POIDS
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Par la quantité sans cesse croissante d'huiles essentielles produites, nous savons enfin que la fahrication et l'emploi de celles-ci sont loin d'être entravés par le développement qu'a pris l'industrie des parfums chimiques.
(les exemples nous suflSsent donc pour montrer que produits artificiels et produits naturels ont une consommation parallèle et que si les premiers , grâce à lem's prix réduits , ont une clientèle beaucoup plus étendue et s'adressent à une certaine couche sociale , les seconds forment la base de la parfumerie fine, réservée aux déhcats, à ceux qui demandent à ces articles de luxe les qualités de moelleux, d'harmonie dans les odeurs, qui sont l'apanage exclusif des mélanges complexes qu'élaborent la nature.
Origine de Tindustrie des parfums artificiels. — En tant que branche spéciale de l'activité industrielle, la fabrication des parfums artificiels est de date récente. L'ana-
lyse immédiate, souvent renouvelée des huiles essentielles, et de tous les produits odorants d'origine physiologique, à mesure que nos procédés d'investigation se perfectionnaient, a permis de déterminer peu à peu la nature et la fonction, et parfois la dose , des principes qui par leur union ou leur mélange , impriment au parfum naturel les qualités particulières qui lui donnent sa valeur et son cachet. Une des premières études de ce genre a été faite par Cahours qui a reconnu que l'essence le Gaultheria procumbens (Wintergreen) était constituée par du salicylate de méthyle. D'autres recherches sur les essences les plus* diverses ont conduit à des résultats semblables, bien que d'un caractère plus difficile.
Une fois en possession d'un certain nombre de principes bien définis, on chercha à en connaître la fonction, puis la constitution, et on tenta finalement d'en réaliser la synthèse.
C'est ainsi que Tiemann et Haarmann, à la suite d'une série de très beaux travaux sur la vanilUne naturelle ont réussi à la reproduire par synthèse, en partant d'abord de la coniférine et ensuite de l'eugénol de l'essence de girofles. Les cours décroissants atteints pair le parfum artificiel, depuis son apparition sur le marché, montrent d'une manière frappante l'évolution successive des recherches faites au laboratoire, recherches dont les résultats se sont traduits par des améliorations apportées dans la fabrication du produit.
Nous pourrions citer d'autres exemples non moins intéressants de l'intervention de la science pure dans cette imitation des produits que , seule jusque-là , la nature était en état de fournir.
Nombreux sont, en eflfet, les alcools, les aldéhydes, les éthers, les cétones, les phénols, etc., faisant partie constituante des parfums naturels qui sont actuellement fabriqués dans les laboratoires des usines.
Mais à côté de ces reproductions, la chimie n'a pas tardé à chercher à créer ellemême, de toutes pièces, des substances à parfum particulier ou se rapprochant de celui d'un produit naturel. Aussi, soit qu'ils aient été servis par le hasard (musc Baur), soit que, guidés seulement par des analogies, ils aient orienté leurs travaux dans une voie déterminée , les chimistes ont réussi à enrichir la gamme des parfums de matières nouvelles dont l'odeur a, ou non, une similitude avec celle des parfums naturels.
Jusque dans ces dernières années, toutes ces recherches, si fécondes, aussi bien au point de vue de la spéculation pure qu'à celui des applications dont elles ont été la conséquence, ont été réalisées dans les laboratoires allemands et ont, par suite, aussi profité à l'industrie de l'Allemagne. C'est en effet en Allemagne qu'est née et qu'a spécialement progressé cette branche nouvelle de l'industrie chimique.
La chimie des parfums, comme celle des matières colorantes, reçoit son inspiration (les théories qui ont particulièrement servi de guide dans les recherches fécondes aux- (|uelles la chimie des substances organiques doit son prodigieux développement..
Or, on sait, par ce que nous avons exposé dans notre introduction, les entraves qu'on a apporté à l'adoption de ces théories dans notre enseignement en France, aussi Gn. XIV, — Cl. 87. — T. II. lô
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ne faut-il pas s'étonner des suites qu'a eues pour notre industrie nationale cet ostracisme dont a souffert et dont souffre encore la chimie organique dans notre pays.
Uttératiire. — L'essor qu'ont pris l'industrie des huiles essentielles et celle des parfums artificiels a provoqué, depuis quelques années, l'éclosion d'une littérature appropriée à ce genre d'industrie.
Outre les bulletins semestriels que publient, en plusieurs langues, certaines maisons importantes (Roure- Bertrand fils, à Grasse, Schimmel et C'' à Leipzig, Haensel à Pirna, Allemagne), il a paru périodiquement des revues dans des journaux scientifiques, ainsi que des articles dans de grands traités.
