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LES ÉCOLES Eï LES MUSÉES D'ART INDUSTRIEL EN FRANGE.

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Après Paris, Lyon est le plus grand cenire artistique et infliistriel de France; et, historiquement, dans le passé, pourrait-il même lui contester le premier rang. Pendant la Renaissance, les orfèvres, les bijoutiers, les imprimeurs, les libraires, les tailleurs d'images et les huchiers étaient plus nombreux sur les bords du Rhône et de la Saône que sur les rives de la Seine, et jouissaient dans l'Europe entière d'une très grande renommée ; la fabrique lyonnaise de draps de soie, d'or et d'argent, éclipsait les manufactures de Paris, de Tours, de Nîmes, des Flandres, d'Italie, d'E^spagne et d'Orient. Lyon peut s'enorgueillir de traditions d'art deux fois millénaires, et montrer fièrement, comme témoignages de sa haute et lointaine civilisation, plusieurs villes dans sa vaste cité : sur le plateau de Fourvières, la ville antique, disparue, dont les reliques précieuses enq)lissent ses musées; la ville du Moyen âge, à qui la montagne et la Saône servaient de ceinture pitto-

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resque ; dans la presqu'île, formée par la rivière et le fleuve, au pied de Ja Croix-Rousse, la ville de la Renaissance; puis, suivant le cours des eaux, comme celui des ans, la ville du xvif et du xvnf siècle; et, au delà du Rhône, la ville moderne, avec son parc de la Tète-d'Or, sa préfecture et son Université. Aucune municipalité, celle de la capitale exceptée, ne consacre annuellement aux Beaux-Arts, aux Lettres et aux Sciences, un budget aussi élevé : plus de deux millions. C'est donc par Lyon que devait commencer cette étude sur les industries artistiques nationales. La soierie. Lyou cst la grande métropole, non seulement française, mais univer-

selle, de la soierie, à la fois par l'importance de sa production et par les œuvres artistiques, incomparables, dont elle enrichit le monde. La fabrique fait battre, dans la ville et dans les départements limitrophes-, environ 5o,ooo métiers, dont 20,000 sont mus mécaniquement; elle consomme le tiers de la soie récoltée en Europe ou importée des divers pays du Levant et de l'Extrême-Orient, soit 4? 2 00,000 kilos de soie ouvrée ou grège pour tissus spéciaux et étoffes teintes en pièces, de fils de déchets de soie, auxquels il faut ajouter plus de 4?ooo,ooo de kilos de fils de coton et de laine pour les tissus mélangés. Ces métiers, dont la valeur dépasse 100 nu'llions de francs, donnent du travail à plus de 200,000 personnes; et, leur production atteint 4oo millions de francs. Près du cinquième se compose d'étofCes brochées et façonnées. C'est là le caractère superbe de la fabrique lyonnaise. Avec une incomparable souplesse d'imagination et de main, elle se plie à toutes les exigences, à tous les besoins ; elle adapte son outillage aux innovations les plus audacieuses, comme elle reprend avec facilité les traditions du passé, lorsque la mode change radicalement du jour au lendemain ses caprices et ses govUs. Quelle merveilleuse ingéniosité dans les combinaisons innombrables de fils et de couleurs, destinées à créer de nouveaux tissus! Hier, elle offrait à sa clientèle ravie et étonnée, vingt, trente, cent fantaisies aussi gracieuses qu'imprévues: les moires antiques, les moires françaises, les moires cabochons, donnant des dessins par des effets inédits, au moyen de rouleaux incrustés, dépeignes spéciaux, etc.; les velours miroirs, les velours gaufrés, les damas fond gros de Tours, les damas avec réserves de moires, les suralis glacés, avec dessins au

rongeant obtenus au moyen d'acides appliqués par des planches d'impression et des enlevages sur fonds de tissus chinois et japonais. Aujourd'hui, ce sont déjà d'autres reclierches aussi actives que patientes, pour faire oubher toutes les trouvailles heureuses de la veille par des créations qui auront une grâce et une originalité nouvelles. Et Lyon lutte, avec une énergie superbe, pour défendre victorieusement contre la concurrence étrangère son ancienne réputation, pour résister, sans contre-coups mortels, aux évolutions industrielles et économiques, qui font de cette fin de siècle ime période inconnue jusqu'à ce jour de terribles combats contre toutes les nations du monde. Que lit-on, en effet, dans les comptes rendus officiels de la situation présente? « Le marché anglais conquis par la Suisse; la Suisse, l'Espagne et l'Italie presque perdues ; l'Autriche, l'Allemagne et la Russie tendant de plus en plus à produire ce qu'elles peuvent consommer, à l'abri de droits protecteurs, presque prohibitifs; l'Amérique du Nord ne donnant plus guère que des espérances toujours déçues ; l'Amérique du Sud entre les mains des commissionnaires de Bàle, de Zurich et de Grefeld ; le marché des Indes indécis dans ses préférences entre notre production et celle de l'Allemagne et de l'Angleterre ('}. » En outre, la situation économique et sociale intérieure vient compliquer les difficultés de la lutte internationale par des questions qui touchent au fonctionnement même de l'organisme si délicat de l'industrie : C'est la Croix-Rousse, berceau de la soierie, qui se dépeuple ; ce sont les apprentis, les ouvriers d'élite, les dessinateurs de talent qui commencent à manquer; c'est la transformation de l'atelier familial en usine ; ce sont les institutions créées pour le développement des connaissances artistiques et techniques qui inspirent des inquiétudes sur les dangers de la voie dans laquelle elles sont entrées pour la science et le goût de la population industrielle. Mon but est d'étudier celles de ces questions qui sont du domaine de l'art. Elles ne sont pas les moins graves et les moins urgentes à résoudre par des réformes entreprises énergiquement, avec résolution.

La fabrique lyonnaise crée-t-elle spontanément ou n'est-elle que la tra- La fabrique et la modo.

(i) Compte rendu des travaux de la Chambre de commerce^ année i8()5, page 21

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ductrice technique d'idées artistiques écloses et exprimées en dessins originaux à Paris? Cest là la question primordiale dans une étude de ce genre. 11 n'a pas été facile de démêler une certitude de tant de déclarations contradictoires, de tant de réticences énigmatiques, inspirées par l'intérêt et par l'amour-propre. Ce n'est qu'après im mois de conversations avec des fabricants, des dessinateurs, des commissionnaires et des personnes au courant des habitudes et des mœurs de la fabrique, que j'ai pu arriver à une conclusion. Une quinzaine de maisons lyonnaises créeraient la nouveauté en procédant ainsi : La veille de la saison, le patron, accompagné de son chef de cabinet de dessins, s'il n'est pas lui-même dessinateur — ce qui constitue la généralité dans la corporation — se rend à Paris, fréquente les théâtres, les concerts, les courses, les expositions, les grands restaurants, les boulevards, partout où va le monde élégant qui dépense et s'amuse ; visite les grands magasins, les maisons de modes, de couture ; regarde, étudie, prend des croquis rapides, des notations de formes et de couleurs, fait causer ses clients, leurs fournisseurs ; et, d'après les informations, confidences, indiscrétions et pronostics qu'il a pu recueillir sur les idées qui sont en l'air en faveur de tel ou tel genre de robe, de manteau et de coiffure, de telle couleur, ou de telle nuance d'étoffes, il s'en va dans les musées du Louvre et de Gluny étudier les modes du temps qu'on semble devoir ressusciter. Ses carnets pleins de notes et de croquis, il retourne à Lyon. Alors, le chef du cabinet de dessins se met à l'œuvre, esquisse une série de projets se rapportant aux prévisions qui ont été tirées de tous ces documents et renseignements ; on étudie, on compare, et il est fait un choix de quelques dessins heureux qui sont livrés au metteur en cartes ; puis, les dessins sont tissés sur des métiers à échantillons. Muni d'une série des meilleurs types, le patron repart pour Paris. Il va trouver ses clients habituels : commissionnaires, marchands de nouveautés, chefs de rayons de grands magasins, couturiers, modistes, et leur soumet ses créations. Celui-ci, séduit par l'originahté d'un dessin, commande immédiatement un certain nombre de pièces; celui-là réclame des modifications de formes ou de couleurs ; d'autres ajournent toute commission, indécis sur le sort réservé à la marchandise nouvelle, ou refusent purement et simplement, estimant que cela ne peut faire la saison. Les créations adoptées don-

nent le branle au marché et à la fabrication. Alors, les commissionnaires français et étrangers, les représentants des fabricants lyonnais, à raffût de ce qui a été lancé par telle ou telle maison de commission — quatre ou cinq tout au plus — de vente ou de couture, dont le goût sinon le caprice fait la loi sur la place, transmettent à Lyon leurs informations et parfois des échantillons livrés par des agents secrets, ou commandent en toute hâte à des dessinateurs parisiens des dessins nouveaux, inspirés des premiers et même souvent n'ayant subi que quelques changements à peine suffisants pour les faire échapper au cas d'une contrefaçon. On estime que 90 p. 100 des dessins servant à cette production sont exécutés à Lyon ; le plus grand nombre présentant encore le mérite des combinaisons ingénieuses, et même originales, des thèmes premiers. Ensuite, intervient la tourbe des copistes, sans vergogne ni conscience, qui n'ont d'autres préoccupations que de faire exécuter, à bas prix, par l'emploi de matières inférieures, des mélanges odieux, des tripatouillages impudents, les imitations des modèles qui ont eu du succès. Il arrive que des fabricants de la première catégorie, indécis siu" la mode future ou désireux d'utiliser le talent de quelques artistes en renom, ou quelquefois très pressés, le commissionnaire sinon le client exigeant sur échantillons des modifications immédiates, commandent ou achètent des esquisses à Paris. Ces compositions ne sont guère que des idées, des pochades, que le dessinateur lyonnais doit transformer en dessin définitif pour la mise en carte. Il faut ajouter que plusieurs industriels, d'une grande autorité, artistes créateurs eux-mêmes, se déclarent certains de la fréquence de ces cas, et reconnaissent que trois fabricants seuls se sont rendus absolument indépendants des dessinateurs parisiens. Dans la préface de l'ouvrage : Lijon à V Ej-position universelle de i88(j, M. Aynard, président de la Chambre de commerce, président du conseil d'administration de l'École des beaux-arts, écrivait ceci : « Nos fabricants copient fort habilement et servilement d'anciens modèles, ou bien s'adressent aux cabinets de dessins de Paris pour les articles dits de haute nouveauté. On invoque à cet égard les caprices de la mode et le despotisme du marché parisien ; mais l'industrie lyonnaise n'est-elle pas de force à dominer l'un et l'autre, et n'est-il pas anormal, inquiétant qu'une grande industrie d'art n'ait pas ses

