‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 358 sur 396 · II® PARTIE, III^ SECTION — TEMPS SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

II® PARTIE, III^ SECTION — TEMPS SPÉCIAUX

du ciel, et de rentrer dans sa grande et auguste famille, la communion des saints.

Qui ne se rappellerait ici le beau passage de l'Évangile de saint Luc, iv, 16-21 ?

« Jésus vint à Nazareth où il avait été nourri, et il entra dans la synagogue le jour du sabbat, selon sa coutume, et se leva pour lire.

« Et on lui donna le livre du prophète Isaïe. Et lorsqu'il eut déroulé le livre, il trouva l'endroit où il était écrit :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi : c'est pourquoi il m'a « consacré par son onction, et m'a envoyé évangéliser les pau- « vres, guérir ceux qui ont le cœur brisé,

« Annoncer aux captifs leur délivrance et aux aveugles le « recouvrement de leur vue, soulager les opprimés, et publier « l'année sainte du Seigneur et le jour de la rétribution ».

« Et lorsqu'il eut replié le livre, il le rendit au ministre et s'assit. Et tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui.

« Or il commença à leur dir e : Aujourd'hui ces paroles de l'Écriture se sont accomplies devant vous ».

L'Église, c'est Jésus-Christ continuant à vivre sans cesse sur la terre, pour procurer aux hommes la sainteté et la béatitude : aussi les paroles du prophète Isaïe que nous venons de citer, s'appliquent à l'Église comme au Sauveur lui-même. Elle aussi ne cesse de délivre r les captifs, d'éclairer les aveugles et de soulager les opprimés ; mais si en tout temps elle rend ces services signalés à notre pauvre humanité, elle le fait surtout à l'époque du Jubilé.

4) C'est que l'année sainte ou le Jubilé chrétien est un temps de grâces, auquel le Pape, non content d'inviter tous les fidèles d'une manière pressante à la pénitence et à la prière, à la pratique des bonnes œuvres et à la digne réception des sacrements, ouvre à tous le trésor de l'Église en publiant une Indulgence plénière, solennelle et universelle. Cette publication se fait à Rome avec une pompe inaccoutumée ^, cuis elle est transmise

1. Autrefois le décret de concession du Juhilé était publié d'abord en langue latine et sous le vestibule de ^iaint-Pie^^e, à la fête de l'Ascension de l'année précédente ; on le publiait ensuite en latin et en italien devant le Quirinal, le quatrième diniancbe de l'Avent, ou le troisiome. si le dimanche suivant tombait la veille de Nool. — L'ouverture elle-même de Tannée sainte se fait par une cérémonie très imposante, accomplie d'ordinaire par le 6ou-

INDULGENCE DU JUBILÉ, — l'hISTORIQUE 477

à tous les fidèles du monde catholique. Tous sont invités à participer, moyennant certaines œuvres de piété et de charité, à la faveur de l'Indulgence jubilaire ; et, pour en faciliter l'acquisition à tous, même aux plus grands pécheurs, les confesseurs jouissent, au temps du Jubilé, de pouvoirs tout spéciaux, réservés d'ordinaire aux seuls évêques ou même au Pape, pour absoudre des péchés et des censures, et pour commuer les vœux en d'autres œuvres de piété.

Historique des Jubilés ordinaires et extraordinaires.

5) On distingue deux espèces de Jubilé : le Jubilé ordinaire, qui dure une année entière, et qui, selon l'usage de nos temps, revient tous les vingt-cinq ans, et le Jubilé extraordinaire, que le Pape accorde dans quelques circonstances plus graves ou plus solennelles.

Nous n'avons pas de données certaines sur l'époque à laquelle ont été célébrés les premiers Jubilés chrétiens. Voici cependant un fait qui montre que la coutume de publier cette sorte de faveur spirituelle remonte à une assez haute antiquité. Vers la fin de l'an 1299, le bruit s'étant répandu que tous ceux qui, l'année suivante, visiteraient la basilique de Saint-Pierre, pourraient gagner une grande Indulgence, on vit dès le 1*^'' janvier suivant une foule de peuples, Piomains et étrangers, se rendre pleins d'enthousiasme à l'église de Saint-Pierre. — Au nombre des pèlerins accourus, se trouva un vieillard âgé de près de 107 ans et venu du pays de Savoie. Présenté au pape Boniface VIII, il raconta que son père l'avait conduit à Rome un siècle auparavant, pour le faire participer à la faveur de l'Indulgence qu'on y gagnait tous les cent ans. Il ajouta que son père lui avait recommandé, si Dieu lui prolongeait la vie jusqu'alors, de retourner à Piorao en l'an 1300 et d'y visiter de nouveau

veiairi Pontife en personne, aux premières vêpres de Noël, savoir par l'ouverture de la Porte-Sainte, ou Porte du Jubilé, à l'église de Saint-Pierre. A la mèrne heure, trois cardinaux ou prêtres, nommés à cet effet légats a la~ tere par Notre Saint-Père le Pape, accomplissent la même cérémonie à Saint- Jean de Lalran, à Sainle-Marie Majeure et à Saint-Paul hors des murs. L'année révolue, à l'issue des vêpres solennelles de la Viirile de Noël, le Pape fait ref-rmer la Porte-Sainte : c'est la clôture du Jubilé. — V. liiliis servandi in aperitione et clausura portée Sanctx, etc. Romse, 1775. — Voir aussi la description détaillée de ces cérémonies, par le P. Schneider dans la revue allemasde Kœlnihches Pastoralblatt {\X' année, n. 4).

