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DANS LA FABRICATION DES COULEURS MINÉRALES

Blanc de oérose. — Une bonne partie de la céruse employée est encore préparée par la méthode hollandaise.

Une autrci partie est produite par la méthode française ou de Clîchy, c'est-à-dire par précipitation d une solution de litharge dans l'acétate de plomb , au moyen d'acide carbonique.

D'après le procédé de Matthews, à Hebbum-on-Tyne , le mélange d'acétate de plomb et d'oxyde est additionné de 7 à 7.5 p. loo de glycérine et introduit dans un appareil rotatif. La précipitation se fait naturellement au moyen de l'acide carbonique ; on prétend que la présence de glycérine a pour effet de rendre le précipité plus homogène et plus blanc.

Le procédé Dde et Milner consiste à mélanger la litharge avec une dissolution de chloruré de sodium; la masse se boursoufle, il se forme un chlorure basique de plomb qui reste en suspension dans le liquide , on y fait passer un courant d'acide carbonique pour précipiter le blanc de céruse. L'opération dure deux jours.

Un autre procédé appliqué en Belgique, en 1 89/1, puis introduit à Lille en France, n'est qu'une modification de celui de Clichy. Il est dû à MM. Orr et James et consiste à broyer intimement de la litharge avec de l'eau, d'introduire le mélange dans un carbonateur avec un peu d'acide acétique et de faire passer le courant d'acide carbonique. L'opération dure cinq jours et donnerait un produit meilleur marché que par le procédé hollandais.

Dans le procédé Bunn, usité à Peoria (Illinois), on verse le plomb fondu dans l'eau, dans le but de le pulvériser assez finement pour qu'il l*este en suspension dans ce liquide, puis on l'oxyde sous pression et on le transforme subséquemment par l'acide carbonique en céruse dans les mêmes conditions. Ce produit préparé sans l'intermédiaire de l'acide acétique, aurait une belle couleur et couvrirait bien.

Le procédé /. W. Bailey, dont il n'a pas encore été question jusqu'à présent, se rapprocherait du procédé hollandais. Il est employé à Jersey-Gity. Dans le but de mieux régler la température, le plomb, fondu dans un premier creuset, est versé dans un second récipient muni d'un fond en acier, percé de i5o à 900 trous de 0.2 5 millimètres de diamètre. Le métal, qui tombe sous la forme de pluie, se solidifie instantanément et est recueilli dans des cuves en bois percées de trous et superposées, dans lesquelles on fait arriver l'acide carbonique par le fond. Ces cuves ainsi chargées de 35 à 5o kilogrammes de plomb en fil, sont plongées pendant quelques instants au sein d'une soluble d'acide acétique à 8 p. 100, puis empilées par 10 ou âo et soumises à l'action d'un

courant d'acide carbonique. Cet acide est obtenu par la combustion d'huile lourde de pétrole (kerosinoîl). L'usine en (question est en mesure de fabriquer 3 tonnes de cëruse par vingt-quatre heures, la transformation du métal étant complète au bout de trois jours.

Le produit est très fin; tamisé sous l'eau, il ne laisse que 8 p. loo de résidu, qui est employé pour la préparation d'acétate de plomb ou pour tout autre usage.

Comme couleur et pouvoir couvrant, ce blanc équivaudrait au blanc Gremnitz {Eng. and Mining Journ. , 1900,70,668).

Blanc de plomb Bobllmé ou sulfate de plomb. — Le sulfate de plomb a été souvent préconisé au lieu et place de la céruse,à cause de son insolubilité qui le rend inoffensif. Mais outre l'inconvénient qu'il partage avec la céruse de noircir sous l'infiuence des émanations suUhydriques, le sulfate de plomb obtenu par précipitation (blanc de Mulhouse) ne jouit pas des mêmes propriétés couvrantes que les carbonates de plomb.

Depuis quelques années, on fait des essais pour obtenir une modification de ce sulfate qui puisse remplacer avantageusement la céruse sous tous les rapports, sans présenter de dangers pour la santé publique et il semble que M. Macdonald ait réussi dans une certaine mesure.

Sous le nom de blanc de plomb sublimé, on se sert, en effet, aux États-Unis, d'un sulfate qu'on obtient en chauffant dans des fours spéciaux, et au rouge blanc, de la galène, qui se vaporise lentement dans ces conditions, et dont les vapeurs se transforment en sulfate de plomb au contact de l'air. Pour que cette transformation se fasse convenablement, il faut, au préalable, faire subir à la galène un traitement approprié et la chauffer vivement. Le produit de la combustion est ensuite dirigé dans des tuyaux brûlants, maintenus à une température que l'expérience a fait reconnaître comme la plus favorable, opération qui a pour effet de rendre les particules de sulfate plus denses, et de faire déposer les impuretés qui avaient pu pénétrer dans les fours.