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moyens artistiques chez elle et sous sa main, qu'elle sacrifie sa liberté d'invention et de recherches ? »

La fabrique en a perdu son caractère : la spécialité qui assurait, par les commissions régulières et à longue échéance, le temps et les moyens nécessaires pour mener à bonne fin l'exécution de pièces devenant ainsi irréprochables de tous points. On me dit encore, unanimement, que la collaboration précieuse de conseils, de renseignements et même d'études simultanées, que les fabricants trouvaient auprès des commissionnaires pour la création des nouveaux modèles, est devenue illusoire par suite de l'abaissement des connaissances artistiques et techniques dans cette corporation. En outre, un esprit nouveau semble s'être infiltré insensiblement dans la fabrique, qui substitue un objectif exclusif de faire rapidement fortune à l'orgueil d'un nom ou d'une raison sociale, à l'ambition de créer de belles œuvres. Les chefs de maisons font aux dessinateurs le procès de n'être pas aussi habiles que leurs aînés, d'avoir une imagination moins vive, une instruction artistique moins sérieuse, de négliger la mise en carte, dans laquelle Lyon avait conquis une supériorité universelle, incontestée de toutes les autres fabriques du monde. Les dessinateurs répliquent en démontrant la responsabilité des fabricants dans cet état de choses, par les nouvelles mœurs patronales, qui ne leur font plus dans l'organisme industriel la situation d'autrefois, intime, honorable et lucrative, qui ont amené entre les membres de la corporation une concurrence incessante, douloureuse, par l'abaissement des prix. Ils objectent en outre que la corporation ne peut plus aujourd'hui comme jadis se recruter dans une école, dont l'enseignement serait contraire à toutes les traditions de l'art lyonnais, à toutes les conditions économiques de l'industrie moderne.

Le goût de la femme a diminué, en même temps que celui de ses fournisseurs; ces deux décadences s'cntrament mutuellement. La Chambre de commerce, dans son rapport de 1894, le constatait tristement : « Peu importe désormais la valeur du tissu, l'excellence de sa contexture, ses garanties de durée ; ce qu'il faut à la femme aujourd'hui, c'est un tissu bon marché qui par le fait même de ce bon marché lui permette de le changer souvent pour suivre les évolutions de plus en plus rapides de la mode. »

Dans l'ameublement, par suite du développement du bric-à-brac si fort favorisé par l'engouement des femmes du monde et môme de la petite bourgeoisie pour le vieux-neuf, en raison de l'absence chez le producteur comme chez le client de connaissances artistiques et de bon goût, on ne peut que constater une recherche à peu près générale de motifs décoratifs anciens, d'imitations serviles de vieilles étoffes, pour l'exécution desquels le producteur trouve économie et moyens de rapidité à utihser les anciens documents.

La question de la propriété des dessins tient également une des premières places parmi les causes des embarras et des difficultés de la situation. Les fabricants qui créent des modèles nouveaux à grands frais se plaignent amèrement des imitations qui en sont faites par des confrères peu délicats, et de la piraterie des concurrents étrangers ; de là, leurs hésitrations à entreprendre des créations. Que fait-on? Une autre déclaration de la Chambre de commerce va le dire : « Esquisses et gravures nouvelles coûtent fort cher ; plutôt que de reporter ces frais de premier établissement sur un métrage quelquefois court, on préfère fouiller dans les collections de maisons anciennes et y choisir des dessins dont esquisses et gravures ont été payées depuis longtemps. »

La Croix -Rousse n'est pas une moindre préoccupation des fabricants La Croix-Rousse. lyonnaisf Par suite de la suppression de l'apprentissage, de la disparition des vieux ouvriers, de l'émigration des Canuts à la campagne où s'organisent des petits ateliers d'entrepreneurs à façon, ils redoutent de ne pouvoir bientôt trouver des tisseurs pour les dessins de grands brochés. Cette situation présente en effet des dangers qui ont échappé généralement à l'observation des économistes. Sans aller jusqu'à partager sur ses « avantages immenses » l'opinion de ceux qui en sont partisans, on ne peut contester que l'évolution mécanique des métiers constitue un progrès économique ; mais le travail à la machine ne saurait remplacer définitivement le travail à la main, à cause de l'impossibilité, en matière de tissus d'art, de produire en assez grande quantité pour éteindre les frais de dessin, de mise en carte et de montage. Un fabricant me définissait ainsi fort spirituellement le travail à la machine pour tisser un grand broché : « C'est vouloir faire jouer du Mozart par un orgue de Barbarie. » La mort de la Croix-Rousse serait un malheur, une

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catastrophe irréparable pour la soierie lyonnaise. Avignon, Tours et Nîmes offrent les exemples indiscutables, frappants, de ce que deviendrait Lyon, perdant le monopole de sa belle fabrication : « L'industrie encouragée par les papes, a écrit M. Natalis Rondot, dans son Histoire de la soie, prit à Avignon une prompte extension et aussi vite que le tissage l'ouvraison de la soie se développa. On y fit tous les genres d'étoffes, notamment les étoffes façonnées, celles à fond d'or, les étoffes pour ameublement, des tissus dont la chaîne était de soie et la trame de la laine. Les damas d'Avignon étaient plus estimés que ceux de Gènes, et Paulet qui écrivit, en 1778, le traité de l'.4/'/ du fabricant d^ étoffes de soie, rapporte qu' « Avi- « gnon était l'endroit de l'Europe où la fabrique est la plus parfaite, du « moins quant à la bonté des étoffes ». Cette manufacture se transforma: après les belles étoffes, elle ne fit plus que les légères, les taffetas, les florence, les étoffes pour doublures. Elle a fait battre jusqu'à 12,000 métiers. Elle n'en avait plus ([ue 1,000 en 18G0 qui produisaient pour trois à quatre millions. Cette fabrique est aujourd'hui tout à fait affaiblie. Charles VIII, désireux de consolider à Tours l'œuvre de son père, a l'art et science de « faire, ouvrer et besoigner et labourer desdits draps d'or et de soye, octroyé « franchises, libertez et exempcion ». Richelieu vante les produits de Tours en ses Maximes. Et puis, d'Herbigny, au xvif siècle, déclare que a le « travail des petites estoffcs façonnées » est proprement le caractère de la fabrique de Tours. La révocation de l'Edit de Nantes n'acheva qu'une fabrique déjà à demi morte.

(c La fabrication des belles étoffes à Nîmes fil, à une époque lointaine déjà, battre plus de 26,000 métiers; aujourd'hui on n'y produit que des tissus inférieurs ijui donnent un travail intermittent et peu lucratif à moins de 6,000 métiers. »

Toutes ces questions si graves de l'apprentissage, de la Croix-Rousse, des dessinateurs, de la nécessité de conserver à Lyon la gloire d'être la première fabrique artistique du monde et d'assurer ainsi la prééminence de son industrie tout entière, ont déjà été bien souvent examinées. C'est de l'agitation d'opinion publique à laquelle elles ont donné heu que sont sorties les institutions diverses dont la cité a été dotée pendant ce siècle : l'Ecole

municipale de tissage de la Croix-Rousse, les cours de tissage de l'Ecole supérieure de commerce et d'industrie, l'Ecole nationale des beaux-arts et le Musée historique des tissus. Je dois m'enquérir si ces institutions répondent avec précision au but pour lequel elles ont été créées, si leur organisation actuelle, à l'avis des fabricants et des artistes, réclame des réformes, pour qu'elles soient en harmonie avec la situation actuelle de l'industrie et qu'elles donnent satisfaction à ses désirs et à ses besoins.

