‹ Les Indurations Plastiques Des Corps CaverneuxChapitre 6 sur 18 · ÉVOLUTION ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION ET PRONOSTIC

L'évolution des indurations plastiques des corps ca-

verneux est beaucoup moins bien connue que leur symptomatologie.

Le début insidieux est assez lent et passe généralement inaperçu. Dans une de nos observations cependant, d’origine nettement traumatique, le début fut brusque et le malade vint consulter parce qu'il constatait l'apparition d’une plaque indurée au niveau du point contusionné ; mais s’agissait-il dans ce cas d'une : induration plastique vraie, d’un nodus fibreux comparable à ceux que nous avons décrits? Nous ne le pensons pas ; ils’agissait bien plutôt d’un noyau de cavernite qui disparut d’ailleurs à peu près complètement au bout de quelques mois.

Mais cependant, puisque nous avons admis qu’une induration plastique pouvait être l’aboutissant éloigné d’un traumatisme,;nous pouvons envisager l’apparition brusque d’une nodosité comme possible; mais, en général, il est très difficile de préciser la date d'apparition de l’induration.

4 à Le noyau est au début si petit qu’il n’entraîne aucun trouble fonctionnel et ne provoque aucune douleur, mais, au fur et à mesure de son accroissement, apparaissent les phénomènes douloureux et la déviation de la verge. Le coït de plusen plus difficile devient très douloureux, et c'est à cette période, lorsque l'affection est constituée, très longtemps après son début, que le malade vient consulter. | Mais arrivé à un certain degré de développement, il semble que le nodus fibreux n’ait plus de tendance à progresser. Son évolution est pour ainsi dire arrêtée. Tel il est maintenant, tel il restera à peu près indéfiniment ; il existe des cas où l’mduration est très étendue en surface et où l’on pourrait craindre l’envahissement de toutes les enveloppes des corps caverneux par le processus fibreux, mais en réalité l’induration généralisée ne s’observe jamais; ce que l’on voit, ce que relatent toutes les observations c'est l'existence d’une ou plusieurs indurations limitées dans le septum intercaverneux ou dans Ja gaine de ces organes. Quand il existe des indurations multiples, il semble que leur apparition puisse se faire tantôt simultanément, tantôt par poussées successives.

Les troubles fonctionnels ne se modifient guère pen-

dant l’évolution des indurations. Les déviations de la

* verge ont tendance.à s’accentuer de même que les:

douleurs; mais ces douleurs surtout violentes pendant les érections disparaissent naturellement chez les sujets âgés, privés de cette précieuse faculté, mais l’âge où

« l'érection n’est plus qu’une vanité », suivant l’expres-

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sion de M. Tuffier, est bien difficile à déterminer. Nombre de malades ayant dépassé la période habituelle de virilité conservent encore l’ardeur et la vigueur de leurs jeunes années, et viennent se plaindre non sans raisons, de la gène insupportable causée par leur affection. :

| Nous : avons en outre insisté déjà sur ce fait, que l’induration plastique des corps caverneux n'était nullement l'apanage exclusif de la vieillesse; elle s’observe assez fréquemment chez des sujets jeunes et l’on conçoit que dans ces cas cette infirmité puisse avoir les plus funestes conséquences en influençant très fâcheusement l’état moral du malade, et, à ce propos, M. Fournier, cité par Delaborde, disait dans une de ses leçons: « Vous ne sauriez croire ce que ces lésions déterminent d'inquiétude, de chagrin, de morosité, d’affliction profonde, d’hypocondrie. J'ai vu des malades me déclarer qu'avec une telle infirmité la vie leur était à charge et énoncer froidement des projets de suicide. »

Ainsi donc, le pronostic de cette curieuse affection, sans être très sérieux en lui-même puisqu'elle n’alière en rien la santé générale du malade, n’est pas aussi bénin que l'ont dit certains auteurs, en raison précisément de ces troubles nerveux qu’elle engendre secondairement, et aussi, un chapitre suivant en fera largement la preuve, parce que cette affection est à peu près rebelle à toute thérapeutique; les malades essaient successivement tous les traitements, s'adressent à tous les médecins, sans qu’il soit le plus souvent possible

d'apporter un soulagement à leurs misères.

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L'induration plastique des corps caverneux peut-elle se compliquer ?

Nous n'avons dans aucune observation relevé la dégénérescence de la plaque fibreuse ; la transformation cancéreuse n’a jamais été signalée, pas plus que la transformation calcaire, ce qui permet une fois de plus de séparer ces indurations fibreuses, des ossifications partielles du pénis.

Il nous faut cependant mentionner un accident possible signalé par Ricord.

Les malades gènés par la déviation de la verge peurvent chercher à la corriger, et, à provoquer le redressement du pénis en érection par des manœuvres manuelles plus ou moins violentes. Il peut en résulter une rupture de quelques alvéoles de tissu spongieux et la formation secondaire d’un noyau cicatriciel qui aggrave la lésion primitive. Dans un cas de Ricord, ce redressement forcé se fit pendant le coït.

« Aussi, dit M. Tuffier, faut-il recommander aux malades de ne point essayer la correction de leur strabisme pénien », car suivant la très juste sentence de Ricord, « le fourreau doit se modeler sur l'épée et non

l'épée sur le fourreau » mais nous ajouterons que

malheureusement le fourreau n’est quelquefois pas as-

sez modelable ou assez complaisant et que l'épée ne peut toujours s’y loger, tout au moins sans courir le

risque de quelque dommage !

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