L'ÉBÉNISTEUIE ET LA MENUISERIE
travaillent avec des chômages fréquents. Ses confrères, les mieux favorisés, ajoute-t-il, sont logés à la même enseigne. On n'exécute presque plus de travaux d'art. Il y a une grande misère matérielle et morale dans la population ouvrière de cette industrie. A l'opinion de deux des principaux chefs d'ateliers, les causes de cette décadence sont très nombreuses, et de tous ordres : économique, industriel et social.
L'apprentissage n'existe plus dans les grands ateliers, les patrons et les ouvriers ne veulent pas d'enfants à instruire, n'ayant ni le goût ni le temps de s'en occuper. Il ne s'en accepte que dans les petits ateliers; on leur fait faire les courses et le ménage. La plupart des ouvriers se recrutent aujourd'hui dans les campagnes, où l'on forme encore des apprentis. La suppression du tarif ou travail aux pièces a eu des conséquences néfastes, en diminujmt l'émulation, la perfection de la main-d'œuvre, le goùl de l'instruction. On a remarqué, à partir de cette suppression, une baisse très considérable du chiffre des ouvriers fréquentant le cours professionnel du soir fondé par la corporation, rue Lafayette, où, pendant la période des grands travaux qui a précédé le krach du bâtiment, il n'y avait pas assez de place pour les candidats.
Dans la tapisserie, même situation précaire ; mêmes chômages fréquents s'opposant à la constitution d'ateliers permanents sérieux, et forçant les bons ouvriers à accepter les travaux les plus inférieurs qui leur gâtent la main et les découragent. On n'y fait plus d'apprentis, et il n'existe pas d'écoles pour en former. Il a été créé une chambre syndicale ; de l'aveu de ceux qui l'administrent, elle ne fonctionne que fictivement.
Il y a unanimité dans toutes les branches des industries artistiques du bois à Lyon pour réclamer une Ecole générale d'apprentissage, la réforme de l'Ecole nationale des beaux-arts en vue d'un enseignement artistique ])lus spécial pour les industries, et la réorganisation de l'ancien Musée des arts décoratifs de la Chambre de commerce, dont la suppression est tenue pour une grande erreur qu'on ne s'explique [)as de la part d'une institution dont le dévouement aux intérêts industriels et artistiques de la ville n'est point contestable. Les ébénistes et les menuisiers d'art regrettent vivement qu'il ne soit plus organisé à Lyon d'expositions d'art décoratif analogues à celle
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de 1880 qui donna des résultais si sérieux et fit li^aucoup progresser les industries en créant un mouvement d'émulation pour les belles œuvres et pour les créations originales.
L'orfevrcric. Lcs iudustries d'art du métal, bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, tréfilerie,
bronzes, etc., d'après les évaluations de la Chambre de commerce, représentent un chiffre d'affaires annuelles d'environ 35 millions de francs. L'orfèvrerie religieuse — or, argent, cuivre et bronze — a conquis, dans ce dernier quart de siècle, un liant renom, et s'est développée dans toutes ses branches à devenir une grande industrie d'art qui n'occupe pas moins de 8.00 ouvriers, répartis en une dizaine de maisons, d'importance diverse. La production aborde tous les genres, depuis l'œuvre d'art monumentale, dessinée par des architectes et des décorateurs de premier ordre, jusqu'à l'article d'exportation en simili-bronze doré, exécut/; à la grosse. Mais, sa situation actuelle n'est point bonne. Les crises politiques et financières de l'Espagne et de l'Amérique du Sud ont détruit de grands marchés d'exportation. Les difficultés de se procurer des informations commerciales paralysent les efforts pour ouvrir de nouveaux débouchés, tentés depuis quelques années par des maisons qui ne sont pas assez puissantes pour faire voyager de nombreux représentants dans des pays dont elles ignorent les mœurs, les goûts, les habitudes et les traditions ; et, à toutes ces difficultés spéciales viennent encore s'en ajouter d'auli'es qui proviennent de l'absence de documentation industrielle et artistique dans les écoles et dans les musées, pouvant instruire techniquement et artistiquement la clientèle, les dessinateurs, les patrons et les ouvriers. Les nouvelles mœurs ouvrières ont créé, au point de vue de Tapprentissage, une situation très dangereuse pour l'industrie et qui pourrait en arrêter les progrès. L'industrie manque non seulement d'ouvriers de haute valeur, dans toutes les branches, — l'orfèvrerie de luxe, peut-être, exceptée — d'un grand nombre de spécialistes, tels que ciseleurs, repousseurs, estanq^eurs, guillocheurs et émailleurs, mais d'ouvriers ordinaires, fondeurs, mouleui-s, doreurs et polisseurs. Les chambres syndicales font une opposition acharnée au développement de l'apprentissage au delà d'une proportionnalité — i/io" — qui est insuffisante pour alimenter les ateliers ; certains spécialistes ne consentent même pas à en former, et abandonnent