Le i5 janvier 1886, le conseil municipal inaugurait, place Belfort, dans un École municipale

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étabhssement cédé par la Société de crédit aux petits ateliers, une Ecole de la Croix-Rousse. municipale de tissage pour former des apprentis, dont la nécessité se faisait sentir vivement dans la fabrique lyonnaise au point de vue des façonnés, en raison de la disparition de plus en plus rapide de l'apprentissage dans les ateliers, et aussi pour compléter l'instruction professionnelle des ouvriers. L'école ouvrait avec 77 inscriptions, réduites bientôt à 52, et une dizaine de métiers. Ce n'était là qu'une période d'essais au moyen de simples cours du soir. Sur la constatation des résultats, fut rédigé un programme d'enseignement théorique et pratique, comprenant deux cours par semaine, de 8 heures à 9 heures et demie du soir, et divisés en deux années d'études. Il se produisit, de ce fait, une augmentation de 5o élèves. En 1888, on créait un cours d'apprentissage du jour avec 7 élèves; et il était ajouté à la classe d'adultes un cours dominical de troisième année pour l'étude de la décomposition des tissus et de la production des grands façonnés. En 1890, une nouvelle organisation fut entreprise, le nombre des élèves du jour atteignant le chiffre de 16, et les cours du soir prenant de plus en plus de l'extension. Alors, on aborde la pratique des différents genres de tissus soit sur métiers à bras ou sur métiers mécaniques ; on complète les éléments d'enseignements du tissage par la démonstration des opérations de la filature et du moulinage ; et un cours de dessin de mise en carte est établi. Toutes ces réformes successives aboutissent à un véritable apprentissage, les élèves pouvant travailler désormais aux métiers et à leurs accessoires, 6 heures par jour pendant dix mois. Actuellement, le programme comprend : 3 cours de théorie du soir (i'*', 2'^ et 3^ années) pour les adultes, i cours de dessin de mise en cartes pour les adultes; i cours d'apprentissage de tissage, i cours d'apprentissage de bro-

derie mécanique, i cours de théorie annexé aux travaux pratiques du jour. L'ensemble de ces cours, professés par 5 maîtres, 3 contremaîtres et 3* répétiteurs, réuiiil plus de 3oo élèves.

Quels résultats 'pratiques l'école a-t-elle donnés, au point de vue du but poursuivi, quels services la fabrique lyonnaise en a-t-elle retirés ? Sur le premier point, l'opinion des fabricants et celle de la direction elle-même sont unanimes : « L'école a complètement dévié de son but. Elle ne forme point d'apprentis poiu' la Croix-Rousse ; elle ne produit que des employés de maisons de soieries et des commis de fabrication. » Fa, pourtant, les circonstances et les besoins qui en ont provoqué la création n'ont pas cessé d'être aussi pressants. De l'avis de la Chambre de commerce, des diverses chambres syndicales, patronales et ouvrières, la situation est même plus grave encore qu'il y a dix ans. J'ai entendu à la Croix-Rousse les conseils d'administration des deux plus importantes associations de tisseurs : la Chambre syndicale des tisseurs et la Corporation des tisseurs lyonnais, qui comptent l'une et l'autre environ 8oo membres, chefs d'atelier, pour avoir leur opinion au sujet de l'apprentissage. Leurs réponses ont été unanimes autant qu'énergiques dans leur précision, et peuvent se résumer ainsi : « Depuis dix ans, on ne fait plus d'apprentis. Les ouvriers ont tous aujourd'hui plus de quarante-cinq ans. Si on ne fait rien pour restaurer l'apprentissage, il n'y aura plus de Canuts. Même déjà aujourd'hui, si la mode revenait aux grands façonnés, on aurait de la peine à les faire exécuter, vu le nombre restreint des ouvriers d'art. On n'en compte pas plus de l\oo de premier ordre, de i,ooo très habiles. Les chefs d'ateliers, en raison de la fréquence des chômages, ne peuvent plus prendre d'apprentis et les former ; cet apprentissage les ruinerait ; et, quand les commandes arrivent, elles doivent être presque toujours si rapidement exécutées qu'ils n'auraient pas le temps de profiter de l'occasion pour donner aux apprentis une instruction professionnelle. Par suite de l'état précaire de la fabrique de luxe en ce qui concerne la production d'art, les parents ne veulent plus mettre leurs enfants dans le métier ; ils préfèrent en faire des maçons et des paveurs ; les chefs d'ateliers eux-mêmes ne gardent plus leurs fds qu'ils lancent plus volontiers dans le commerce ou dans d'autres industries. »

Tout récemment, dans un document officiel, le président de la (]lhambre de commerce écrivait : « On ne saurait oublier qu'il ne se foriïie plus d'apprentis à la Croix-Rousse. On s'en aperçoit au moment même où il y a pour Lyon le plus heureux retour vers la fabrication d'art et aux nouveautés dont il a le monopole ; la pénurie des bras en arrête le grand essor. Au train rapide des choses, il ne serait point surprenant qu'avant vingt ans la fabrication d'un beau lampas, d'un velours ciselé ou d'un drap d'or devienne une curiosité historique entretenue coûteusement par l'Etat, comme celle des Gobehns. Et, alors, Lyon ne serait plus que le centre banal d'une industrie découronnée. »

Ces déclarations douloureuses autant qu'éloquentes seront-elles impuissantes à secouer l'indifférence publique ?

Pour quelles raisons la Croix-Rousse tient-elle ainsi à l'index l'Ecole municipale de tissage ? Les représentants des deux associations précitées n'ont pas hésité à me déclarer que c'est parce que l'enseignement qu'on y donne est médiocre ; que cette école est moins bien organisée industriellement que leurs ateliers ; qu'elle ne contient, au point de vue de l'outillage et des méthodes, rien qui puisse les attirer eux et leurs compagnons. Les très nombreux fabricants que j'ai interrogés sur ce sujet n'ont pas été moins nets dans leurs critiques sur l'enseignement et l'installation de l'institution.

A l'unanimité et instamment, les chambres syndicales, les associations patronales et ouvrières, les fabricants et les négociants demandent la création à Lyon d'une école de tissage, sur le type de celles de Roubaix et de Crefeld, d'un véritable Institut de la soie, où l'on enseignerait t(mt ce qui se rattache à cette grande industrie : l'art, la mécanique et la chimie. Tous les éléments constitutifs de cet Institut existent à Lyon, mais épars, ici et là, sans relations aucunes, dans les établissements spéciaux fondés par la Ville, s par- la Chambre de commerce, par l'Université. La question a été agitée publiquement maintes fois. En 1887, une correspondance administrative fut même échangée à ce propos entre le ministère des beaux-arts et la préfecture du Rhône. Le conseil général vota un vœu en ce sens ; et le conseil municipal adopta la résolution de mettre à l'étude un projet d'adjonction à l'Ecole des beaux-arts d'une Ecole des arts industriels. Depuis ce temps,

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vœux et projets dorment dans les cartons. « Le sommeil est une opinion » : a dit, un jour, un homme d'esprit.

L'Ecole supérieure L'Ecole Supérieure de commerce et d'industrie a été créée, en 1872, par

de

commerce et d'industrie. VLiïG société d'industricls ct de négociauts, qui souscrivirent, avec la coopération de la Chambre de commerce, un capital de 1,120,000 fr.

Cette école est pour ainsi dire la continuation de la célèbre Ecole de Mulhouse, son fondateur et la plupart de ses professeurs ayant été appelés à Lyon pour la constituer. Elle a pour but de donner aux jeunes gens qui se destinent à la banque, au commerce ou à l'industrie de la soierie une instruction spéciale. Pour les élèves de ces deux dernières catégories, il a été créé une section de tissage, dont l'enseignement, qui dure deux ans, est à la fois théorique et pratique. Au point de vue théorique, on apprend aux élèves à analyser un tissu de façon à pouvoir le reproduire sur le métier. Par le travail pratique, pour lequel fonctionne un vaste atelier spécial, on leur apprend à monter un mélier et à le faire fonctionner dans les meilleures conditions techniques. Mais, l'enseignement de l'art, qui paraissait pourtant devoir constituer l'élément essentiel de cette section, fait défaut. Je crois avoir démontré plus haut, par les déclarations nombreuses d'artistes et d'industriels, combien cet enseignement serait utile dans une institution destinée à former de futurs patrons pour la soierie. L'École nationale Dcvaut la Commissiou d'euqucte sur les ouvriers et les industries d'art, ces eaux arts. 1 883-1 884, cii^q délégués lyonnais vinrent déposer: MM. Aynard, pré-

sident du Conseil d'administration des musées, de l'Ecole nationale des beaux-arts et de l'Ecole supérieure de commerce ; Sévène, président de la Chambre de commerce ; Henry, fabricant de soieries ; Flachat, fabricant de meubles, et Armand-Caillat, orfèvre. Le premier faisait les déclarations suivantes sur l'Ecole nationale des beaux-arts relativement à son influence sur les industries d'art lyonnaises et particulièrement la soierie : « L'Ecole nationale des beaux-arts a été pendant longtemps notre seule école artistique ; elle fut fondée en i8o5 par Napoléon P''. Cette école se rattachait pour ainsi dire aux traditions du xvnf siècle ; car, d'après les termes du décret qui l'institue, on doit non seulement former des peintres, des sculpteurs et des architectes, mais encore des artistes industriels, spécialement destinés à l'in-