A la sortie de ces tuyaux brûlants, le blanc de plomb sublimé passe dans une série de tuyaux de refroidissement, où il se dépose en partie en entraînant le reste des impuretés, et est finalement recueilli sur des filtres en tissus spéciaux qui permettent au gaz des'échapper. On le détache des filtres et on le met en baril pour l'expédier.

Ce sulfate de plomb, So^Pb, se présente sous la forme d'une poudre épaisse, très lourde , d'un blanc pur. Examiné au microscope , il est tout à fait amorphe et n'exerce aucune action sur la lumière polarisée ; il est, en d'autres termes, entièrement opaque et renvoie totalement les rayons lumineux qu'il reçoit.

Le blanc de plomb sublimé absorberait de grandes cpiantités d'huile et a des propriétés particulières qui obligent les broyeurs de couleurs à le traiter d'une façon toute spéciale.

Si on le broie à l'huile de lin en pâte dure, il a une tendance à sécher et à durcir; mais, en modifiant le procédé de broyage, on surmonte cette difficulté et la matière colorante ne durcit pas.

Les mélanges de plomb sublimé et d'oxyde de zinc présenteraient un intérêt spécial comme pouvant servir comme peinture sous-marine pour le fer.

Gi. XIV. — Cl. 87. — T. II. 23

IMrRIMEIIII aAriOSALK.

Gomme nous le relations plus haut, la préparation de ce produit se fait aux Etats- Unis et en Belgique ; il eidste même une usine d'essais en France.

Blanc de ziac. ZnO. — On sait que la question de la nocuité du blanc de céruse a été de nouveau à Tordre du jour. La défense par les pouvoirs publics de son emploi pour les travaux de TEtat n'a pas manqué de provoquer de nouveaux essais siu* le blanc de zinc. La substitution à la céruse avait déjà été préconisée par Guyton de Morveau, en 1782, puis par Fourcroy, BerlhoUet, Vauquelin, Ghevreul, etc. M. Ach. Livache a repris cette étude tout récemment [Comptes rendus de F Académie des sciences, t. GXXXII, 1901, p. ia3o, et Bulletin de la Société d'encouragement pour l'Industrie nationale , 1901) et a opéré de la façon suivante : Il a fait préparer par un ouvrier expérimenté les divei-s produits employés dans la peinture à l'huile, couleurs et enduits, à base de céruse et à base d'oxyde de zinc, puis, prenant les premiers comme types, il a recherché au laboratoire les causes qui rendaient inférieurs les produits à base de zinc. Ges causes, une fois déterminées, il a établi les formides qui, reprises par l'ouvrier, lui ont 4onné des résultats que l'auteur considère comme identiques aux produits à base de céruse. Gette étude l'a conduit aux règles suivantes que nous reproduisons textueUement :

Pour les couleurs A l'huile :

i"" Pour des poids égaux de matières solides, les quantités de l'huile to(a/e (huile contenue dans le produit broyé plus huile ajoutée) doivent être dans le rapport inverse des densités des matières solides employées, considérées à l'état sec ;

2° L'emploi d'une dose modérée de siccatif, soit 1 p. 100 de l'huile totale, fera sécher la couleur dans les Umites de temps imposées par la pratique. Ge résultat sera obtenu avec certitude, sans que la peinture subisse aucun jaunissement, en employant un siccatif tel que le résinate de manganèse, complètement soluble à froid dans l'huile et d'une énergie remarquable;

S"" Avec les quantités de matières solides et d'huile indiquées , le pouvoir couvrant d'une couleur à base d'oxyde de zinc sera le même que celui d'une couleur à base de céruse; l'expérience et le calcul montrent, en effet, que les poids des matières solides déposées seront en raison inverse des densités de ces matières solides prises à l'état sec; elles occupent donc un même volume sur une surface donnée.

L'auteur a également étudié les enduits formés d'huile, de blanc de Meudon, de céruse ou d'oxyde de zinc, et additionnés, suivant les cas, d'essence de térébenthine. Ges enduits sont destinés à donner un fond homogène et uni et, surtout à rendre la surface du plâtre ou du bois imperméable, afin que la couleur à l'huile, lors de son apphcation , ne subisse aucune modification de composition résultant de l'absorption d'une partie de l'huile.

