‹ Les Industries de Serrières: A Travers les AgesChapitre 23 sur 43 · MR TE · texte numérisé non relu

MR TE

auprès du gouvernement pour la bonne marche des affaires avec Ia marine. : |

À cette époque, la France manquait totalement de cuivre. Ses ennemis, bien renseignés sur cet état de choses, décrétèrent des défenses d'exportation pour tous les métaux ou autres objets servant à la fabrication d’armes ou de canons. Le blocus semblait être complet.

On peut se demander comment, dans ces circonstances, la maison Borel & Cie put remplir ses engagements envers la France. La chose était fort simple, grâce à la position ambiguë de Neuchâtel : la maison se couvrait du manteau de la Prusse pour obtenir les métaux en Allemagne, et vis-à-vis de la France, elle traitait en soulignant sa qualité de canton suisse.

Un des associés, Roulet, fit des voyages en Allemagne et en Autriche pour se procurer des minerais. En Autriche, le cuivre étant très abondant, il en obtint à bon compte. Il parcourut également une grande parte des fabriques de la Bohême et y acheta tout le cuivre qu'il put y trouver.

C’est ainsi que la maison Borel arriva à exécuter dans le délai fixé ses promesses envers la Marine française.

Deux ans plus tard, une seconde grande commande de la part du gouvernement français arriva à Serrières. Elle consistait en 24.000 feuilles de cuivre. Mais à ce moment l’union qui jusqu’alors avait régné parmi les associés semblait prête à se rompre ; M. Thuillier, qui était toujours à Paris, avait de grandes difficultés à obtenir le paiement des plaques de cuivre fournies. Le gouvernement français voulait le payer en assignats et le représentant de la maison Borel se défiait de ce mode de payement. Il conseilla à ses associés de vendre la marchandise à Bâle avec un petit bénéfice plutôt que de la livrer à la France qui ne donnait en paiement que des assignats. Mais les frères Roulet ne partageaient pas cette manière de voir.

A la suite de ces opinions divergentes, Thuillier et Borel demandèrent la liquidation de la société. Mais une nouvelle commande de 20.000 feuilles de cuivre retarda ce projet. Une liquidation partielle de la société eut lieu en 1796. À cette ‘date, le beau-père d’E. Borel, après les importants services qu’il avait rendus à la maison de Serrières à Paris auprès des ministres français de la marine et de la trésorerie, se retira des affaires, fort mécontent de la conduite des frères Roulet. Deux ans plus tard, le 127 janvier 1798, l’association avec les frères Roulet fut entièrement dissoute après seize ans d’existence. La liquidation entraîna de grandes difficultés, surtout à cause des paiements retardés de la Marine française. !

1 Cette vie intense des fonderies et des forges à Serrières dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, nous est confirmée, entre autres, par la description qu’en fait M. Meiners, re on de Gæœttingue, qui avait entrepris un voyage dans la Principauté de Neuchâtel en 17 .

« Si l’on descend dans les sombres manufactures qui sont sur les bords de la Serrière, et dans l’obscurité presque ininterrompue qui règne au fond de ces abîmes ; lorsqu’on voit à leur travail bruyant ces hommes ruisselants de sueur, et la plupart tout à fait noircis, on se croit tout à coup transporté dans le Tartare des poëtes ou dans les ateliers des Cyclopes. Le moulin où on tire le fil de fer est beaucoup plus beau que celui de Schaffhouse :

"OM ducs

Après la dissolution de la société avec les frères Roulet, Erhard Borel continua à lui seul le commerce des métaux, platine, bronze, fer blanc, mené de front avec celui des céréales. Quant à l’industrie métallurgique, elle commença à péricliter dans le vallon de la Serrière. Vers 1800, les affaires devinrent très difficiles. La perte des colonies françaises à la suite d’une guerre maritime désastreuse paralysait le commerce. De grandes quantités de cuivre furent abandonnées par la Marine française, faute d'emploi. La baisse qui en résulta provoqua la ruine de l’industrie du cuivre. Une partie des forges de Serrières chômait ; Borel étudia à ce moment le projet d'employer ses forces motrices à ones une filature de coton. Nous ne savons pour quelles raisons il l’abandonna. !

La cession de Neuchâtel à l'empire français en 1806 déplut à Borel, républicain. Seule l’idée que le rattachement de l’ancienne principauté à la France pourrait permettre aux usines de Serrières de se relever lui procura quelque consolation.

Le règne du prince Berthier ne réalisa pas les espérances des fabricants. Tout au plus, eut-il le mérite de faciliter les voies de communications du pays.