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diislrle lyoïiiiaise ; au reste, une partie de ses premiers maîtres étaient ceuxlà mêmes qui avaient établi la supériorité de l'art industriel lyonnais à la fin du xviif siècle. Mais ces leçons se sont vite perdues, et je puis dire que, depuis la fondation de l'École nationale des beaux-arts de Lyon jusqu'à l'heure actuelle, on ne s'est pour ainsi dire plus occupé d'y maintenir les traditions d'art décoratif qui avaient élevé notre industrie à un si haut point, au XYïïf siècle, avec Pliilippe de La Salle. On n'a plus cherché qu'à former des peintres et des sculpteurs.... J'ai le regret de dire que notre école nationale, dirigée par des hommes fort distingués, par des professeurs d'une véritable valeur, en tant qu'artistes peintres, sculpteurs, graveurs, semble ignorer l'existence d'un art décoratif, et notre public se trouvant dans le même état ne le lui reproche pas trop fort... J'ai l'honneur de dire ici devant les représentants de M. le Ministre de l'instruction publique que l'école gagnerait beaucoup à être transformée en Ecole nationale des arts décoratifs, ou tout au moins de voir largement développer la section de l'enseignement des arts décoratifs. » Le président de la Chambre de commerce réclamait la même réforme, qui trouvait dans les autres délégués des défenseurs aussi éloquents par l'expression de leurs craintes pour l'avenir des industries, si elle n'était point réalisée. En conséquence de ces déclarations, le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts prenait l'initiative de la réorganisation de l'Ecole des beaux-arts de Lyon. Dans son rapport de l'année 1886, le président du Conseil d'administration de l'école constatait ainsi la situation nouvelle : « Il y a dix ans que le décret du 2 décembre 1876 nous confiait la tâche de réorganiser l'enseignement des arts à Lyon. On nous donnait à recueillir l'Ecole nationale des beaux-arts en pleine décadence et presque dans l'anarchie. Il y restait 5o élèves et l'enseignement n'avait plus d'ordre ni d'unité. Maintenant on compte igS élèves. Les nouveaux programmes ont généralisé, coordonné et fortifié l'enseignement ; sans nuire aux trois grands arts classiques de la j)cinture, de la sculpture et de l'architecture, nous avons pu reconstituer tout un ordre d'études de l'art décoratif, qui donne les plus brillants résultats et sera, nous l'espérons, un des éléments de régénération de notre grande industrie lyonnaise. »

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La réorganisation de l'école a-l-elle produit les résultats qu'on en attendait pour le développement de la soierie ? Les informations recueillies auprès des chambres syndicales, des associations corporatives et des industriels, paraissent conclure plutôt à l'espérance de réformes immédiates qu'à la constatation d'un succès même relatif ; et, celte appréciation est généralement motivée par l'absence d'un enseignement du dessin très sévère, l)asé sur l'étude patiente et longue des principes scientifiques, de la géométrie, de la perspective, de l'anatomie, et par la fausse direction donnée à l'enseignement de la fleur, l'élément essentiel, unique même, de la décoration des tissus. La situation que signalait l'enquête de i883 ne s'est guère modifiée : « Jadis, disait un membre de la commission au délégué de l'Ecole des beaux-arts, jadis c'était votre école de fleuristes qui donnait le ton à l'industrie parisienne, des artistes pour les modèles du papier peint et de la tapisserie ; maintenant nos peintres de fleurs dédaignent de dessiner ; il n'y a plus que les peintres d'origine lyonnaise qui dessinent encore. Si vous n'en faites plus, je ne sais pas ce que deviendra le dessin de la fleur appliqué à l'ornement. » A l'Ecole des beaux-arts, on apprend aujourd'hui plus à peindre la fleur qu'à la dessiner. De l'objectif d'une interprétation de la nature, soumise à des lois mécaniques, pour une adaptation à des besoins très particuliers, ainsi que d'une tradition bientôt biséculaire de précision élégante, de goût délicat et d'exquise simplicité, qui a fait la gloire et la fortune de la fabrique, l'enseignement de la fleur a dérivé vers la technique pure d'un métier d'aquarelliste et de peintre, n'ayant qu'à suivre les libres impulsions de la fantaisie la plus indépendante et la plus audacieuse, exclusivement préoccupé de viser à des effets prestigieux de lumière et de coloris. Et, la conséquence de cet enseignement est telle que les modèles des maîtres lyonnais, des Bony, La Salle, Berjon, etc., dont l'école possède une précieuse collection, sont tenus dans le plus profond dédain par les élèves qui ne veulent point les étudier ni même les voir.

Il n'est point contestable qu'en dépit de la réforme accomplie, de toutes les idées nouvelles, dont quelques administrateurs de l'école qui ont pourtant de l'éloquence et de l'autorité se sont faits les apôtres ardents, l'institution, à quelques concessions insignifiantes près, est restée ce qu'elle

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était autrefois comme esprit et comme idéal : une Ecole des beaux-arts, séminaire de peintres et de sculpteurs, de prix de Rome et d'académiciens. Les jeunes gens qui entrent au palais Saint-Pierre ont tous en vue la conquête des bourses qui les conduiront à Paris, la première étape de leurs ambitions, puis à l'Académie de France, la terre promise. Ceux qui — fait très rare — témoignent du désir de suivre une carrière plus modeste et plus pratique, ne tardent pas à subir la contagion de ces ambitions. La classe des arts décoratifs, qui ne compte d'ailleurs que i5 élèves sur 170, serait une pure illusion; en réalité, elle n'en aurait que 4 qui la suivent assidûment; les autres obéissent simplement à une préoccupation de concours, de bourses et de prix. Un certain nombre de critiques portent sur ce point que l'enseignement n'y est pas assez spécialisé industriellement ; que beaucoup de jeunes gens et de parents n'en apercevant pas l'utilité immédiate pour certaines carrières, pour celle de dessinateur de fabrique par exemple, s'en détournent ou se contentent des simples cours du soir à l'école et des classes de dessin de la Société d'enseignement professionnel. Les cours d'applications industrielles n'existent actuellement à l'école que pendant la période des concours; et leur organisation est aussi incomplète qu'indéterminée. Ces critiques ont pris, en 1896, une telle énergie que le Conseil d'administration de l'école a estimé urgent d'en faire l'objet d'une étude, et d'un rapport d'une commission, qui contient cette déclaration : « Il est impossible de ne pas s'apercevoir de la faiblesse de plus en plus évidente que montrent la plupart des élèves de l'Ecole nationale des beaux-arts de Lyon, faiblesse signalée comme un danger très grave, à diverses reprises dans ces dernières années, par le directeur aussi bien que par le Conseil d'administration » ; et qui conclut à adopter les propositions suivantes :

« Les élèves de la classe de fleurs qui se destinent au dessin de fabrique ne pourraient être admis à faire les concours dans cette classe que lorsqu'ils auraient prouvé par un examen qu'ils possèdent les connaissances enseignées au cours de l'Ecole municipale de tissage.

(c On pourrait aussi examiner la création d'une troisième année d'études pour les élèves de la classe de fleurs se destinant au dessin de fabrique ; cette troisième année serait occupée par un cours d'applications industrielles

LYON

spécialement affecté à la composition des tissus. Lorsque cette classe existerait effectivement et serait spécialement consacrée à l'étude des applications à l'industrie des tissus et qu'elle serait suivie par des élèves connaissant assez la fabrication des étoffes pour faire des travaux d'une exécution pratique, on pourrait, afin de stimuler l'émulation et comme récompense aux efforts, demander que les meilleurs dessins provenant des concours soient mis en exécution dans les ateliers de l'école de tissage. Il y aurait fort probablement un bon résultat à obtenir des efforts combinés de l'École des beaux-arts et de l'Ecole de tissage au point de vue du développement artistique de notre grande industrie lyonnaise de la soierie. »

Après avoir fait l'objet de longues et vives discussions dans le Conseil d'administration de l'Ecole des beaux-arts, ces propositions ont été repoussées, sur les objections d'im grand fabricant de soieries, qui a fait valoir pour leur rejet l'argument que l'Ecole des beaux-arts doit exclusivement donner un enseignement artistique général, de la même façon que les lycées donnent un enseignement littéraire et scientifique général. On y devrait, à son opinion, simplement apprendre aux jeunes gens à bien dessiner et à bien peindre ; ensuite, l'industrie les formerait au point de vue de l'application de leurs connaissances. « Réclamer de l'Ecole des beaux-arts ce qu'on propose d'adopter, c'est absolument, ajoutait-il avec humour, comme si la Société des gens de lettres, la Société des auteurs dramatiques, demandaient qu'on créât dans les lycées des enseignements spéciaux pour faire des romans et des pièces de théâtre. » L'orateiu' aurait pu étayer son argumentation d'exemples tirés de l'histoire de la fabrique lyonnaise. Ch. Dutillieu, avant de devenir, vers 1750, un grand fabricant d'étoffes d'or, d'argent et de soie, travaillait comme peintre de portraits pour le roi et la cour; il n'abandonna son premier métier qu'à la suite de la crise déterminée par les événements politiques. Jean Revel était un élève de Charles Le Brun, et peintre d'histoire et de portraits. Philippe de La Salle avait étudié sous l'académicien Sarrabas, puis chez François Boucher. Bony fut professeur à l'Ecole de dessin avant de travailler pour la fabrique, et Bournes fit d'abord des paysages, ainsi que Berjon qui commença sa brillante carrière artistique par être professeur de fleurs. Cette théorie est celle qui a prédominé en Angle-

terre, dans l'organisation de toutes les écoles d'art décoratif ou d'art industriel, résunjée dans le 5*^ volume de mes Rapports de missions, page 2 1 3 :

