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Dans un rapport de la Commission de la monnaie du 29 octobre 1776, 1 concernant les monnaies de billon à fabriquer dans la Souveraineté, nous lisons :
Les peines et difficultés que nous avons eu de trouver un maître monnoyeur, disposé à entreprendre la fabrication de nos monnoyes de billon, sur le pied de la tabelle qui a été agréée de la Cour, sont les seules causes qui jusqu’ à présent ont arrêté le rapport que nous devons au Conseil, sur la réponse qu’il convient de faire au très gracieux rescript de Sa Majesté du 18 septembre dernier.
. Nous avons fait toutes les diligences et recherches possibles à Genève, à Berne, à Fribourg, Soleurre, même à Ne et autres villes d’ Allemagne pour trouver l’homme qui convenoit..
Mais à Fribourg en Suisse, il nous a été indiqué un sujet nommé Muller, que l'Etat fait voyager en Allemagne et surtout en Saxe pour se perfectionner dans l’art d’allier les métaux, et dans tout ce qui a rapport à la profession de maître monnoyeur à laquelle ‘il est voué.
. Sa Majesté y verra ses dispositions à entreprendre avec son fils la fabrication de nos monnoyes de billon sur le pied de notre tabelle et de nos propositions et même à venir icy, dès à présent si on le désire pour nous aider à ordonner tous les préparatifs de cet établissement et à distribuer commodément l’hôtel des monnoyes qui sera bâti à Serrières…
Pour installer cette monnaie, Erhard Borel offrit dans une lettre qu'il adressa en date du 29 avril 1776 à Boyve, ? une maison dans le bas de Serrières pour le prix de cent louis neufs de France. Dans cet immeuble, Borel avait installé une forge ; 1l offrait également de changer les martinets en un laminoir, nécessaire pour la fabrication de la monnaie. Mais la commission de la monnaie avait trouvé encore un autre immeuble, situé sur le Seyon, à Prébarrau, et qui paraissait aussi remplir les conditions nécessaires pour le nouvel Hôtel de monnaie.
On appela le monnayeur Muller de Fribourg pour choisir le lieu le plus approprié à la frappe. Il vint avec son fils, 8 et : les deux monnayeurs désignèrent Serrières comme l'endroit le plus ‘favorable à la fabrication de la monnaie. * Tout paraissait arrangé, les travaux avancés, lorsque, en date du 6 mars 1779, le Chancelier écrivit la nouvelle suivante à Muller :
Il a plû au Roi Notre Souverain de renvoyer à un autre tems l’exécution du projet de fabrication de monnoye... j'ignore les raisons qui ont engagé Sa Majesté à cette résolution, mais je suis intimement persuadé que le projet sera remis tôt ou tard sur le tapis. ÿ
Une fois encore, l’idée d’établir l’hôtel de la monnaie à Serrières avait fait faillite.
S1 l’État de Neuchâtel ne fit point frapper de monnaies à Serrières à cette époque, l’industrie privée par contre en fabriqua pour d’autres pays.
4 Arch. de l'Etat, Dossier Monnaie, n° 202.
3 » » » » ns 208, 210.
: » » » » n° 220, 10 novembre 1778.
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Erhard Borel et les frères Roulet à Serrières furent chargés en 1784 de la part de la Monnaie de Strasbourg de frapper des sols, demi-sols et : des liards. A cet eflet, ils demandèrent par lettre du 5 juilles 1784 ! au Conseil d’État de leur remettre « … le coupoir de leur monnoye qui dans ce moment leur seroit extrêmement utile à l’usage de leur fabrique de Serrières.… »
Le Conseil accueillit favorablement leur demande et leur loua pour un an l'instrument en question.
En 1786 les négociants de la ville de Neuchâtel présentèrent une requête au Gouverneur, ? requête par laquelle ils se plaignaient que les habitants de ce pays souffrissent terriblement du manque de petite monnaie.
La question de la fabrication fut de nouveau discutée longuement et Serrières désigné à plusieurs reprises comme le lieu le plus propre à la frappe. On parlait des établissements de Bioley 3 et des usines où E. Borel et les frères Roulet avaient déjà frappé de la monnaie pour la ville de Strasbourg. ‘
Tous ces projets d’établir l'hôtel de la monnaie ou au moins les laminoirs à Serrières tombèrent à l’eau. Le rapport de la Commission, du 15 mai 1790, ÿ contient les considérations suivantes :
Quant aux laminoirs, nous aurions désiré les faire mouvoir par le moyen de l’eau à Serrières qui auroit été le lieu le plus à notre portée, vu qu’en nous arrêtant à quelques emplacements sur le Seyon, à la vérité moins éloigné, nous aurions exposé notre laminage à toute l'incertitude du cours de ce torrent, tantôt très abondant, tantôt : peu près à sec, mais considérant qu’un établis sement à Serrières nous occasionneroit des dépenses auxquelles nous n’aurions pu pourvoir sans excéder de beaucoup la somme que la cour nous a
‘allouée pour mettre en train notre fabrication...
En 1804, 6 la Commission des monnaies dit dans son rapport au Conseil d'État qu’elle s’est occupée, en conformité du rescrit du 6 août 1801, de l'établissement d’un laminoir à eau et qu’Erhard Borel est disposé à louer au gouvernement un bâtiment et cours d’eau à Serrières, propre à l'établissement du laminoir projeté.
Le 25 juin 1804 convention fut passée entre les membres du gouvernement d’une part et Erhard Borel pour la location du bâtirent en question, aux conditions ci-après : 7
La dite location est faite pour le terme de 30 ans. Messieurs les Commissaires pourront ‘faire à leur frais dans le dit bâtiment toutes et telles construc-
tions et réparations qu’ils jugeront à propos pour la fabrication de lamonnaye.
la présente location a été convenue au prix de 15 Louis d’or neufs, soit 252 frs argent d’ici.
4 ; Arch. de l’État, Dossier Monnaie, n° 231.
6 Manuel de Conseil d'État, 19 juin 1804.
7 Arch. de l'État, Dossier Monnaie, n° 315.
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Ce contrat nous ferait croire que la frappe fut exécutée à Serrières ; mais par une (notte envoyée ce jour, 15 mars 1806 à S, M. le Roy de Prusse » qui présente les comptes de l’exploitation de la monnaie, nous constatons qu'il ne s’agissait que des laminoirs. Ces derniers furent ouverts en 1804 à Serrières, les frais d'installation se montant, suivant les comptes mentionnés ci-dessus, à L. 4.198.4.9. 1
Un immeuble, situé dans le vallon de la Serrière, porte encore aujourd’hui le nom de La Monnaie ; il s’agit probablement des ateliers où E. Borel frappa des sols et liards de France. Les projets de construction de la Fabrique Suchard S$. A. feront disparaître sous peu ce témoin d’une vieille industrie à Serrières.
1 Arch. de l’État, Comptes de fabr. des monnaies 1794-1818. (Brouillard des écritures pour la fabrication, © n° 2, p. 25.)