Le blocus continental, décrété par Napoléon en 1806, empêcha l’entrée des marchandises anglaises dans la principauté. Les aciers étrangers furent remplacés dans le pays par ceux des usines de Serrières. Ces faits permirent à l’industrie métallurgique de reprendre dans une modeste mesure son activité. Erhard Borel créa une fabrique de faux et de ressorts de pendules et de montres, industries dont l’exploitation ne fut que de courte durée. ?

Borel associa à sa maison son fils Erhard V en 1819 et son autre fils, Charles-Antoine, un peu plus tard. Ils continuèrent encore quelques années leur commerce de métaux, mais en 1823 ils durent, faute de commandes, complètement fermer les forges à martinets pour le cuivre. Les forges pour le fer, par contre, travaillaient encore et rapportaient des bénéfices.

La révolution de 1831 jeta la maison dans un grand embarras, car aussitôt que les idées républicaines de Borel furent connues, tous ses créanciers vinrent se présenter. Borel & Cie ne tardèrent pas à rembourser toutes leurs dettes, mais ils durent pour cela épuiser jusqu’à leur fonds de roulement.

Dans la suite, Borel s’occupa de plus en plus de politique, son intérêt pour la métallurgie diminua et il voua son attention à la papeterie. Après la révolution de 1848, les forges exploitées depuis un siècle furent

il me parut pourtant moins intéressant que les martinets de fer et de cuivre que je voyais pour la première fois. La force anéantissante avec laquelle ces derniers tombent sur ces masses épaisses et toutes brûlantes de cuivre, et les brisent en quelques secondes en petits morceaux, réveilla dans mon esprit l’idée d’un animal féroce en furie, qui n’épargne point sa proie et la déchire entièrement. On nous montra une provision de plaques de cuivre dont doivent être doublés les vaisseaux de guerre, et destinée à la flotte française. Nous sortîmes enfin de ces sombres demeures. et des ateliers de ces hommes laborieux pour jouir de la lumière du jour...» (Étrennes Neuchâteloises, 1862, p. 88.)

1 Un autre projet de transférer ses forges de Serrières à Quingey (Doubs) en France n’a pas eu de suite.

2 Voir chap. VII, $ 3 6.

en partie consacrées à agrandir la papeterie, en partie transformées en fabrique de chocolat. !

$2. Autres forges et laminoirs.

a) Forge Martenet (disparue en 1911) (roue n° 34 de notre plan de 1811, fig. 3). — Les rouages de la forge dite Martenet sont presque de deux siècles plus anciens que ceux de la scierie qui appartient aujourd’hui à la même famille. Ils avaient été construits à la fin du XVE siècle par Hans Hanne, de Fribourg, qui était coutelier de profession. L’emplacement et les droits hydrauliques pour ériger cette « molière » lui avaient été accensés par Philippe de Hochberg en date du 20 juin 1497, à condition qu’il ne nuisît pas aux autres rouages déjà existants sur la Serrière.

À l’époque de cette concession, il n’y avait pas d’autres usines dans le bas de Serrières que « la raisse » du comte. La clause de cet accensement qui réservait les droits d’eau des autres propriétaires de Serrières visait donc spécialement les moulins situés en amont de la meule du coutelier. Ces faits ont eu leur importance lors des différents procès entre les propriétaires des usines du bas. Les meuniers du Moulin du Bas prétendaient également bénéficier de cette clause ; mais il ne pouvait en être question, leurs moulins étant de date postérieure. >

La meule du coutelier fut transformée au cours du XVI siècle — nous ne connaissons pas la date exacte — en une forge à martinet. ,

Le premier Martenet qui exploita cette usine, Maurice Martenet de « Nensie rière les terres de Genève », ? apparaît à la fin du XVI siècle (1597). Mais pendant presque tout un siècle après cette première mention de la fanulle Martenet, celle-ci n’est plus citée au nombre des industriels de Serrières. Elle reparaît seulement vers les années 1680 avec le nom de Pierre Martenet, coutelier et forgeron. Celui-ci reprit en 1689 non seulement la forge dont nous retraçons l’histoire, mais également la scie et les autres rouages qui en dépendaient.

Dès cette époque ces rouages restèrent propriété de la famille Martenet qui les exploita jusqu’en 1911, date à laquelle la forge fut remplacée par une maison locative.

Voici la liste des propriétaires de cette forge, dès sa construction jus-

qu’en 1911 :

1497 Hans Hanne, coutelier.

1543-1545 Jaques Mathey dit Lamesche.