« En Angleterre on ne paraît vouloir imposer à l'école d'art d'autre mission que celle de former de bons dessinateurs, à rinlelligence éveillée, à la main lial^ile, qui se développeront ensuite artistiquement et professionnellement, au contact de la vie industrielle et dans la pratique de leur mélier. Aussi, toutes les écoles, à deux exceptions près, portent-elles le simple tili'e d'école de dessin ou d'école d'art. Cependant on a dans la plupart de ces écoles la préoccupation très vive de donner à l'enseignement de l'art im but pratique, afin de ne point laisser égarer l'imagination et l'amljition des jeunes gens; on y impose l'obligation du choix d'un métier, dès la deuxième année de cours. »

A Lyon, l'industriel qui »'en» est fait le défenseur ne commettait-il pas une pétition de principes ? L'Ecole nationale des beaux-aris, — comme toutes les écoles des Beaux-Arts de France d'ailleurs, y compris celle de Paris, — n'est qu'une pvu'e et simple école professionnelle d'architectes, de peintres et de sculpteurs, avec l'adjonction d'un enseignement spécial en vue des dessinateurs pour l'industrie, et non une école générale d'art. De tous temps, elle a eu ce caractère et pas un autre. Aux termes du décret de i8o5, qui l'organise, l'école doit former luni seulement des peintres, des sculpteurs, et des architectes, mais encore des artistes industriels spécialement destinés à rindustrie lyonnaise ; et les maîtres qu'on y appelait pour professer étaient — comme on l'a dit si bien — les artistes mêmes qui avaiejit établi la supériorité industrielle de Lyon à la (ia du xvnf siècle. Il ne paraît pas logique de refùser à ceux-ci l'instruction professionnelle qu'on donne si libéralement à ceux-là.

Dans sa séance du 24 janvier i85(), la (Chambre de commerce émettait le i.c .Atuscc- iiibtonquc vœu de la création d'un Musée d'art et d'industrie, dans le Palais du commerce, à la construction duquel elle avait contriijué pour une somme de deux millions; et elle décidait de mettre à la disposition de la numicipalité une somme de 100,000 fr. pour la réalisation de ce vœu. Cette déliJjératiori

était prise sur les conclusions d'un rapport remarquable de M. Natalis Rou-

i8 LYON.

dot, membre de la chamijre, dont les citations suivantes feront apprécier la hauteur de vues et l'esprit pratique : « Si le musée que la Chambre de commerce veut fonder ne devait servir qu'à rendre plus faciles les emprunts au passé, il n'y aurait pas lieu à coup sûr de s'y intéresser vivement, mais j'ai l'espoir que, en présence de ces styles divers, de ces créations et de ces œuvres célèbres, on verra mieux l'impuissance des procédés actuels et que l'on abandonnera la voie battue de l'imitation mesquine, de cette imitation stérile (jui n'exige aucun effort el qui est sans honneur et bien souvent sans succès... L'action du nuisée doit s'exercer sur un plus vaste champ. Sans doute, il éveillera et développera le sentiment du beau, il forcera le qoût; mais il sera en même temps pour la fabrique d'étoffes de soie un fonds comnum, où l'on sera assuré de trouver tout ce qui peut servir l'inspiration, élargir et élever les idées, résoudre les difficultés et conduire à de nouveaux progrès. On y viendra étudier les ressources décoratives imaginées et développées dans les grands siècles, chercher le secret de la simplicité, de la grâce, de la distinction chez les Grecs, de l'harmonie et de la délicatesse du coloris des Orientaux, et cet autre et précieux secret d'approprier, avec une heureuse mesure et un sentiment d'artiste, le style aux matériaux et aux destinations.» Trois divisions générales : Tari, l'industrie et l'histoir^, constituaient le projet de musée. Dans la première division, on présentait par ordre chronologique, et classé en pièces isolées les unes des autres, mais s'ouvrant sur une galerie comnnme, tout ce qui, dans « la science, les arts et le style, caractérise le mieux l'ornement d'un siècle et le génie d'un peuple, en offrant le rapport de la forme vraie et de la for/ne idéale ». Une bibliothèque spéciale et un salon pour l'exposition des tableaux de fleurs de toutes les écoles y étaient adjoints. La division de l'industrie devait se composer de trois sections : la première consacrée aux matières premières ; la deuxième aux tissus de soie pure et aux étoffes de soie mélangées de laine, coton, fds d'or et d'argent ; la troisième au matériel de la fabrication. La division de l'histoire était afiectée aux annales de la fabrication des soieries, aux dépôts des spécimens originaux. Ce département comprenait des échantillons des produits de toutes les industries lyonnaises qui, en dehors de l'industrie de la soierie, ont fondé et maintenu la

gloire cl la fortune de la cité. Ces iiiduslries florissaulcs autrefois étaient la fonte, la ciselure, le monnayage, l'orfèvrerie d'église, le travail en repoussé, l'imprimerie, et bien d'autres encore dont Lyon est fier à juste titre. Le programme du musée avait été soumis à l'approbation de l'Académie des beaux-arts, et adopté sur le rapport de M. Duban, qui concluait ainsi : « Peul-ètre s'étonnera-t-on que dans un musée, siège d'une industrie spéciale, M. Rondot ait cru devoir introduire des industries aussi diverses par leur nature. Votre commission s'associe sur ce point aux vues de l'honorable rapporteur. Le respect seul des sentiments patriotiques de M. Rondot pour tout ce qui honore à divers titres la cité qu'il aime ne nous dicte pas cette approbation. Votre commission pense avec vous, d'après l'autorité des grandes époques, que tous les arts se prêtent un mutuel secours et que le lustre de l'un se reflète nécessairement sur les autres. Elle voit de plus l'avantage, dans cette généralité d'applications, (jue le musée préparé pour Lyon pourrait, à quelques nuances près, servir de modèle et de type pour tous les musées que les villes industrielles de France, animées d'une généreuse émulation, pourraient fonder dans leur sein. »

Le 6 mars i864, les galeries du second étage du Palais du commerce, occupant les côtés est et sud, étaient ouvertes au public. Dans l'organisation des collections, on avait intelligemment appliqué le système des prêts ; l'inventaire ne comprend pas moins de 2 2 noms de collectionneurs qui s'étaient, pour un assez long temps, dessaisis de pièces de grande valeur.

Encouragée par cette première expérience, l'admijiistration, dans son rapport annuel, émettait le vœu suivant : « Si ce moyen facile et peu coûteux de rajeunir au moyen de prêts les collections du musée, de tenir toujours en éveil l'attention, était adopté par l'opinion publique, tous les objets d'art qui existent non seulement à Lyon mais dans les départements ressortissant de la région lyonnaise, devraient passer par le musée de la chambre, on aurait de ce chef une exposition constamment intéressante et neuve. » Pendant treize ans, les comptes rendus du musée enregistrent de nombreux prêts d'une importance variable. En 1877, le système est abandonné, sous le prétexte que les collections du musée absorbent tous les emplace-

LYON

ments disponibles. Dès 1878, les acquisitions de tissus anciens paraissent préoccuper pai^ticulièrement l'administration ; et Ton fait prévoir, avec une satisfaction non dissimulée, que l'organisation d'une salle spéciale pour la soierie lyonnaise devra être entreprise. « Elle précisera le caractère local de l'institution fondée par la Chambre de commerce, en même temps qu'elle constituera une véritable innovation, l'idée d'une exhibition de ce genre n'ayant encore été appliquée nulle part. » L'année suivante, on inscrit, dans ce but, au budget du musée, l'affectation spéciale d'une somme de 8,824 fr.. sur le crédit d'acquisitions de 4o,ooo fr. En 1875, l'administration achète pour le prix de 16,000 fr. la collection du chanoine Bock, d'Aix-la-Chapelle, composée de 786 pièces d'étoffes datant des premiers siècles de l'ère

moderne. Alors, la galerie orientale, restée inoccupée, est attribuée exclu-

sivement à la soierie; et une somme de 70,482 fr. est votée pour son aménagement. Le 6 juillet 1879 en eut lieu l'inauguration. En même temps, pour répondre aux besoins qui avaient inspiré la fondation du musée, on développait les autres sections; et, en i883, on pouvait ouvrir la galerie occidentale, dite des arts industriels, remplie de collections d'originaux et de moulages. Mais, l'administration du musée, sous l'influence d'idées nouvelles, ne tarde pas à le faire dériver définitivement vers les tissus; les acquisitions d'orfèvrerie, de céramique, de ferronnerie, de meubles, etc., deviennent de plus en plus rares; et, enfin, dans ses séances des 28 janvier, 20 mars et i4 août 1890, la Chambre de commerce décida d'abandonner le programme primitif de l'institution et de réserver le musée aux collections d'étoffes, en lui donnant le nom de «Musée historique des tissus». Elle votait dans ce but une somme de 5o,ooo fr., et obtenait du conseil municipal une subvention de 80,000 fr. auxquels est venu s'ajouter un crédit supplémentaire de 48,000 fr., nécessaire pour couvrir tous les frais d'aménagement, d'installation et de décoration.

Le 28 mai 1891, le nouveau musée était inauguré solennellement, à l'occasion (le la réception officielle faite par la Chambre de commerce à M. de Lanessan, gouverneur général de Tlndo-Chine.

A la suite de ces agrandissements successifs, le Musée historique des tissus se développe aujourd'hui sur tout le pourtour du second étage du

Palais du commerce, et comprend six vastes salles ou galeries ainsi distribuées :

Salle I. — Tissus du i'" siècle à la fin du xvni' siècle. Salle 2. — Broderies et tissus divers, fin du xvm" siècle. Salle 3. — Dentelles anciennes et collections de mises en carte du xviif siècle.

