262
frères Mineurs, communiquent ce pouvoir à des prêtres qui ne sont pas de l'ordre de Saint-François, nous résumons ici tout ce qu'il importe de savoir relativement à cette question *.
1. Les Supérieurs Généraux des frères Mineurs (Franciscains) peuvent concéder le pouvoir d ériger le Chemin de la Croix à d'autres prêtres séculiers ou réguliers, tandis que les Supérieurs Provinciaux ou locaux du môme ordre ne peuvent le communiquer qu'à ceux de leurs propres inférieurs qui sont prédicateurs ou confesseurs approuvés. Cette communication ou cette délégation doit toujours être faite par écrite comme le Saint-Siège l'a ordonné, sous peine de nullité [Décr. auth., n. 175).
2. En vertu du privilège dont jouissent les supérieurs des frères Mineurs, ils peuvent ériger ou faire ériger le Chemin de la Croix non seulement dans les églises, dans les chapelles publiques, sur les cimetières et dans d'autres lieux publics, mais encore dans les chapelles intérieures et dans tout autre lieu décent 2 des maisons religieuses, couvents, pensionnats, hôpitaux et instituts pieux quelconques, et jusque dans les oratoires privés ou chapelles domestiques où, par concession spéciale, on peut dire la sainte messe.
Mais ils ne peuvent pas l'ériger dans les appartements particuliers, ni même dans les chapelles privées qui ne jouissent pas du privilège dont nous venons de parler. Pour obtenir le pouvoir d'ériger le Chemin de la Croix en ces sortes de lieux il faut s'adresser au Saint-Siège lui-même, soit directement, soit par la Secrétairerie des Brefs ou des Mémoriaux, ou par la S. Congrégation des Indulgences.