1 Tous les renseignements concernant l’industrie métallurgique relatifs à la Famille Borel, sont tirés des documents que possède Mne },. Borel, notamment d’une biographie d’Erhard Borel. ;

? Nensie, ne serait-ce pas Lancy, annexé en 1815-1816 ? l'expression rière Les terres de Genève le laisse supposer. En 1593 Laney était tombé aux mains des Genevois.

Le registre de la Compagnie des Tailleurs de Neuchâtel indique au XVII: siècle plusieurs Marteneb comme originaires des Hauts-Geneveys. Y a-t-il quelques relations entre ces Martenet et ceux de Lancy près Genève ?

he "

Se D x

1545 Jacquillon fils de Conrad Peter Claus.

1571 Pierre Bonhôte, de Peseux.

1571 Pierre et Jaques (Claus dit) Peter.

1595 Pierre et Jonas Peter.

1597 Maurice Martenet au nom de sa femme Marguerite Claus.

1629 Jean Guntling (et Daniel Fornachon), foule.

1635 Liechtenhahn, Georges Rosselet et Guillaume Pierra.

1643 Pierre Pury de Rive.

1643 Jean Lasche.

1647 François et Jean Cornu.

1671-1689 David Richard.

1689 Rose Chaillet-Pury.

1689 Pierre Martenet, coutelier.

1719 Veuve Martenet, née Catherine Renaud, et ses M Eune Jean- Pierre, Samuel, Jean-Jaques et Jeanne.

1754 Pierre Martenet, fils de Jean-Pierre.

1802-1839 Abraham-Henri Martenet, fils de Pierre.

1839-1852 Jean-Pierre, fils de AH, Martenet.

1852-1875 Frédéric-Louis Martenet, locataire.

1875-1893 Frédéric-Louis Martenet, propriétaire.

1893-1898 Hoirie de Fréd.-Louis Martenet.

1898-1901 Frédéric-Louis Martenet fils, locataire.

1901-1911 Frédéric-Louis Martenet fils, propriétaire.

1911 M. Léon Martenet, qui transforme la forge en maison locative.

b) Forge à martinet (roues n°5 23/24). — Dans la première moitié du siècle passé nous trouvons, outre les établissements des familles Borel et Martenet, encore un établissement métallurgique dans le vallon de la Serrière, c’est la forge à martinets, exploitée par Albert Stoucky, meunier des Moulins de la Voüûte.

La concession de 1534, dont nous avons déjà parlé, octroie entre autres des droits pour l’établissement de deux rebattes. Ces dernières furent abolies et remplacées à la suite d’un arrêt du Conseil d’État, du {1 ; juin 1810, par une forge à martinets (.. sans rien changer au cens qui étoit dû pour les dites rebattes.. » !

Ces immeubles furent achetés plus tard par la Fabrique Suchard.

c) Tréfileries de fer. — Plusieurs tréfileries de fer ont existé dans le vallon dé la Serrière.

La première mention d’un établissement de ce genre se trouve dans une minute du notaire J.-J. Sandoz, datée du 15 janvier 1687 ? : Pierre Jeanjaquet vend à Jobard père et fils et Arnould Chenouq (Schnuck) marchand, natif de Nuremberg et habitant Lyon, des maisons à Ser-

1 Archives de l’État, Dossier Cours d’eau, À 786, 20 mars 1810.

« Albert Stoucky, Meunier de Serrières, étant comparu et ayant produit les attestations des publications qu’il à fait faire à Neuchâtel et Serrières conformément à l’arrêt du 26 février, évoquant aujourd’hui en Conseil tous ceux qui pourraient avoir à réclamer contre la permission par lui demandée de RES en forge à martinet une rebatte qu'il possède sur le cours d’eau. de la Serrière.

Voir Manuel du Conseil d'État, 26 té 20 mars, 22 mai, 11 et 18 juin 1810.

» Reconnaissances de Serrières, par Matthey, p. 54.

2 Archives de l’État, 4° min., f° 12,

OS

rières où il y avait ci-devant la papeterie et une fonderie, ainsi que «… une autre à costé en laquelle il y a une tirerie de fil de fer... Item... les outils. de la dite tirerie, comme aussi les balances et toutes pierres à peser le fil de fer... » Le tout a été vendu pour le prix de 5600 livres tournois, monnaie de France (14.000 livres faibles, monnaie de Neuchâtel). s

Mais le Gouverneur de Neuchâtel, au nom du souverain, fit rétraction de ces tréfileries vendues aux Jobard et Schnuck, pour les remettre à Jean-Jaques Mérian, du Conseil étroit de Bâle, et Pierre et Jérémie Raillard. Le but du Gouverneur en agissant ainsi était de favoriser les hautes forges du Val de Travers. !

