VIERZON. — LE BERRY
Quelques jours après, je recevais de la municipalité de Vierzon cette lettre :
Comme suite k la conversation que nous avons eue relativement a la création d'un cours pour l'enseignement artistique a Vierzon, j'ai l'honneur de vous informer que la municipalité vierzonnaise, s'associant à l'ordre du jour voté par la Chambre syndicale des fabricants de céramique, est prête à vous accorder son concours le plus absolu pour arriver a cette création, et qu'elle étudiera avec vous aussitôt que possible les moyens à employer pour arriver à une prompte solution.
Veuillez agréer, etc.
Le Maire de Vierzon : Fonlupt.
Une lettre, non moins nette dans ses déclai^ations d'adhésion à l'ordre du jour voté par la Chambre syndicale, m'était adressée, en même temps, par la municipalité de Vierzon-Village sur le territoire duquel sont situées plusieurs fabriques de céramique. L'allusion faite dans le procès-verbal ci-dessus à l'intervention directe des Ecoles nationales d'art décoratif ou industriel de Bourges, de Sèvres et de Limoges, vise, sur ma proposition, d'une part, l'utilisation d'un organisme complet d'enseignement artistique par l'adoption du système de roulement de professeurs qui a été appliqué avec tant de succès en Angleterre par l'école de Derby (5*^ volume de Rapports de missions, pages 60-61); et, de l'autre, l'espérance de recevoir des institutions officielles spéciales à la céramique, quelques-uns des maîtres techniques, lial^iles, qu'elles doivent former. Il y a quatre ans, une première tentative de création d'un enseignement artistique et professionnel pour la céramique a échoué, après un an d'exercice, pour les raisons qui vont être exposées :
Dans la pensée de ses fondateurs, l'Ecole nationale professionelle de Vierzon devait fournir aux principales industries de la ville et de la région les éléments de prospérité et de progrès qu'assure l'instruction technique el artistique ; elle avait pour objectif de leur préparer des ouvriers instruits, des futurs contremaîtres et chefs d'ateliers. En conséquence, une section de céramique fut organisée à côté de celles du fer et du bois; pendant trois ans, les élèves, recrutés dans la population de Vierzon, s'y firent inscrire en assez grand nombre ; elle répondait évidemment au besoin de l'indiîstrie locale. Bientôt leur nombre diminua; et, au commencement de 1896, l'administration se voyait obligée de supprimer cette section : il n'y avait plus un seul
élève ! La cause de cet échec serait celle-ci : La durée réglementaire des études à l'école est de trois années; les élèves ne sont admis à se spécialiser qu'à partir de la deuxième. Ace moment, on peut évaluera trois heures la moyenne de la durée d'enseignement professionnel par joui- de classe. Or, ce temps-là est tout à fait insuffisant pour un métier tel que celui de porcelainier. Eu quittant r(?cole, les jeunes gens de cette section devaient donc faire vm vérital^le apprentissage ; et ainsi ils gagnaient beaucoup moins que s'ils étaient restés dans les ateliers pendant cette période. Parents et élèves s'en aperçurent bien vite ; dès ce jour-là, l'école fut abandonnée par tous ceux qui se dirigeaient vers la céramique. A cette cause il s'en est ajouté une autre. Peu à peu, l'école, au point de vue de son objectif et, partant, de son recrutement, a subi une radicale modification. Il lui venait des élèves de tous les points, du Centre, de l'Ouest et du Midi, avec l'exclusive ambition de se préparer aux Ecoles d'arts et métiers et aux Ecoles de mécaniciens de la marine. La céramique et toutes les autres industries artistiques de la région ont dû être abandonnées comme branches d'enseignement, par suite de cette spécialisation générale dans les industries mécaniques. Le même fait, avec les mêmes conséquences, a été observé dans une institution analogue, à Nantes. On trouvera, au chapitre consacré à cette ville, l'analyse des causes de cette évolution d'idées et d'ambitions dans la génération nouvelle, qui présente de grands dangers pour nos industries d'art, exclues pour ainsi dire, désormais, de la pliq^art des établissements d'instruction publique de cette catégorie où elles semblaitent devoir trouver, en principe, au point de vue technique, un enseignement très fécond. On regrette vivement à Vi(n"zon la transformation, imprévue, de l'Ecole nationale professioiuielle ; et il y a unanimité de vœux pour qu'elle puisse, par une organisation de cours du soir, en attendant la reconstitution de la section disparue, donner à l'induslrie de la céramique le concours (pie celle-ci réclame pour développer et pour être en mesure de lutter avec succès contre ses concurrents. La Chambre syndicale des fabricants de porcelaines et les municipalités de Vierzon-Ville et de Vierzon-Village ont insisté avec la plus grande énergie sur la déclaration qu'elles n'accorderaient leur concours qu'à une entreprise nouvelle, fort sérieuse, ayant à sa tête un personnel professoral expérimenté. Les conditions