‹ Les industries chimiques et pharmaceutiquesChapitre 81 sur 160 · PARFUMS NATURELS ET ARTIFICIELS · texte numérisé non relu

PARFUMS NATURELS ET ARTIFICIELS

Sous ce nom de parfums naturels et de parfums artificiels nous nous proposons d'étudier les produits qui servent de matières premières dans l'industrie de la parfumerie proprement dite, que ces produits soient tirés de la nature ou qu'ils soient dus ii l'esprit inventif de l'homme et élaborés dans les établissements spécialement affectés à leur fabrication.

A part le contrôle de la valeur et de la pureté des matières premières, et la connaissance des incompatibilités qui, par suite de différences de fonctions, peuvent exister entre certaines classes de produits, la chimie, en tant que science, n'a pas à intervenir dans la parfumerie proprement dite.

Cette industrie s'occupe, en effet, uniquement de combiner, de marier entre eu\, quand ils s'y prêtent, les différents parfums types, sous la forme de lotions, de teintures, de poudres et de pommades, de façon à obtenir une résultante, d'une odeur douce, fine et agréable, impressionnant discrètement nos sens et dans laquelle les senteurs fortes ou trop excitantes sont habilement dissimulées ou simplement atténuées.

Cette industrie relève donc plutôt de l'art que de la science. Elle a son esthétique particulière, comme toutes les branches de l'art humain. Pour l'exercer avec succès, il faut des sens affinés, une grande délicatesse des organes olfactifs, un goût parfait et un esprit constamment en éveil , pour satisfaire aux désirs sans cesse nouveaux et changeants d'une clientèle particulièrement capricieuse et exigeante.

Or cet art, pour lequel, nous le répétons, il faut des facultés spéciales, possède ses traditions et ne s'acquiert qu'à la suite d'une pratique non interrompue et d'une longue expérience. C'est un art éminemment français.

Tous ceux, en effet, qui, à l'occasion de ces luttes pacifiques et internationales sont appelés à comparer les produits similaires de l'étranger, ne manquent pas d'être frappés de la supériorité de notre parfumerie. Seuls les articles russes, anglais s en rapprochent comme finesse , mais ces derniers n'ont rien de la discrétion ni de la délicatesse des parfums français; ils s'en distinguent par quelque chose de plus vigoureux, par un certain montant qui est peut-être nécessaire à nos voisins, par suite du climat brumeux dont ils sont dotés et de l'atmosphère souvent déprimante qu'ils respirent dans les grandes agglomérations.

Les matières premières dont se sert la parfumerie sont tirées du règne animal, du règne végétal , ou bien sont des principes chimiquement définis , fabriqués industriellement comme tous les produits chimicpies.

A part l'ambre gris, la civette et le musc, on n'emploie guère, en parfumerie, d'au-

li'cs produits sécrétés par les animaux. Nous verrons plus loin que ie musc a trouvé un concurrent dans divers composés nitrés obtenus artificiellement.

Quant aux principes odorants extraits des plantes, on sait combien ils sont variés et nombreux. Comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire dans notre dernier rapport :

« L'extraction des parfums peut se faire de différentes manières , et le mode opératoire varie avec la partie de la plante à traiter, avec la nature de la substance aromatique qu'elle contient, et aussi avec la forme sous laquelle on veut obtenir le parfum. On peut distiller avec de l'eau les fleurs, les fruits, les feuilles, les tiges, les écorces, les racines, et recueillir en la condensant l'essence qu'entraînent les vapeurs d'eau.

ff On peut aussi enlever à ces différents organes leurs principes odorants , en les traitant soit par des corps gras (enfleurage), soit par des dissolvants très volatils, quaryl on veut obtenir des extraits très concentrés. Cette industrie emploie donc les méthodes les plus variées pour essayer de saisir, sans les altérer, les parfums les plus délicats.

(T La grande difficulté réside dans l'obtention des principes réalisant les qualités de finesse, de suavité que possèdent les plantes elles-mêmes.

«Or l'industrie française a atteint un degré de perfection dans cet art d'isoler les parfums naturels. Ses produits sont réputés dans le monde entier et se distinguent très nettement des produits analogues préparés dans les autres pays.

«Une longue expérience, des perfectionnements successifs, apportés non seulement dans les modes de traitement et dans les appareils, mais encore dans la culture des plantes aromatiques, font (jue les distilleries provençales ont des produits de premier choix. Ce n'est pas à dire que les industries concurrentes des autres nations ne cherchent pas à s'emparer du marché et à évincer les produits français. Comme dans toutes les branches de l'activité humaine, ici encore la lutte est âpre et sans merci. . . -n (*).

