‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 32 sur 396 · VI. — Application des Indulgences aux âmes du Purgatoire · texte numérisé non relu

VI. — Application des Indulgences aux âmes du Purgatoire

Vérité et mode de cette application.

C'est une vérité de foi catholique, appuyée sur les divines Écritures et sur la tradition non interrompue de l'Église, qu'il y a un purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues peuvent être aidées et soulagées dans leurs souffrances par les suffrages ou prières des vivants, par les jeûnes, les aumônes et autres bonnes œuvres, et spécialement par l'oblation du divin sacrifice de la messe *.

Déjà dans l'ancienne Loi. on priait et l'on offrait des sacrifices pour les morts, et l'on ne doutait pas que cette pensée ne fût sainte, salutaire, inspirée de Dieu. « C'est une pensée sainte et salutaire de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés ». (II Machâb. xii, 46). L'Égliseuniversellen'a jamais oublié de prier pour les morts pendant la célébration des saints mystères. On peut s'en assurer en lisant les plus anciennes lituriçies. (C'est que partout et toujours l'on a cru au purijatoire, c'est-à-dire à un lieu, à un état de souffrances oîi, selon saint Augustin, Dieu rappelle les choses à l'ordre. Là. en effet, il achève de punir les fautes qui n'ont pas été suffisamment expiées sur la terre ; là, il soumet à leur dernière épreuve les âmes saintes, effaçant leurs plus légères taches, et leur faisant acquérir, à travers le feu, ce degré de pureté consommée qui leur est nécessaire pour voir Dieu face à face. Cette conduite de Dieu n'estelle pas souverainement juste et raisonnable?

Que si un jour nous devons en sentir les miséricordieuses rigueurs, consolons nous en pensant que toute l'Église priera pour nous, l'Église, cette tendre mère, qui, toujours en peine pour ses enfants, les assiste toujours jusqu'à ce qu'elle les ait portés dans le sein de la bienheureuse imniortalita

1. C'onc. Trid., sess. XXV. Décret sur le purgatoire. — se8=. 6, can.30. — -s \XII, c;in 3, et cip. It. — Suahe/.. de Pœnit. di=p ^iS ."• '

44 l""' PAHT. — F.NSKIGNr.MKNT CATHOL. SUR LES INDULGENCES

Mais ce n'o.-t pas seulement par les bonnes œuvres qu^^ nous pouvons f^ee urir, consoler et dôl.vrer les âmes du purp-atoirc; nous le pouvons aussi par le moyen des Indulgences. Le P. Théodore a Sp. S. fait mention de documents des années 878 cl 8'.i9, qui prouvent clairement qu'alors déjà les Papes sont venus au secours dos défunts par le moyen des Indulgences ^

Ne serait-ce donc point, selon la pensée de saint Augustin, une folie inouie que de mettre en question ce que toute l'Eglise croit et pratique dans le monde entier? 2

Dans le conciliabule de Pistoie, on avait osé soutenir, à l'exemple de Luther 3, que l'application des Indulgences aux morts n'est qu'une chimère. Pie VI, dans sa bulle « Aiictorern fidei », a réprouvé et condamné cette proposition comme fausse, téméraire, offensant les oreilles pieuses, injurieuse aux Ponlifes romains, à la pratique et aux sentiments de l'Église universelle. En effet, si nos prières, si nos bonnes œuvres prises isolément et en elles-mêmes, sont utiles aux âmes du purgatoire, ne devons-nous pas croire que les Indulgences, qui sont l'application des satisfactions de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints, leur seront beaucoup plus profitables, celte application étant faite par l'Église elle-même? D'ailleurs, ce pouvoir d'adoucir et d'abréger les tourments des âmes du purgatoire est encore une conséquence précieuse du dogme de la communion des saints, sur lequel, comme nous l'avons vu, repose toute la doctrine des Indulgences. Les âmes des fidèles morts dans la justice, dit saint Augustin, ne sont point séparées de l'Église :

1. Comme il n'y a pas de preuves positives qu'avant le ix' siècle l'Ecrlise ait appli juc des Indulgences aux morts, on a voulu en inférer que la do^clrine cathuliqiie sur ce point ne pouvait être démontrée par la pratique de TE-riise. Le 1*. Théod. a Sp. S. (part. 1. cap. 14, a. 2) répond à cette objection : Resp. Ccumi cunslet a sseculo nono ad haec tempora usus Indulprenliarum prodi^functis, oi'tinie evinci eum esse legitimum ; impossdjile quippe est in re uKirali alque gravi-sinn Eccles'ain errasse ac fidelil)userrandi occa=ionem praeb isse. Quainubrem. otiam dato ante sseculum nonum hanc polesla'em minime e,\ercui>se, nun evertitur hoc nostrae catholicac c nclusionis l'undamenlu n ; cum enim potestas clavium varios actus compieclatur. opus non est, eos omne- primis sœculis, sed salis est. decursu temporum exercui.-«5t^, prout expedire judicavit ». .Au reste, île l'absence de preuves hisloricpies on ne | eut pas concluie que ce pouvoir nait point été exercé auparavant (Cf. Lainez. ilhp. rrid.,éil. Grisir. 11. patr. 17 et 19).

2. .\i;(i., fi^pist. 54 (Al. 118^ n. ti : Si quid tota per orbem fréquentai Ecclesia, quin ita faciendum sit dispulare, insolentissiiii.-e in?ani.T est.

3 Léon X, dans sa Bulle a Exsurge Domine » condamna la pr> position de Lulhtr : « A six class>'s d'hommes les Indulgences ne sont ni néceasaùcB ni utiles, savoir : aux morts, etc..

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