Salle 4- — Broderies et suite de la collection des mises en carte du xvm^ siècle.

Salle 5. — Salle carrée des chefs-d'œuvre de l'industrie textile : lapis persans, broderies des xiv% xv" et xvi'' siècles.

Salle 6. — Galerie des métiers et de la technique. Salle 7. — Galerie des tissus lyonnais du xix"^ siècle.

Salle 8. — Etoffes d'Occident sous l'inspiration orientale; Orient et Extrême-Orient.

Salles 9 et 10. — Dentelles et tissus brodés des époques anciennes jusqu'à nos jours.

Dans ces dernières années, de nombreuses collections d'une grande importance, collections Chatel et Tassinari, Aynard, Potemkin, ainsi que des acquisitions faites dans des ventes publiques, notamment à la vente Spitzer, sont venues s'ajouter aux richesses du musée. Actuellement, la Chambre de commerce a dépensé pour cette institution une somme de plus de un million 5oo,ooo fr. ; et le budget annuel ne s'élève pas à moins de 65, 000 fr.

Le Musée historique des tissus est une belle œuvre, bien conçue, entreprise avec résolution, poursuivie méthodiquement, et terminée sans défaillance. Son organisation fait grand honneur à celui à qui elle est due tout entière, depuis le commencement jusqu'à la fin : M. Antonin Terme, conservateur du musée. L'on ne peu! qu'admirer la simplicité de la classification scientifique qui rend l'étude des pièces aussi facile que suggestive ; le goût des arrangements, la haute allure de l'installation générale, la physionomie imposante des salles et des galeries. Il n'y a pas au monde d'institution du même genre qui puisse lui être comparée à ces points de vue. Aussi, à Vétranger, le Musée historique des tissus de Lyon a-t-il conquis une universelle renommée ; les artistes et les industriels le considèrent comme l'arsenal de

2 2 LYON

la falji'ique lyonnaise, en raison des trésors artistiques et des précieux documents techniques qu'il contient. Pourquoi faut-il qu'il n'en soit pas ainsi à Lyon même ?

Ce musée merveilleux, incomparable, n'aurait pas la clientèle nombreuse et régulière, à laquelle on s'attend, en considération des services pratiques qu'il est en mesure de rendre et du plaisir délicat qu'on est sûr d'y trouver. On le visiterait fort peu. Ce n'est point que le public des touristes, des amateurs, y fasse absolument défaut; mais ceux qu'on a voulu y attirer' surtout, les industriels, les dessinateurs, les chefs d'ateliers, les ouvriers, de la labri(pie, eux-mêmes, pratiqueraient généralement une aljstention qui est bien faite pour étonner et pour provoquer autant d'inquiétudes que de regrets. Lors des réunions des comités des associations de chefs d'ateliers de la Croix-Rousse, j'ai tenu à être renseigné sur la fréquentation du musée par les Canuts. Il m'a été franchement répondu que les Canuts paraissent à peine en connaître l'existence. Quelles sont les causes de cette situation ? Après avoir fait la part — très grande — des habitudes d'indifTérence, ne pourrait-on en trouver de très plausibles dans l'organisation administrative de l'institution ?

Sur le Palais même où est installé le musée, il n'y a pas extérieurement un panneau, une plaque, une affiche, qui en fasse connaître au public les conditions d'entrée. Les heures de visite sont celles que les mœurs consacrent aux affaires; le musée n'est point ouvert au public tous les jours, et jamais le soir. On ne peut offrir aux visiteurs ni catalogues, ni notices, ni documents d'aucune sorte, contenant des renseignements sur les richesses que possède le musée et sur les services qu'il doit rendre. Le prêt à domicile des échantillons, pièces détachées, dessins, livres, n'existe pas. Cette institution créée en vue du développement de la fabrique n'a aucune agence de renseignements artistiques, industriels et commerciaux, aucune publication, j)as la moindre feuille ([ui puisse tenir au courant de ses acquisitions. Aucune relation n'existe entre les écoles spéciales d'industries artistiques, les écoles de tissaffe, de broderie et le musée, hors les concours annuels de dessin et de composition organisés par la Chambre de commerce. Ce n'est point ainsi que, dans les autres pays, on comprend et on pratique la mise en œuvre et

l'administration des institutions publiques de ce genre. Dans tous les musées anglais, il y a des catalogues, des guides, des livrets, de tous formats et de tous prix — depuis deux sous jusqu'à cinq francs; — on offre, à l'entrée, à tous les visiteurs, gratuitement, des notices sur les collections. Dans toutes les rues avoisinantes, des prospectus sont distribués aux passants. Depuis dix ans, tous les musées sont ouverts le soir, éclairés à la lumière électrique, et chauffés pendant l'hiver. Aussi, est-ce par centaines de mille qu'on compte les entrées dans les musées de villes qui sont bien moins importantes et moins célèbres. Le directeur du musée me déclare qu'il a tenté plusieurs fois d'attirer au Palais du commerce les élèves des écoles industrielles et artistiques, en organisant des promenades, des conférences, et qu'il n'y a point réussi. La solution du problème n'est point difficile pourtant. Il suffirait que demain les conseils d'administration de ces écoles, dans lesquels la Chambre de commerce occupe toujours une place prépondérante par le nombre et l'influence de ses memijres, fassent inscrire dans les programmes des études l'obligation de visites du Musée des tissus, d'une étude sérieuse des collections, cotées, aux examens périodiques, comme éléments de classement; les enfants entraîneraient les parents; et ainsi, l'institution recruterait rapidement une noml)reuse clientèle. Qui veut la fin veut les moyens, dit un proverbe.

La dentelle, le tulle, la broderie à la main et la broderie mécanique cous- La dcnuiic, 1.- tuiie

, . , . , . , . , , , . et la broderie.

tituent des mdustries lyonnaises très miportantes, dont la production, en 1896, a dépassé vingt et un millions de francs.

La broderie est archi-séculaire. Sans remonter à la Renaissance où elle l)rilla d'un vif éclat, son histoire moderne présente des périodes nombreuses do gloire et de prospérité. A la fin du xviif siècle, elle tenait sa place à côté de la soierie ; et les artistes célèbres qui avaient porté à un si haut degré les tissus brochés, Philippe de La Salle, Chazeau, Bony, Berjon, etc., lui donnaient la collaboration constante de leur talent original. La Restauration et le règne de Louis-Philippe furent pour l'industrie une époque de décadence, tant au point de vue de l'art (ju'à celui de l'importance de la production. Pendant la dernière moitié du second Emj)ire, la broderie se releva par la venue de quelques artistes qui, ayant appris à connaître la

LYON

technique des vieux maîtres, en transformèrent les procédés et les tendances. Aujourd'hui, la broderie lyonnaise a presque reconquis sa situation d'autrefois ; elle compte environ deux cents artistes aptes à exécuter les travaux de tous genres, les plus difficiles et les plus délicats. Les branches de l'industrie sont nombreuses ; on peut les classer dans les six catégoi'ies suivantes : le meuble, l'art religieux, la mode, le canevas, les ouvrages de dames, la restauration et la broderie mécanique pour lingerie et rideaux. La première est celle qui a pris le plus d'extension. Les récentes Expositions universelles onl montré des travaux considérables qui font grand honneur aux brodeuses lyonnaises; et, Paris lui-même s'est vu supplanter dans les commandes de pièces considérables, telles que la décoration en tentures du foyer de l'Opéra, et dans l'alimentation de grands marchés, celui du Midi par exemple. L'art religieux occupe beaucoup d'ouvrières ; s'il est aisé de constater qu'on ne produit plus autant de belles œuvres que dans le passé, ce n'est point au défaut d'un personnel d'artistes suffisants qu'il faut l'attribuer, mais à l'absence de commandes provoquée par la diminution de la fortune des congrégations religieuses et à la dépression sensible des ambitions et du goût du clergé. Le canevas et la préparation des ouvrages de dames donnent du travail à de nombreux ateliers, dont la production n'est mallieureusement point de premier ordre, en raison du peu de connaissances artistiques de celles qui s'y livrent. Lyon fabrique de très fines broderies pour costumes, confections et uniformes ; le linge de table, (jue les Allemands ont jusqu'ici cultivé avec succès, commence à donner lieu à des affaires relativement sérieuses ; enfin, la réparation constitue une spécialité lucrative. La broderie mécanique a fait son entrée dans l'industrie par le couso-brodeur Bonnaz ; puis sont venus les grands métiers suisses, les machines Heilmann, Sauhrer et Martini. D'après une statistique dressée par la Chambre de commerce, on peut évaluer à loo environ le nombre des machines à broder de différents systèmes employées à faire des travaux très variés : lingerie, bas de jupons, broderies sur soieries légères, surah, pongées, toilettes bordées de crêpe pour deuil, écharpes orientales, imitations de dentelles en soie et coton, mélangées d'or et d'argent, mousselines brodées pour robes de bal, etc. Cette branche d'industrie est presque entièrement aux mains d'ouvriers

étrangers. L'année 1896 a été pour la broderie mécanique une période de crise douloureuse, provoquée, d'après les déclarations de la Chambre de commerce, par l'abandon de la mode dans les genres de Saint-Gall et de Plauen, et par l'arrangement franco-suisse qui a donné de nouvelles facilités d'accès en France aux produits des fabriques étrangères. La dentelle embrasse les catégories suivantes de productions : 1° Les dentelles ou guipures faites à la main, aux fuseaux, à l'aiguille ou au crochet, en fils de hn, de coton, de soie, de laine, d'or ou d'argent ;

2° Les broderies faites à la main, à l'aiguille ou au crochet, sur des fonds de tulle ;

3° Les dentelles faites au métier mécanique, du type anglais, dit métier à tulle. Cette série comprend : les tulles unis et brochés, l'imitation des dentelles et des guipures à la main, quel que soit d'ailleurs le hl employé ;

4° Les broderies faites au métier mécanique, du type suisse, ou par tout autre système du même genre, soit sur un fond de tulle conservé, en tout ou partie, soit sur un tissu découpé ou brûlé en tout ou partie.