Parmi les revues et monographies, nous citerons celles faites par nous-même dans le Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale (années 1897, 1898, 1899) et dans le Dictionnaire de Wurtz-Friedel, a* supplément, tome II, p. 485, 543. Ces mêmes produits ont fait l'objet de grands traités au nombre desquels il faut citer, en première ligne, ceux de MM. E. Charabot, J. Dupont et L. Pillet (Librairie polytechnique, rue des Saints-Pères, i5, Paris) et de MM. H. Gildemeister et Fr. Hoffmann , sur les huiles essentielles. Cette dernière monographie a été éditée par la maison Schimmel, de Leipzig, et a paru en plusieurs langues (allemande, anglaise et française).
Quant aux parfums artificiels, leur histoire a été résumée dans un volume dû à la plume de M. Charabot (Ed. J.-B. BaîUièreet fils, à Paris), et dans une monographie publiée sous le titre Die synthetischen und iaolirlen Arotnatica, par M. I.-M. klimont, de Vienne (Ed. Baldamus, éditeur à Leipzig).
FRANCE
Grâce à un climat particulièrement favorable à la culture et au développement des plantes à parfum, grâce aussi à une longue suite de traditions qui ont permis de conserver, tout en les perfectionnant sans cesse, les procédés d'extraction des parfums sans que leurs qualités s'écartent trop de celles qu'ils possèdent au sein même des cellules végétales, grâce enfin à un sens olfactif très affiné que possèdent et les producteurs de matières premières et nos parfumeurs proprement dits, la France occupe toujours le premier rang dans l'industrie de la parfumerie , et exporte ses produits dans le monde entier.
Sans doute, la Provence et les départements environnants ne sauraient produire toute la série des parfums que la nature élabore avec tant de prodigalité dans les régions les plus diverses du globe ; ils se bornent à cultiver et à traiter avec un soin particulier celles des plantes à parfum qui sont acclimatées à leur sol, et quand la nature des produits exotiques le permet, ses industriels soumettent ceux-ci au même traitement perfectionné que les plantes indigènes , de façon à en retirer l'arôme dans toute sa finesse et toute sa pureté. Ils impriment ainsi aux produits obtenus leur cachet de fabricants
soigiieuA et experts dans l'art de soustraire aux plantes leurs principes les plus subtils et les plus délicats.
Abstraction faite de quelques cultures, peu étendues, il est vrai, qui se font sur (|uelques autres points du territoire français, on peut dire que l'exploitation des plantes à parfum est surtout localisée dans les départements du Midi, notanunent dans les Alpes-Maritimes (Grasse, Cannes, Le Cannet, Vallauris, Nice) ; le Var (Hyères, Fayence, Seillans); la Drôme (Nyons); l'Isère, le Gard (Nîmes, Sommières). On en cultive aussi en Corse, surtout aux environs de Bastia et de Gasinca, ainsi qu'en Algérie (Alger, Boufarick, Blidah, Gheragas) et en Tunisie.
D'après un rapport très documenté adressé par M. Chapelle, professeur départemental d'agriculture du Var, au dernier congrès internationnal d'agriculture, on produit et on traite en moyenne, annuellement, dans la région de Grasse, Cannes et Nice, les quantités suivantes de fleurs :
kilogrammes. kilogrammes.
Fleurs d'oranger 2,5oo,ooo
Roses 3,000,000^*^
Jasmins qoo,ooo^^^
Violettes i5o,ooo^'^
Cassies i5o,ooo
Tubéreuses i5o,ooo
et plusieurs milliers de kilogrammes d'autres fleurs, telles que géranium, verveine, réséda, jonqume, lavande, aspic, romarin, thym, etc.
Le parfum de ces fleurs est extrait par enfleurage, par macération, par distillation ou au moyen de dissolvants.
Pendant très longtemps nos industriels, tout en s'attachant par une série d'observations et de tâtonnements successifs, à perfectionner leurs méthodes d'extraction pour obtenir de meilleurs rendements et pour conserver, autant que possible, aux parfums extraits, l'arôme et la finesse qu'ils possèdent dans la plante même, se sont désintéressés de la composition des produits complexes qu'ils fabriquaient et ne se doutaient pas que la connaissance exacte de la constitution de ces produits pouvait les guider dans leur industrie , ou leur être de quelque utilité au point de vue commercial.
L'épreuve à l'odorat leur suffisait pour juger de la valeur d'un parfum, et ils considéraient les épreuves chimiques comme superflues.
Aussi aucune de ces grandes maisons ne s'était-elle munie de chimistes ou de collaborateurs scientifiques quelconques. Elles se bornaient toutes à continuer les traditions de leurs devanciers.
Ce n'est qu'aiguillonnés par la concurrence allemande que certains , parmi les plus avisés de ces chefs d'établissements, ont enfin compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer de la collaboration d'hommes de science et de l'adoption dans leurs pratiques commerciales de données scientifiques et rationnelles.