Il n'y a rien à changer à ces Hgnes écrites il y a dix ans , si ce n'est que la lutte est devenue plus opiniâtre encore , la culture des plantes à parfum ainsi que leur traitement au point de vue de l'extraction de leurs principes odorants se pratiquant actuellement sous les climats et dans les pays les plus divers.

D'autre part, l'industrie des parfums artificiels, inspirée et fécondée par la science, s'est singulièrement élargie depuis et a pris une extension qui va sans cesse en augmentant.

Sans doute, les produits qu'elle fabrique ne sont pas comparables, car s'il est possible à la chimie de reproduire synthétiquement un principe défini, unique, une sorte de rfominante, à laquelle une plante déterminée doit sa valeur industrielle, il devient plus difficile de fabriquer de toutes pièces des mélanges complexes, comme le sont les essences dont les qualités sont souvent fonction de la présence de quantités infiniment petites, de substances qui échappent à nos investigations.

'^' Voir aussi Comptes rendus des progrès réalisés dans l'industrie des huiles essentielles. BuUelin de la Société d'encouragement pour Ci mUiMtrie nalionaU [5], t. 11 (1897), p. lo»

A ce point de vue, beaucoup d'huiles essentielles sont comparables au vin, dont certains crus sont impossibles à imiter, malgré la science consommée du meilleur des chimistes qui essaierait de les reproduire. La nature dispose de moyens qui ne sont pas à notre portée et qu'elle applique dans une mesure qui nous est également inconnue.

Mais le vin est un produit de consommation que , s'il est naturel , les bienfaits de la chimie n'ont pas réussi à discréditer auprès du public. Quoi qu'on fasse , celui-ci préférera toujours, et non sans raison, le simple jus de la treille à la mixture la plus habilement composée qu'on décorera du nom de vin artificiel.

Il n'en est pas de même des parfums. Ni le goût du pubhc, ni les lois ne s'opposent à l'emploi des principes définis obtenus artificiellement, ou de succédanés des parfums contenus dans les organes des plantes et des animaux.

La vanilUne, l'aldéhyde benzoïque, le saUcylate de méthyle synthétique sont inférieurs comme parfums à la gousse de vanille, à l'essence retirée des amandes amères, à l'essence de gaultheria, bien qu'ils soient chimiquement identiques aux principes auxquels ces derniers doivent leur odeur dominante.

Les c[ualités du musc artificiel, celles de la néroline sont loin d'atteindre celles du musc naturel et celles de l'essence de fleur d'oranger, mais en approchent seulement; il est vrai que la différence de composition qui existe entre ces produits de laboratoire et ceux élaborés par la nature justifie une différence de qualité.

Cette infériorité manifeste des composés artificiels ne s'oppose cependant en aucune façon à leur emploi, quand l'industrie peut les livrer à des conditions plus avantageuses que leurs similaires naturels.

Seuls, les délicats s'adresseront encore à ces derniers, mais la grande masse du public, par les habitudes de luxe qu'elle contracte peu à peu, aura toujours une préférence pour les articles qu'elle peut avoir à meilleur compte.

Qu'y a-t-il actuellement de plus répandu que les parfums à la vanille , à l'héliotrope au lilas, à la violette, au musc, etc. . .?

Cette popularité dont jouissent ces parfums tient uniquement à ce que la vanilUne, l'héliotropine, le terpinéol, le lilas, l'ionone et le musc artificiel ont été mis à la portée des boiu*ses les plus humbles grâce aux recherches scientifiques dont ces principes ont été l'objet.

Ces recherches ont eu pour première conséquence l'introduction, dans le champ de l'activité industrielle , des procédés synthétiques qui ont permis de les reproduire au début et, dans la suite, l'émulation entre hommes de science et fabricants aidant, des synthèses nouvelles qui ont amené graduellement les perfectionnements de l'hemx» présente.

Mieux que tout autre argument, les prix qu'ont atteints successivement quelques-uns de ces principes, depuis qu'ils appartiennent à la fabrication courante, donneront une idée de la répercussion que peuvent avoir des recherches d'ordre purement scientifique sur les progrès d'une industrie.

Si nous envisageons en effet les cours de la vanilUne et de l'héliotropine depuis que

ces produits sont préparés industriellement, nous constatons qu'aux prix où l'on payait le kilogramme en 1876 et en 1 879 on peut en avoir actuellement plus de 100 kilogr.

ViRlLLlMB. HéLIOnOPIRB.

VARILLIRB. HBLIOTIIOPIHB.

Page 1