VI. APPLICATION DES INDULGENCES AUX AMES DU PURGATOIRE
(( Neque enim piorum animœ mortuorinn separanlur ab Ecclesia ^ » ; elles sont les membres d'un môme corps, unies aux âmes des fidèles vivant sur la terre par le lien de la même foi et de la même charité. Et telle est la raison des pieuses démarches que nous faisons pour les secourir.
Quant à la manière dont l'Église applique les Indulgences aux morts, cette application ne se fait pas par voie de jugement et d'absolution, comme aux vivants, mais seulement par voie de sujfnKje ou d'offrande -. L'Église, n'ayant plus de juridiction sur les morts qui ne sont plus soumis à son gouvernement et qui ne relèvent que du domaine de Dieu, ne peut les délivrer ou les absoudre directement de leurs peines ; elle ne peut plus prononcer sur eux une sentence, mais elle peut puiser dans son trésor do quoi payer leurs dettes à la justice divine, en priant Dieu de vouloir bien l'agréer. Un roi, par exemple, peut tirer de son trésor de quoi payer la dette d'un malheureux tombé sous les coups de la justice dans un autre royaume; il peut y ajouter la supplique qu'on veuille bien accepter la somme offerte et délivrer ce malheureux de la prison, mais il ne peut pas le délivrer par une sentence judiciaire. L'Église a donc toujours un pouvoir immédiat sur son trésor, mais non sur les âmes des défunts qui sont à délivrer. C'est pourquoi elle ne leur remet les peines que d'une manière médiate ou indirecte, c'est-à-dire, elle prend du trésor qu'elle possède la portion des mérites et des sa-
1. De Cii't7. Dct.Lib.XX, cip. 9. La même pensée est exprimée aussi dans les Lettres décrctales de Léon X au cardinal Cajétan (p. 36). — Qu'on nous permette de citer ici les belles paroles du comte J. de Maistre : « Quel superbe tableau que celui lie cette immense cité des esprits avec ses trois ordres toujours en rapport! Le monde qui combat présente une main au monde qui souffre, et saisit de l'autre celle du inonde qui triomphe. L action de grâces, la prière, les satisfactions, les secours, les inspirations, la foi. l'espérance^ et l'aniiiur circulent de l'un à l'autre comme des fleuvf-s bienfaisants. Rien n'est isolé, et les esprits comme les lames d'im faisceau aimanté, jouissent de leurs propres forces et de celles de tous les autres» {Soirées de St-Pétersbourg, tome 11,10» entrelien).
2. « Quij bona et thésaurus Ecclesiœ est in summi Pontificis poteslate, et ili. qui sunt in purtratorio, ratione cha-itatis idonei sunt spiritualia bénéficia recipere, Papa potest eis bona Ec ;lesiœ communicare. Quantum autem ad Mucturiiatem judicandi, cum illi jam exierunt forum ecclesiae et ecclesiasticum judicium, videtur, quod eis non possit fieri absulutio, nisi per modum deprecationi<; et ita proprie loqiiendo non fit eis relaxatio; sed si large Ai"r\îur rel ixatio cujuscumque auxilii impensio et bonorum Eccle-ise communicjliu, sic potest eis relaxatio fieri; sed haec non tenet modum iudicii, sed potins sufl'ragii » (S. Bonaventura, in lib. IV Sentent., distiiict. 20, part. II, art. 1, q. o).
4b I"" P\RT, — ENSEIGNEMENT CATHOL. SUR LES INDULGENCES
tisfaclions qui correspond à riudulgciice oblenue, et la préseiiLe à Dieu, le suppliant de soulager d'autant les pauvres âmes souffrantes. Cela se fait ordinairement moyennant (|uelques bonnes œuvres déterminées que les vivants accompliss^ait dans le but d'appliquer aux âmes du purgatoire l'Indulgence qui y est attachée. Il n'est pas prouvé que, sans ces œuvres de la part des vivants, le Pape puisse accorder une Indulgence en faveur des âmes du purgatoire.
Si donc Dieu accepte la satisfaction qui lui est présentée par l'Eglise, les âmes du purgatoire auxquelles est appliquée l'Indulgence recevront la remise, ou partielle ou totale, de la peine temporelle qui leur reste à subir. Or, nous avons tout lieu de croire que Dieu l'accepte en effet. Le dogme de la communion des saints n'est-il pas un garant de cette croyance ? Les mérites de Jésus-Christ, de Marie et des élus ne sont-ils pas infiniment chers au cœur de Dieu ? Et l'Église, qui les otTre, n'est-elle pas l'épouse bien-aimée, l'épouse glorieuse, sainte, et immaculée de son Fils'? Quand l'Église offre et prie, n'est-ce pas le Saint- Esprit qui offre et prie en elle et par elle '. ?
Toutefois le Seigneur ne s'est pas engagé par une promesse formelle à appliquer entièrement et à l'àme désignée le prix qui lui est ollert, cette application étant liée aux desseins de ses conseils adorables, et dépendant peut-être aussi du soin que les morts ont pris pendant leur vie de se rendre dignes de ce secours. D'autre part, celui qui veut gagner l'Indulgence pour les morts, a pu, soit par ignorance, soit par oubli, omettre une ou plusieurs des conditions prescrites, ou les remplir négligemmenl ; et dès lors nous ne sommes point certains, dune certitude absolue, que l'Indulgence appli({uée à tille ou telle àme du purgatoire a obtenu son ellet. C'est dans ce sens que la sacrée Congrégation des Indulgences s'est prononcée, le 28 juillet 1840, sur l'Indulgence plénière attachée aux autels privilégiés (voir plus bas partie 11, sect. m) : « L'Indulcjence des autels prici- Icijiés en faveur des morts, si l'on considère l'intention du donateur et l'usage du poucoir des clefs, est une Indulgence plénière capable de délivrer immédiatement une àme de toutes les peines du purgatoire; mais, considérée dans son application réelle, c'est une Indulgence dont la mesure répond au bon plaisir de la miséricorde
1. Ce qui vient d'être exposé nous montre clairement ce que signifie Texpre~sion : « les Indulgences sont appliquées .lUX âmes du pur|,'aluira par v:'nr de suffrage « per 7nodii,m sii/fraçiii ». Elle ne veut pas dire qu'on (Wire seulement à Dieu pour ces pauvres àme^ une simple prière, une supplique quelconque, mais une sup|ilique, une prière unie à l offrande des satisifaotions de Jésus-Christ et des saints, puisées dans le trésor de rÉglise.