Le nom des nouveaux propriétaires de la tréfilerie se trouve dans le registre des comptes de la Corporation des Favres, Maçons et Chapuis, fo 144. Ils payèrent à la Compagnie, en 1695, une somme de 15 livres pour leur « rerie de fil de fer » à Serrières, afin de n’être pas obligés d’en faire partie.

Les ouvriers de Mérian et Raillard furent soumis à des « giettes » extrêmement élevées, ce qui provoqua une vive protestation de la part des « Excellences de Basle » auxquelles les propriétaires de Serrières s'étaient adressés. Les Quatre Ministraux, tout en observant que les ouvriers de la tréfilerie « portent plusieurs préjudices à toute la bourgéoisie » répondirent au conseil de la ville de Bâle que dans l’avenir les ouvriers des établissements en question ne seraient plus frappés d’impôts aussi lourds que par le passé. ?

Louis Chaillet acquit la tréfilerie de Serrières le 12 décembre 1698 ; le 15 mai 1713, ses héritiers « font sçavoir que par la teneur des présentes ils vendent et transportent purement, perpétuellement et irrévocablement aux Nobles François Chambrier. David-François Rognon, banquier et Jean Henri De Pierre, marchand de fer... assavoir la tierce partie qui comptoit et apartenoit au dit S' Chaillet assavoir.. une tirerie fil de fer. » à

Le 6 mai 1757, cette tréfilerie fut achetée par Erhard Borel. #

Une autre tréfilerie était exploitée au milieu du XVITIS siècle déjà par la famille Erhard Borel. Cette dernière conclut le 10 mars 1748 un «traité » pour 3 ans avec Rother & Cie, qui, après une mise de fonds, s’associèrent à la fabrication de fil de fer à Serrières. 5

Cette usine est également mentionnée dans le rapport d’un conflit entre Borel et la veuve Grossmann d’une part, DeLuze, Lambelet et Ch. Stauffer d’autre part : Cet quant au réservoir qu'ils ont construit immédiatement au-dessous du pont de la tirerie fil de fer. »

Un arrêt du Conseil d’État du 27 mars 1764 fait également mention de cette tréfilerie. Borel avait engagé un ouvrier des usines de ses concurrents (Jonas Petitpierre et Philippin), sans attendre le délai prescrit

1 Hénri Boveï, L'exploitation du fer au Val de Travers, p. 48. 2 Manuel du Conseil général, 6 mai 1695.

3 Archives de l’État, P. Du Pasquier, not. V, fo 373.

4 Archives Fabrique de Papier, Serrières.

> Documents Me Erhard Borel.

Haye Sie

par la Corporation des Favres, Maçons et Chapuis, prescriptions auxquelles les industriels devaient se soumettre. !

Un autre arrêt de la dite Compagnie ? nous confirme qu’en 1770, la famille Borel possédait ces deux établissements à Serrières pour la fabrication de fils de fer. à

d) Fabrique de faux (roues 1 et 2 de notre plan de 1811). — Le pays

de Neuchâtel était tributaire de l’étranger pour nombre d’objets néces-

saires à l’agriculture. Afin de remédier à cet état de choses, et d'empêcher des sommes importantes de sortir du pays, Erhard Borel IV, allié Thuillier, conclut en 1810 un traité avec Pery, de Champagnole, # contrat qui avait pour but de créer une fabrique de faux à Serrières.

Une forge, située au haut de ce village, fut aménagée pour la fabrication de io nee est mentionnée dans la reconnaissance, faite en 1812 par Matthey : «.… une forge à eau, appelée fabrique de faux où la roue n° 2 fait mouvoir un souflet et celle n° 1 quatre martinets... »

Le Messager Boiteux de la même année cite également cette nouvelle industrie :

Cet objet d'industrie est d’autant plus précieux qu'il se rapporte à l’économie rurale et que jusqu 11 il faisait sortir chaque année du pays une somme considérable en numéraire.

Mais lés espérances des propriétaires ne se réalisèrent pas. Pendant la première année d’activité, la nouvelle industrie réussit à merveille.

Mais dans la suite le principal ouvrier de l’usine, celui qui faisait la

trempe, ayant été acheté par des concurrents, fit tomber l’industrie des . faux à Serrières, en fabriquant sciemment des aciers de qualité infé-

rieure. Quelques années après les premuers essais, la fabrique fut liquidée. ÿ

S 3. La frappe des monnaies.