Nous ne saurions assez le répéter, l'industrie allemande ne doit pas uniquement son
(^^ 1,900,000 kilo|^rammes en 1900, selon MM. Rourc-Bcrirand. {Bulletin scient, et ind, de la maison Roure ' Bertrand JUm. Grasse, octobre 1900.) — (-) 5oo,ooo à 600,000 kilogrammes en 1900. {ïbitL) — (^) 200,000 kilogrammes en 1900. (MiV/.)
228 EXPOSITION LiNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900.
succès à l'esprit inventif des hommes qui la dirigent et la renouvellent , mais encore et surtout à Thabiletë, à Tingéniosité avec laquelle, sous prétexte de supériorité et de garantie, elle sait parer ses produits d'une auréole scientifique. On peut même ajouter que tout en la servant et en la faisant progresser elle prend la science comme plateforme, comme tremplin pour mettre en valeur et pour écouler plus facilement sa marchandise.
Loin de nous la pensée de critiquer les moyens, très légitimes, qu'elle choisit pour s'imposera l'attention de*sa clientèle, notre but, en les rappelant, étant uniquement de faire ressortir les résultats heureux qu'elle en tire et d'inciter nos industriels à suivre la même voie.
Quelques-uns d'entre eux ont loyalement reconnu le bien-fondé des critiques que nous avons déjà eu l'occasion de formuler et ont écouté les avertissements que nous leur avons adressés ^^\ car, ainsi que nous l'avons signalé plus haut, ils ont résolument modifié leur manière de faire et appelé à leur aide des collaborateurs élevés à l'école scientifique et non à celle de l'empirisme traditionnel.
L'apparition à l'Exposition de 1900 de produits et de principes définis d'une pureté irréprochable, la publication de travaux sortis de quelques maisons importantes dont l'une n'a même pas hésité à éditer semestriellement un bulletin scientifique et industriel où, à l'instar de ce que font deux sociétés allemandes, elle consigne ses propres recherches ainsi que celles faites dans les laboratoires français et étrangers, la nouvelle allure prise par le commerce des huiles essentielles, témoignent d'un effort des plus louables et nous fait présager, pour cette industrie , une ère de prospérité et de pro-* grès.
Parfoxns artificiels. — Si^ en tant qu'industrie spéciale, la fabrication des parfums synthétiques est éclose en Allemagne, les chimistes de notre pays ont cependant été parmi les premiers à analyser et à reproduire artificiellement certains des principes auxquels plusieurs huiles essentielles doivent leur parfum. Nous avons déjà cité Gahours (salicylate de méthyle); nous pourrions encore ajouter Grimaux et Lauth qui ont été les premiers à fabriquer industriellement, et par voie synthétique, l'essence d'amandes amères.
Actuellement la France possède aussi des établissements voués exclusivement à la fabrication des parfums artificiels et des produits organiques qui leur servent de matières premières. Gomme nous le verrons plus loin , les articles qu'ils livrent ne le cèdent en rien comme pureté et comme finesse à ceux fabriqués par les maisons étrangères les mieux assises.
Exposition. — Par suite d'une réglementation instituée par l'administration supérieure, les matières premières pour la parfumerie, principalement celles d'origine végétale, ont été disséminées dans plusieurs classes à l'Exposition (Glasses 87, des produits
(') BuUblin de la Société d* encouragement pour Vinduttrie nationale ^ 1897, pi i/ii
chimiques; 90, de la parfumerie; Colonies), de sorte qu'il n'a pas été facile de se faire une idée d'ensemble sur leur variété , leur finesse et aussi la vitalité de l'industrie qui les a produites.
Aussi, tout en insistant particulièrement sur les maisons qui ont exposé à la Classe 87, nous croyons cependant devoir signaler quelques autres qui, figurant à la Classe 90, comptent parmi les plus importantes et les plus prospères.
Transactions. — A part le trafic auquel donnent lieu les huiles essentielles, il nous paraît impossible de savoir au juste le chi£te des importations et des exportations des produits chimiques qui servent en parfumerie. Quant aux parfums proprement dits, ils figurent sous la rubrique ce Compositions diverses n et comprennent non seulement les produits alcooliques et non alcooliques, mais encore les savons parfumés. Ils font d'ailleurs l'objet d'un rapport spécial de la part de M. L. Piver, rapporteur de la Classe 90.
IMPORTATIONS DES HUILES ESSENTIELLES. (COHMERGE SPéciAL.)
MOTBNNB DÉCENNALE.
QUARTirés. TALBUB8.
kilognuniD«f. franci.
1867 à 1876 66,3oa 3,819,733
Depuis l'année 1899 ces importations ont suivi une progression ascendante comme le montrent les chiffres suivants :
QUANTITÉS. fALBURS.
kilogrninnet. franrs.
1895 319,383 9,4i4.8oo
1897 84o,ii5 18,637,750