A PROS
Dès lors, on ne tenta plus de reprendre la sériciculture dans le canton de Neuchâtel, malgré les encouragements du DT Sacc en 1866. !
Il faut voir la cause de cet abandon dans les épidémies qui ont ravagé les magnaneries. C’est du moins la raison que semblent donner les industriels.
I nous paraît que d’autres facteurs durent intervenir pour décourager dans leurs efforts séricicoles les habitants de notre pays, puisque dans d’autres pays où la maladie avait aussi fait de cruels ravages dans les magnaneries, l’élevage du ver à soie ne fut pas abandonné pour cela.
Nous croyons, contrairement au mémoire, du pasteur Imer, que le climat du littoral du lac de Neuchâtel n’est pas très favorable à la sériciculture. Les changements de température sont souvent trop brusques et tels que le ver à soie ne peut les supporter. Les précipitations sont trop abondantes ; les pluies de la Saint-Jean créent des difficultés insurmontables. Les gelées du printemps enfin sont à craindre pour la culture du mûrier.
Un autre grand obstacle à la sériciculture dans notre pays, et qui se rattache aussi à des questions climatiques, est le suivant : au moment où le ver à soie conimence sa mue et devient vorace, les feuilles du müûrier ne sont pas toujours sorties et le ver à soie risque d’être affamé ou même de périr d’inanition.
À en juger par la Feuille d'Avis de l’époque, un autre obstacle surgit lors des essais tentés par Suchard et de Joannis, mais il n’entrerait plus en ligne de compte aujourd’hui : le public craignait que la nouvelle exploitation ne portât préjudice à la culture du vignoble, qui était alors la source de grands revenus.
Telles furent sans doute les principales causes qui empêchèrent la réintroduction de la sériciculture dans notre pays.
S 3. Filature de laine.
La filature de Serrières, connue sous la raison sociale de Filature de laine à la fonderie, fut ouverte au mois d’août 1833. ? On y filait milaine, draps et tricot ; dans une dépendance on dégraissait et on lavait la laine. Les prix de la filature étaient les suivants :
Pour demi-laine, à sept batz la livre.
Pour draps ordinaires, à huit batz.
Pour tricot, de neuf à quatorze batz suivant la finesse.
À partir de 10 livres, l'établissement se chargeait de laver la laine à raison d’un batz par livre.
En outre, on pouvait y faire mouliner la filature, moyennant 2 batz par livre. 3
Quelques années après la fondation de la filature, de nouvelles ma- 1 Musée Neuchâtelois, 1866, p. 29.
: AU d'Avis de Neuchâtel, n° 32, 9 août 1833. » » n° 23, 5 juin 1834.
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chines furent acquises, ce qui permit à cet établissement de perfectionner ses produits. {
En 1837, David- Louis Borel, qui exploitait alors la filature comme
locataire, acquit tous les imineubles de l’hoirie d’Erhard Borel. La fila-
ture était donc installée dans « l’ancienne fonderie » et la teinturerie qui a été ajoutée aux établissements de filature, dans la maison appelée Cla Monnaie » (roues n°% 16 et 17 de notre plan).
Borel compléta la raison sociale comme suit : Filature de laine, tissage, foule et apprêture de draps et mi-laine; au-dessus du pont à Sere (Borel-Boyer & Cie).? Grâce à l'achat de machines perfectionnées pour tondre et décatir les draps, les nouveaux propriétaires donnèrent à leur établissement une grande extension. Les prix de filature purent alors
- être abaïssés :
Pour demi-laine, de 11 livres et en sus, 6 batz.
Pour demi-laine, au-dessous de 11 livres, 6 14 batz.
Pour draps, 7 batz.
Pour bas, suivant finesse, de 7 15 à 9 batz.
Prix de foule et d’ apprêt, par aune pour mi-laine, 1 34 batz.
Pour draps remis tissés, suivant finesse et largeur, de 5 à 12 batz.
Pour draps fabriqués avec de la laine remise à l’établissement, suivant finesse et largeur, de 30 à 50 batz.
Ils se chargèrent également de la teinture de toutes sortes d’étoffes et de toutes nuances.
Le 6 septembre 1843, David-Louis Borel présenta une requête au gouvernement ; «… dans le but de perfectionner la filature de laine qu’il possède à Serrières et de donner une plus grande extension à cet établissement.…. », 1l demandait de pouvoir remplacer «.… les deux roues n® 16 et 17 qui servoient anciennement à mettre en jeu une forge à martinet et un laminoir... par une seule roue destinée à la filature de laine. », et en outre, la permission de construire de nouveaux bâtiments qui «… reposeront sur deux voutes en pierre sur la Serrières, de 15 à 20 pieds de hauteur... » 3
Tous les propriétaires d’usines de Serrières s ’opposèrent aux projets présentés par D.-L. Borel, exprimant la crainte «... que ce bâtiment, plus particulièrement exposé aux dangers du feu par le genre de sa construction et destination, ne vienne en cas d'incendie à s’affaisser dans la rivière et à causer la ruine de leurs établissements, en obstruant le cours d’eau... »
Mais le Conseil, après un examen des craintes exprimées par les propriétaires de Serrières, autorisa D.-L. Borel à faire le changement
1 Feuille d'Avis de Neuchâtel, 23 avril 1835.
2 Le 9 mai 1840, l'acquéreur conclut en outre avec l’hoirie sus-mentionnée une convention, portant entre autres art. 2 : « Lorsque l’hoirie d’Erhard Borel ou l’un de ses ayantcause voudra reconstruire à neuf le moulin Ravenel, David-Louis Borel ne portera aucune opposition. » Cette clause donna lieu à un procès quelques années plus tard, lorsque Charles-Antoine Borel reconstruisit à neuf le moulin en question.
3 Archives Suchard S. A.