En comparant, comme pour les couleurs, les enduits à base d'oxyde de zinc aux enduits à base de céruse préparés par un ouvrier suivant ses errements habituels , et pris comme types, M. Livache a déduit les règles suivantes :

t** Pour les enduits gras, le rapport du poids de l'huile au poids de l'ensemble des

matières solides, chacune de celles-ci étant convertie comme poids en blanc de Meudon, d'après le volmne qu'elle occupe , est représenté par une constante;

a** La bonne tenue d'un enduit résultera surtout de l'état de porosité des substances solides qui entrent dans sa composition ;

3** La céruse et le blanc de zinc n'ont d'autre rôle, que de servir d'excipient pour l'huile, que le blanc de Meudon ne peut complètement retenir, par suite de sa porosité insuffisante.

L'expérience montre, en effet, qu'à la limite, le carbonate de chaux précipité, qui est d'une finesse et d'une porosité extrêmes, donne, sans addition de céruse ou d'oxyde de zinc, des enduits identiques, comme tenue et application, aux enduits à base de céruse;

&"" L'oxyde de zinc pourra, sans inconvénient, être substitué à la céruse dans un enduit gras, pourvu qu'il y entre à une teneur suffisante, dont il est facile de déterminer le minimum ;

5"" Les enduits maigres et les enduiu pour moulures, ces derniers devant être appliqués à la brosse, peuvent être regardés comme dérivant d'un enduit gras, rendu plus fluide par addition d'une quantité déterminée d'huile et d'essence de térébenthine.

Lithopon. — Comme nous avons déjà eu l'occasion de le voir, ce succédané de la céruse et du blanc de zinc s'obtient en précipitant une solution de sulfate de zinc exempt de fer par une solution de sulfure de baryum SO^S + BaS + nH^O = SO^Ra + ZnS + nH^O. Le précipité blanc qui se forme SO*Ba.SZn, est recueilli, lavé, passé au filtre, pressé, séché et calciné. Dans cette opération, une partie du sulfure de zinc s'oxyde et se transforme ultérieurement en carbonate sous l'influence de l'acide carbonique de Tair. Mais cette réaction secondaire n'altère pas sensiblement le pouvoir couvrant de la substance et son prix de vente est basé sur sa teneur en sulfure de zinc.

Violet minéral, dit violet de Nuremberg ou violet de Bourgogne, — Cet intéressant ' produit que MM. Gaudrillet et Lefebvre ont réussi à préparer en grand, dans des conditions de bon marché permettant d'assurer à cette couleur un bel avenir, a été signalé et breveté pour la première par Leykauf en Allemagne (brevet n"* -79188).

D'après la description qu'en a donnée l'auteur^^^, ce corps s'obtiendrait «en chauffant de l'oxyde de manganèse avec de l'acide phosphorique jusqu'à ce que la masse soit entrée en fusion : à ce moment, elle est devenue d'un beau violet; on la laisse refroidir, puis on y ajoute de* l'ammoniaque ou du carbonate d'ammoniaque; on décante et on soumet le licpiide décanté à l'évaporation jusqu'à ce que le résidu devenu pâteux et d'un beau violet cesse de se boursoufler ; on épuise à l'eau bouillante et on obtient par refroidissement un dépôt pulvérulent de violet. La beauté de la couleur dépend de la proportion d'acide phosphorique employée et de la température à laquelle la fusion a lieu ; si la quantité d'acide est insuffisante , la masse est peu fusible et l'on n'obtient qu'une

f') Bull. toc. chim,, i" série, 1868, t. X., p. 68. lahresberickt, Jur Chemie, 1868, p. 998.

sorte de vitrification blanchâtre; si au contraire, la proportion d'acide est trop élevée,

le mélange est trop fusible et la couleur ne se développe pas^^l n

Les chiffres d'analyse fournis par l'auteur lui permettent d'assigner à ce produit la

formule

Mn«O^PhO* + PhO»aHOAzH*0

qui, traduite en formule atomique, devient

PhO^Mn + PhO^HîAzH*

composition à laquelle conduisent également les résultats analytiques obtenus récemment par M. le professeur Pigeon, en opérant sur le violet de Bourgogne préparé par les fabricants dijonnais.

t^) Uauleur ajoute qae dans les mêmes conditions, Toxyde de fer fournit une poudre bleue, tandis qu'un mélange d'oxydes de fer et de manganèse donne naissance k on bleu nuance de violet.

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