On voit que l'industrie de la broderie et celle des tulles et des dentelles se mêlent, se pénètrent, et arrivent bien souvent à se confondre aux yeux du public, par l'apparence de similitude de leurs produits.

La fabrique de dentelles mécaniques possède environ 35o métiers, tant du type circulaire que du type leaver's, et une cinquantaine de métiers pantographes ; elle emploie plus de 3oo hommes et près de 3, 000 femmes, dont 2,000 travaillent à la campagne. Les métiers à tulles unis, répartis dans les différentes usines de la région, sont au nombre de 900 ; ils occupent 800 hommes et 5, 000 femmes, dont 4?ooo échenilleuses, travaillant également à la campagne pour la plupart. Cette dernière catégorie constitue une spécialité lyonnaise, dont la supériorité est reconnue aujourd'hui de tous les centres industriels ; on importe de Nottingham des tulles Alençon, des fonds Bruxelles, Mahnes, Chantilly, etc., pour être chenillés à Lyon et réexpédiés ensuite dans tous les pays d'Europe et surtout aux Etats-Unis. L'art et le goût tiennent une place prépondérante dans cette industrie comme éléments de succès. Aussi, la question de l'enseignement artistique a-t-elle toujours préoccupé ceux qui, par situation professionnelle ou par responsabilité admi-

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iiistrative, doivent s'y intéresser; sans que ces préoccupations aient cependant aljouti à autre chose qu'une tentative avortée de création d'une école spéciale à la Croix-Rousse, et qu'une école rustique privée installée à Condrieu. Paris fournirait exclusivement les dessins pour les dentelles et les broderies. « L'école du Palais Saint-Pierre, me déclare nettement un industriel dont l'ainour-propre local et le dévouement à l'industrie ne sauraient être contestés, n'est pas actuellement en mesure de former des artistes spéciaux qui puissent rivaliser avec les parisiens. » En outre, les fluctuations rapides et imprévues de la mode imposent à la fabrique une hâte qui ne permet point de donner, comme par le passé, aux produits d'art les soins de composition et d'exécution qu'hier les mœurs plus sévères et le goût plus élevé de la commission facilitaient, si même elles n'en faisaient une impérieuse obligation. Et, l'ignorance de la clientèle est devenue telle qu'elle ne sait plus faire (le différence entre la dentelle à la main et la dentelle mécanique. Ces conditions nouvelles ne sont donc pas très favorables à l'émulation entre industriels et artistes pour chercher et exécuter des modèles nouveaux, dont l'originalité coûte très cher. La main-d'œuvre baisse de qualité aussitôt que la production aborde un genre inférieur, et se relève très difficilement quand se manifeste un retour aux pièces d'art. C'est ce (jui est arrivé il y a quelques années et qui a provoqué la création de l'école rurale à laquelle je faisais allusion plus haut.

Depuis longtemps, la commune de Condrieu, située sur la rive droite du Rhône, en aval de Lyon, est un centre de dentellières et de brodeuses. Une maison lyonnaise y installa, en i85o, un comptoir de fabrication pour utiliser l'habileté des ouvrières. Tant que les travaux restèrent communs, leur instruction famihale fut suffisante ; mais la mode étant venue à des produits supérieurs, elles ne surent pas comment s'y prendre ; on songea alors à créer pour elles une école de dessin. Un dessinateur de fabrique fut envoyé à Condrieu et forma des professeurs choisis parmi les religieuses (jui donnaient l'instruction primaire. Les élèves accoururent ; au bout de quelques années de fonctionnement de cet enseignement organisé avec un programme élémentaire aussi pratique qu'ingénieux, on constata que le niveau de l'habileté professionnelle s'était fort élevé ; des ouvrières qui

gagnaient péniblement dix sous par jour arrivèrent à des salaires de deux francs. Survint une période de mode de blondes et tulles simples ; l'école fut abandonnée. Quand ressuscita le goût des belles dentelles, on ne trouva plus d'ouvrières pour les faire ; les anciennes étaient mortes ou avaient quitté le pays, la batellerie du Rhône qui occupait les maris étant disparue ; les jeunes ne connaissaient pas le métier d'art. On dut rouvrir l'école et former de nouvelles apprenties,

Lyon s'est laissé distancer par Vienne comme organisation de l'enseigne- Les écoles éirangcrcs ment artistique et professionnel de la dentelle. En 1877, Musée impérial et royal d'art et d'industrie a créé une grande école, à la tète de laquelle est le directeur de l'Ecole d'art décoratif annexée au musée. Cette école constitue le centre d'action et d'étude de tout ce qui de près ou de loin se rattache à l'industrie de la dentelle. A son administration incombe la mission de s'enquérir de tous les progrès réalisés et de les faire appliquer, après expériences, dans toutes les petites écoles de dentelles, disséminées sur tous les points de l'Empire. Les missionnaires sont les jeunes filles qui sont venues étudier à Vienne au moyen de bourses provinciales ou communales, et sous la condition expresse, leur instruction terminée, de rentrer dans leur pays. En même temps que l'enseignement professionnel, cette école possède un enseignement artistique donné par les meilleurs professeurs de l'École d'art décoratif. Les travaux exposés par l'école à l'Exposition des arts de la femme, en 1892, y firent l'admiration générale.

Non moins, sinon plus, originale, encore, est l'institution créée à Stockholm pour les industries féminines de la dentelle et de la broderie, par une association, la Société des amis du travail manuel, qui compte près de 1,000 membres. Cette institution comprend : une école de dentelle, de broderie et de tissage, dont les cours théoriques et pratiques sont suivis surtout par des paysannes accourues des points les plus reculés de la Suède et même de la Finlande ; un comptoir d'exposition de produits et de modèles, à Stockholm, et des ateliers dans toutes les provinces du royaume. Le but de la Société est de restaurer les anciennes industries manuelles disparues, d'en créer de nouvelles dans les régions cpii en sont dépourvues, de recueillir et de remettre en circulation les modèles artistiques anciens, d'envoyer à

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l'étranger des missionnaires pour faire des en(juètes sur ces industries et importer les procédés nouveaux, les types intéressants. En 1888, au moment où j'en étudiais le fonctionnement sur place, la Société avait créé des ateliers de dentelle, de broderie, de tapisserie dans six villes ; installé près de Stockholm des métiers de jute pour tapis et toiles peintes, dans le Sodermaland et en Westgolliie des métiers à canevas de coton, de laine et de fd de chanvre. Par ses soins, les dentelles de la Scanie et de la Dalécarlie, que les habitants seuls portaient, font l'objet d'un fructueux commerce d'exportation. Les matières enseignées dans l'Ecole de broderie sont : l'ourlet de Vinaker, le point croisé de Vienne, la broderie à jour, le point croisé italien, la broderie plate, la broderie d'application, les franges, la broderie arabe, la broderie espagnole, la Ijroderie nuancée, la broderie à dentelles et la broderie d'art. Des ateliers sont annexés à l'école et ne contiennent pas moins de 2 5 métiers pour apprendre en outre aux élèves tous les procédés de tissage. (Rapports de missions, [{ vol., pages 6i-63.) Los ocoics lyonnaises Lyou possèdc dcux écolcs dc brodcric, l'une municipale et l'autre dépen-

di' I)ro(lcric. , 1 1 1» r • •! 1 r>ii t •< i pr> • il t

dant de la Martmiere des tilles. La première n est ouiciellement qu une sorte d'annexé de l'École municipale de dessin pour jeunes lilles ; elle compte annuellement de 26 à 3o élèves, dont la majorité sont de simples ouvrières sans aucune instruction artistique. Les industriels ne paraissent porter que très peu d'intérêt à cette institution, dont la municipalité elle-même ne prend pas un bien grand souci, en considération de l'installation plus que modeste qu'elle lui donne et de la modicité du crédit qui lui est affecté : AiQ^o francs dont plus d'un tiers est réservé à l'unique professeur qui dirige l'école. L'enseignement professionnel n'y est point cependant sans mérite, le professeur ayant un grand talent de brodeuse ; on y exécute de bons travaux, et les élèves qu'elle forme peuvent être utilement employées dans les ateliers. Mais telle qu'elle fonctionne, cette école ne peut avoir une sérieuse influence sur la production lyonnaise.

Il m'a été communiqué un programme de réformes, dont la réalisation doterait l'industrie d'une institution qui réunirait immédiatement au moins • 200 élèves, car les locaux et l'horaire actuels ne permettent pas d'en recevoir autant qu'il s'en présente pour apprendre à fond le métier. L'école,

à installer dans un vaste !)àlimenl, aéré, à proximité de la Croix-Rousse, le centre du recrutement scolaire, et en communication facile avec les autres quartiers ouvriers, devrait comprendre (juatre années de cours: 1° principes et études des points différents; a° application des principes et copie des modèles anciens ; 3° interprétations des études précédentes et compositions faites par les élèves sur leurs dessins ; 4° broderie des fifjures et des personnages. On enseignerait parallèlement à la broderie le dessin et la peinture de fleurs. L'école serait administrée par un conseil d'industriels et d'artistes, ayant les altributions et l'autonomie qui ont été concédées au conseil de l'Ecole nationale des beaux-arts.