Serrières posséda à différentes époques des établissements dans lesquels on frappait des monnaies, soit pour le pays même, soit pour les hôtels des monnaies des pays étrangers.

Un établissement pour la fabrication de la monnaie fut construit à Serrières en 1620 par Henri Il. Ce prince décida de frapper monnaie ; dans ce but son gouvernement passa un traité avec le maître monnayeur

14«.. c’est qu'ils ne pouront engager réciproquement aucun ouvrier de leur tirerie respective que six mois après l’échance du congé par écrit qui lui aura été donné par son maître, dans la tirerie duquel il travaille, et encore moins pouront ils user d’aucunes pratiques sourdes et indirectes pour les soustraire, comme prêts d’argent, faire boire les ouvriers, leur donner retraite et généralement tous autres moyens d’éluder l’exécution de la convention ci-dessus. » (Manuel du Conseil d’État, 27 mars 1764.)

2 Livre des arrêts, II, fol. 283.

3 La description .du professeur Meïiners, dont nous avons cité un passage, page 64, mentionne aussi ces deux établissements.

4 Département du Jura (France).

>'Documents Me Erhard Borel.

LRU

Jean-Henri Wittnauer, bourgeois de Bâle, le 30 novembre 1620. Le contrat ! prévoyait la frappe de toutes sortes d’espèces de monnaies d’or et d’argent, comme pistolets d’or, talers, batz et creutzers, testons, pièces entières, ainsi que des demi-pièces de chaque sorte. Cette conventon octroyait à Wittnauer la permission de construire les bâtiments, moulins et rouages qui lui seraient nécessaires pour la frappe de cette monnaie, soit à Neuchâtel-Ville même, soit à Serrières.

Le jour de la conclusion du contrat, le gouvernement élabora un règlement pour le maître monnayeur, règlement emprunté aux ordres et coutumes de l'hôtel des monnaies de Berne. Il dit notamment que le nouveau monnayeur est tenu de battre toutes les espèces de monnaies d’or et d’argent dont le gouvernement lui fera commande ; il lui est interdit d’altérer le poids ou le taux de l’alliage, si ce n’est avec la permission du prince, et 1l doit livrer les pièces ainsi qu’elles se fabriquent dans les trois villes combourgeoises de Berne, Fribourg et Soleure.

On fixe encore au maître monnayeur la valeur des différentes pièces qui seront frappées à l’effigie et aux armes du prince.

Le maître monnayeur n’aura aucune redevance spéciale à payer aux inspecteurs de monnaies d’alors, si ce n’est celles prévues ordinairement.

Maître et ouvriers sont astreints au serment traditionnel.

Le gouvernement met à la disposition de la nouvelle Monnaie tous les instruments et bâtiments nécessaires. Le maître monnayeur devra rendre le tout en bon état, sans cependant remettre les améliorations qu’il y aurait apportées.

Cependant ce sera à ses frais que se fera l’installation des rouages et engins nécessaires à la marche de l’usine ; le gouvernement lui donnera seulement le bois nécessaire. Il a le choix entre Neuchâtel et Serrières pour édifier sa fabrique.

Comme nous le voyons par le contrat aussi bien que par le règlement

ci-dessus, on prévoyait l’utilisation des forces motrices du Seyon ou de.

la Serrière. Nous apprenons par les mémoires d'Abraham Chaillet, ? que Wittnauer choisit Serrières pour établir son hôtel de la monnaue, endroit où il avait trouvé la force hydraulique nécessaire à faire tourner ses roues :

La Seigneurie avoit fait batir une monnoye à Serrière, derrière les moullins de M. Mouchet, iceluy la fist batir ; les Vittnauer de Basle estoyent les monnoyeurs, ils avoient fait un moullinet et battirent quantité de batzen, et Messieurs de Berne les descrièrent sur leurs terres.

Les moulins de Mouchet (Abraham et son fils Jean, trésorier et receveur général des finances) étaient situés au bas de Serrières (Moulins du Bas) ; l’endroit où l'hôtel des monnaies fut érigé se trouvait donc probablement à la place actuelle de la scie de M. L. Martenet.

Le contrat fait avec le gouvernement ne mentionne qu’un seul monnayeur : Jean-Henri Wittnauer. Mais celui-ci appela son frère, Nicolas

1 Donné en annexe (n° 15).

? Musée Neuchâlelois, 1880, p. 271.

Page 1