VIERZON. — LE BERRY
Depuis ({iiel(jiies années, Vierzoïi, avec Mehiiri-sm'-Yèvre et Foëcy, est devenu nn (ji-and centre régional de porcelainiers, qui produisent spécialement les services de table et de toilette pour hôtels et restaurants, la vaissellerie pour colporteurs et forains, les appareils sanitaires, les isolateurs télé- ()raplii(pies, les briques de revèlejnent, etc. On y fabrique aussi, dans quelques manufactures, des services de lux<>, des pièces de décoration au grand feu, sous couverle, et de la fantaisie; même, est-ce Là que s'est faite presque exclusivemejil encore l'exploitation de la porcelaine nouvelle de Sèvres, inventée par IVI. I.aiilli. Dans la dernière période décennale, l'industrie a pris un dévelopjiement considérable. En i88(), on comptait 1 1 manufactures en activité, dont [[ seulement possédaient des moteurs mécaniques et des machines-outils; le cliillVe des ouvriers était d'environ 2,000. Aujourd'hui, les manufactures sont au nombre de uj, constituant un ensemble de 00 fours de différentes grandeurs, toutes pourvues de machines-outils, et g ayant la force motrice. Elles occiqx'nl 3, 200 ouvriei's. 11 n'y a pas moins de 18 ateliers de décors. La prochiclion ammelle peut être évaluée à environ 6,000,000 fr. Quatre maisons, les plus importantes, font de l'exportation en Angleterre et aux J<]tats-l ! nis. Pai" son genre de produclion, par son organisation industrielle et sa silnalion elhiiographique (pii, au moyen du canal du lîerry et du canal latéral de la Loire, met économiquement à sa disposition la houille et les matières premières, la falîriqiie bei'richonne ne redoute point la concurrence allemande ; elle ne la trouve point d'ailleurs sur le marché fran(;ais, excepté poni" l'ai l icle de pacotille, dont ses commis voyageurs alimentent surabondamment, à des prix invraisembhdjles de bon marché, les déballages de foires, les tourniquets de fêtes de village et les bazars.
Dans ce cenli-e indusiriel, je n'ai trouvé aucune institution publique ou
privée, musée ou école, pour rinslruclion technique et, artistique des apprentis et des ouvriers en céramique. Vierzon possède une Ecole nationale professionnelle ; et, à une demi-heure par le chemin de fer, à Bourges, il y a une Ecole nationale des lieaux-arts! Or, sans exception, les chefs d'ateliei-s me déclarent que l'apprentissage dans toutes les hranches de la fabrication se fai! exclusivement par les procédés de la routine et de l'empirisme; (jue l'industrie actuellement manque des modeleurs et des décora teui-s (|ui lui sont nécessaires pour contimier à se développer. En conséquence cette situation, la Chambre syndicale des fabricants de porcelaines du Berry, dans une réunion à lacpielle se sont rendus même les industriels dissidents, et qui comprenait ainsi, dans cette circonstance exceptionnelle, par présence ou adhésion, la fabrique berrichonne tout entière, a exprimé les vœux suivants :
Dans leur séance du 3i décembre 1896, les fabricants de porcelaine du Berry ont décidé, il l'unanimité, de soumettre ii votre bienveillante attention les vœux suivants :
Créations en notre ville : 1° d'un cours de dessin et de modelage ; 2° d'un musée.
Ces créations sont de toute utilité pour notre industrie céramique, car, pour se maintenir, elle a beaucoup à lutter contre Limoges et l'étranger ; d'autre part, n'ayant à sa disposition ([ue des matières inférieures, elle ne pourra conserver ses débouchés que par la variété des Formes et le goût des décors de ses produits. Pour obtenir ces résultats, il y a nécessité absolue de former des élèves capables dans ces deux spécialités, peinture et modelage.
Ces cours comprendraient deu.x parties bien distinctes : l'une, théorique (principes généraux, styles, etc.) de l'art, pouvant être enseignée par l'Ecole des beaux-arts de Bourges ; l'autre, pratique, comprenant la mise en œuvre, l'application de ces principes, par des spécialistes de valeur qui pourraient se trouver à Limoges, Sèvres ou Paris.
Pour ce qui est d'un local et de l'outillage, nous pouvons affirmer qu'à l'Ecole nationale professionnelle de Vierzon il existe tout ce qui est nécessaire. Cette combinaison aurait pour avantages de faire suivre les cours en question par les élèves de cette école qui auraient des aptitudes .spéciales, et qui joindraient à l'art les connaissances scientifiques (jui leur sont enseignées ; et par cela même les rendi"ait capables de faire d'excellents contremaîtres.
I^e musée aurait l'avantage par ses collections de fournir tous les renseignements néces- .saires pour se maintenir au courant des productions françaises et étrangères, et pour créer des genres nouveaux.
Pour la Chambre syndicale des fabricants de porcelaines du Bcrry, et par son ordre : Le Président, Charlem.\gne ; Je Scrri'hiiiw. Laughevèque.