La seconde école de broderie, organisée par la Martinière des filles, ne présente guère une installation et une organisation supériein*es ; et les résultats n'en sont pas plus importants. Cette école compte, elle aussi, 26 élèves. Les cours réglementaires embrassent bien ime période de trois années; mais, si l'on défalque le temps consacré aux études d'enseignement général et au dessin, cette période se résume en moins de douze mois de travail professionnel sérieux. Or, à l'opinion unanime des chefs d'atelier de broderie, cela est tout à fait insuffisant pour former des ouvrières habiles. Les jeunes filles qui se destinent à l'industrie doivent recommencer un véritable appi*entissage pour se faire la main, conquérir la souplesse, l'agilité nécessaires à une production industrielle ; et, dans cet apprentissage, sous la direction de maîtresses ignorantes, sans instruction artistique, qui les jalousent et les condamnent aux travaux inférieurs, elles perdent rapidement ce qu'elles avaient appris à l'école, et deviennent même de plus mauvaises ouvi'ières que celles qui ont été éduquées empiriquement, mais sans amintion. Il y aurait utilité à la création d'un cours supérieur de deux ans, avec travail pratique mi à l'école, mi à l'atelier, ainsi qu'à la permanence de la direction professionnelle qui ne peut s'exercer aujourd'hui qu'une partie de la jom*née. L'enseignement sévère du dessin est parallèle à celui de la broderie ; là, également, le temps est trop mesuré par les règlements ; il faudrait une période de ([uatre années d'études pour obtenir des résultats complets ; aussi quehpies-unes des élèves suivent-elles, le soir, leur professeur dans les cours de dessin (ju'il donne à la Société d'enseignement professionnel. Il s'exécute dans cette école des

LYON

travaux de mérite ; les élèves ont décoré le salon d'honneur et la salle du conseil de la Martinière des garçons de fort belles tentures en broderie d'application, d'après des compositions de Flaxmann, d'Elirmann et d'après des tapisseries anciennes. L'institution a rendu des services appréciés ; mais elle est la démonstration la plus éclatante de l'urgence de créer à Lyon vm enseignement spécial de la broderie, dans les conditions matérielles et sociales qu'exigent l'importance et l'avenir de l'industrie. Tous les efforts du conseil d'administration de la Martinière des filles tendent bien à donner à cette institution « un caractère nettement professionnel, c'est-à-dire à procurer aux élèves les avantages d'un apprentissage complet dans ses sections respectives, tout en les dotant d'une instruction primaire supérieure, et en les écartant de toute préparation de diplômes et de brevets » ; dans la réalité, l'école a dévié de son but officiel, en raison de l'affluence des jeunes filles de petite bourgeoisie et de familles ouvrières aisées, qu'y attire la valeur de l'enseignement. Ainsi, dans les cours de broderie, un cinquième à peine des élèves se destinent à l'industrie ; le reste considère la broderie comme un art d'agrément et le pratiquera plus tard exclusivement dans le foyer ftimilial. La multiplicité des cours d'enseignement général force, comme on vient de le voir, le conseil lui-même, en dépit de ses intentions, à ne donner dans les programmes qu'une place restreinte, absolument insuffisante, à l'enseignement professionnel pratique. Il en résulte — dans le cas spécial qui seul doit m'occuper — - une organisation hybride, illogique, par conséquent nuisible. Les jeunes filles qui ne feront de la broderie que pour leur plaisir en apprennent trop ; celles qui veulent en faire leur métier n'en apprennent pas assez ; et, pendant ce temps, l'industrie réclame vainement aux écoles publiques les apprenties et les artistes qui lui font défaut.

Cette école nouvelle devrait être une grande école d'art avec atehers où l'on enseignerait aux élèves la pratique sinon, tout au moins, on les initierait à la connaissance technique de tous les métiers qui touchent à la broderie, où l'enseignement de cette dernière serait poussé assez loin pour que l'industrie puisse trouver là à la fois des ouvrières habiles, des dessinateurs Les écoles étrangères spéciaux ct dcs chcfs d'alcliers. Cette école-là a été créée à Vienne, en 1877, et constitue un type excellent d'institution, puisqu'elle est devenue

de broderie.

LA DENTELLE ET LA BRODERIE. 3r

une sorte d'Ecole normale qui a formé des professeurs pour la plupart des écoles de broderie non seulement de l' Autriche-Hongrie, mais de l'Allemagne et de la Russie. L'Exposition des arts de la femme, en 1892, a montré les merveilles d'art qu'on y exécute couramment. L'opinion unanime des industriels de la broderie est qu'une école de ce genre réussirait immédiatement à Lyon, serait assurée d'un recrutement de plusieurs centaines d'élèves, et donnerait à l'industrie un grand développement, car à Lyon plus qu'à Vienne et partout ailleurs, il y a en broderie une tradition vivace d'art et de goût, et d'exceptionnelles conditions économiques et sociales de progrès et de prospérité.

En Allemagne, Dusseldorff, Garlsruhe, Hambourg possèdent des écoles de broderie d'art. La plus importante est la première fondée par une association à la tête de laquelle est la princesse de Wied. Dès ses débuts, l'école était dotée d'un capital de plus de 20,000 francs, et comptait 100 élèves, suivant deux années de cours, sans interruption. A l'école de Garlsruhe est annexé un petit musée de broderies, fondé par le grand-duc et la grandeduchesse de Bade. Il y a aussi à Londres ime belle école de broderie fondée sur l'initiative et le patronage de la princesse de Galles. En Danemark et en Suède, les écoles de ce type sont très nombreuses ; leur organisation présente un grand intérêt.

Quant à la broderie mécanique, l'initiative d'une école spéciale fut prise, L'Écoie de broderie

, . - , T I 1 • '^^ dentelles mécaniques

en 1091, par la Gliambre de commerce. La chambre voyait avec douleur de la Croix-Rousse. les ouvriers tisseurs subir de longs et fréquents chômages, pendant que la plus grande partie des machines à broder de Lyon et îles environs étaient conduites par des ouvriers étrangers, très nomades, d'un recrutement difficile et peu habiles; elle pensa justement que les tisseurs étaient admirablement préparés par des aptitudes et des traditions séculaires à s'assimiler la pratique d'une industrie qui est née d'une invention française. En conséquence, elle offrit à la ville sa coopération pour l'organisation d'une école de broderie mécanique qui serait placée dans les services de l'Ecole municipale de tissage. La proposition fut acceptée; l'école était inaugurée en 1898, dans une annexe de l'école. L'entreprise a complètement échoué. Dès les débuts, les ouvriers étrangers se coalisèrent pour boycotter les élèves ; pas- un

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seul, en effet, ne réussit à se placer. Parmi les premiers sortis de l'école, il s'en trouva un <jui, ayant quelque fortune, monta lui-même un atelier. Le directeur de l'établissement devait espérer qu'il se produirait là un débouché ; déception absolue : le nouveau brodeur n'embaucha que des ouvriers étrangers. Aujourd'hui, l'école ne compte plus qu'un élève. Cependant, l'administration municipale la maintient encore dans l'espérance d'une prochaine situation meilleure, et fait servir l'outillaqe à l'instruction générale des élèves de l'Ecole de tissage.

L'obénistcric Dès le x\f siècIc, Lvoii a été le centre d'une importante fabrication de

et la menuiserie. ii* » • 'iri

meuJjles de Jjois ouvre et sculpte ; 1 école lyonnaise est celeJjre ; au xvif siècle, on s'y adonne avec succès au travail de l'ébène. Cette industrie serait aujourd'hui, dans ses branches artistiques, très atteinte, par suite de l'indifférence de plus en plus accentuée de la clientèle pour les belles œuvres et de l'engouement des snobs de l'aristocratie d'industrie et de commerce pour la production parisienne et même depuis quelque temps pour le genre anglais. On a laissé mourir de déceptions et de découragement un artiste de haute intelligence, dont les créations originales, de grand goût et d'ex(>cution irréprochable, sont restées invendues, à deux ou trois pièces près. Les bazars et les magasins emplis de meubles de confection, importés du faubourg Saint-Antoine, de Bordeaux, etc., font une cruelle concurrence aux ateliers de production sur commande. Les bons ouvriers se perdent par la fabrication de la camelote, du produit de faux luxe ; émigrent ou changent de profession. On ne fait plus d'apprentis. Par suite de la suppression des ateliers, la plupart des sculpteurs pour meubles travaillent aujourd'hui en chambre et se livrent à la trole ; un grand nombre ont quitté la ville ou le métier.

Dans là menuiserie de bâtiment la situation ne serait guère meilleure. Les patrons n'hésitent pas à se servir pour l'apprécier du terme de décadence. L'un d'eux me déclare qu'il n'emploie pas aujourd'hui le dixième du personnel industriel d'autrefois ; les hivers précédents, quand il ne comptait dans son atelier tpi'une soixantaine d'ouvriers, tout le monde trouvait que les affaires marchaient mal ; pendant la période actuelle, à peine une dizaine

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