478 11« PARTIE, m" SECTION — TEMPS SPÉCIAUX

l'église de Saint- Pierre pour gagner la même grande Indulgence. Quelques autres italiens et deux vieillards du diocèse de Beauvais en France confirmèrent par des attestations semblables la tradition orale sur ce point.

Le Pape discuta la question longuement et soigneusement avec les cardinaux ; puis, malgré l'absence de documents écrits, qu'on avait cherchés en vain dans les archives romaines, il déclara dans la bulle, Antiquorum habet fida relatio, du 22 février 1300, que, d'après des relations dignes de foi, ses prédécesseurs avaient accordé de grandes Indulgences à ceux qui visiteraient la basilique de Saint-Pierre. Il renouvela et confirma toutes les concessions anciennes ; et, confiant dans la miséricorde de Dieu et dans les mérites des apôtres saint Pierre et saint Paul, pour l'honneur de ces mêmes apôtres, et en vertu de la plénitude de la puissance apostolique venue jusqu'à lui, il accorda, pour l'année 1300 et pour toutes les années séculaires suivantes, une Indulgence plénière à tous ceux qui, vraiment contrits, confesseraient leurs péchés et visiteraient les deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Les fidèles de Rome devaient visiter ces églises une fois par jour pendant trente jours ; les étrangers, pendant quinze jours consécutifs.

A la suite de cette concession, les pèlerins affluèrent en si grand nombre aux tombeaux des saints apôtres, que pendant toute l'année la ville de Rome eut peine à les contenir.

6) En 1342, les Romains envoyèrent une députation au pape Clément VI, qui résidait à Avignon, afin de le prier de vouloir bien abréger le terme de cent ans fixé par Boniface VIII pour le retour du Jubilé, attendu que ce laps de temps était bien trop long pour la durée ordinaire de la vie humaine. Le Pape daigna accueillir favorablement cette demande, et, par une bulle de 1343, il ordonna que cette faveur extraordinaire serait accordée désormais tous les cinquante ans. En conséquence, il y eut un nouveau Jubilé en 1350, qui fut célébré à Rome par un concours de peuple bien plus grand encore que celui de l'année 1300 : on comptait les pèlerins par millions ; toutes les routes étaient couvertes de pieux fidèles qui se rendaient au tombeau des apôtres.

7) Cependant, malgré cette nouvelle concession, beaucoup de chrétiens se trouvaient encore dans l'impossibilité de participer à la grâce du Jubilé. Touché de celte considération, le pape Urbain VI résolut d'abréger encore le terme, et de faire reveuii- ce

INDULGENCE DU JUBILÉ. — l'hISTORIQUE 479

temps de grâce tous les trente-trois ans, en souvenir de la vie mortelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il publia donc un Jubilé pour l'an 1390 ; mais, à cause du schisme d'Occident, qui troublait alors la paix de l'Église, cet appel du Souverain Pontife ne fut guère entendu.

Le pape Nicolas V crut devoir remettre en vigueur le décret de Clément VI autorisant seulement tous les cinquante ans la célébration de Tannée sainte. 11 annonça le Jubilé pour l'an 1450, et ouvrit lui-même avec une grande solennité la Porte-Sainte de l'église de Saint-Pierre la veille de Noël. Le schisme venait heureusement de prendre fin : aussi l'affluence des pèlerins à Rome fut immense pendant toute cette année-là.

Cependant le retour aux prescriptions de 1343 n'obtint pas l'assentiment des successeurs de Nicolas V. Paul II, considérant que beaucoup de pieux fidèles seraient privés de l'Indulgence jubilaire, si on ne pouvait la gagner que tous les cinquante ans, arrêta qu'à l'avenir le Jubilé serait célébré de vingtcinq en vingt-cinq ans.

En conséquence, l'année 1475 devint une année jubilaire, et depuis lors on a maintenu ce terme, qui, aujourd'hui encore, a force de loi : à moins donc que le Saint-Siège n'en ordonne autrement, l'année 1900 sera à Rome une année de Jubilé i.

8) Dans l'origine, le Jubilé ordinaire ne se célébrait qu'à Rome, et la visite réelle des tombeaux des Apôtres était une condition sine qua non pour participer à ses faveurs.

Mais, après l'année sainte de 1390, publiée à Rome par Urbain VI, son successeur Boniface IX fit de plus larges concessions : il accorda aux villes de Munich et de Cologne d'abord, et peu après à celles de Magdebourg, de Meissen et de Prague, un privilège jusqu'alors inouï : non seulement les habitants de ces villes, mais encore les étrangers pouvaient y gagner l'Indulgence du Jubilé par la visite de certaines églises et par l'accomplissement des autres conditions. Aussitôt des multitudes innombrables accoururent de tous côtés vers ces centres privilégiés.

Après la clôture de la solennité jubilaire de 1450 à Rome, les Polonais et les Lithuaniens obtinrent une concession sem-

I. Les dates de tous les Jubilés ordinaires célébrés jusqu'ici avec les notices historiques qui les concernent, se trouvent réunis dans la « Revue pattornle de Cologne » — Kœln, Pastoralblatt (ix" année, n» 3).

Page 1