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critique où se trouvaient certaines cultures habituellement pratiquées

dans le pays, la Société d’émulation patriotique de Neuchâtel ! proposa dans sa séance du 7 juillet 1808 de mettre au concours la question de savoir (quelle branche d'industrie rurale ou commerciale on pourrait introduire dans le pays, pour remplacer celles qui n’offraient plus les mêmes ressources qu'auparavant ».

. Le travail de Jean-François Îmer, pasteur à la Neuveville, intitulé Mémoire sur la culture des meuriers blancs et des vers à soie dans la partie occidentale de la Suisse, fut couronné en 1809 par la susdite société.

Il nous semble indiqué de résumer brièvement ce mémoire qui suscita dans le Vignoble neuchâtelois, surtout à Neuchâtel, Colombier et Serrières, de nouvelles tentatives de sériciculture.

Le but de l’auteur n’était pas de donner des idées originales sur l’in-. dustrie intéressante qui enrichissait la France et l'Italie, il désirait simplement fixer l'attention des habitants de nos contrées sur une industrie qu'ils avaient négligée.

Son mémoire est divisé en trois parties :

19 Il répond aux objections généralement faites dans notre pays à la sériciculture.

20 Il donne un aperçu de la méthode de culture et d’ éducation qu’il a suivie dans ses propres expériences.

39 Il expose les résultats auxquels il est arrivé.

Imer s’attache à recommander la culture du mûrier et l’élevage du ver à soie en grand ; il n’y a aucun profit à tirer d’un petit nombre de cocons qu’on doit faire filer au loin. Il faut que la quantité de cocons récoltés permette de se procurer sur place de bonnes fileuses. Du moment qu'on a une quantité d’arbres suffisante, ou que plusieurs cultivateurs voisins joignent leur récolte et leurs magnaneries, de manière qu’il vaille la peine de se procurer des fileuses, la soie aura un écoulement facile et certain. \

La longue expérience de cet auteur ? lui permet de dire que le climat de notre pays est excellent pour la sériciculture et 1l le déclare même plus favorable que les climats trop chauds. Dans nos climats tempérés, les müûriers croissent indifféremment dans tous les terrains : on en a planté près des eaux, au sommet des coteaux, dans des lieux arides, dans les meilleures terres, tous ont parfaitement réussi.

Quant au ver à soie, [mer conclut que notre climat lui convient également. Il peut supporter sans dommage les plus grandes chaleurs et il est facile de le protéger du froid par le chauffage. Les pluies trop abondantes sont le seul inconvénient de notre climat.

1 La Société d’Émulation Patriotique, ainsi que la Société du Jeudi, ont joué un grand rôle à la fin du XVIIIe et durant la première moitié du XIX° siècle dans la vie économique de Neuchâtel. Par les concours qu’elles organisaient, un grand nombre de mémoires concernant l’économie rurale, l’industrie, l’histoire et la géographie furent élaborés, éclaircissant une foule de questions. A. PETITPIERRE, Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 7.

2 Les premiers essais de sériciculture d’Imer remontent à 1781, année durant laquelle il fit une récolte de 21 livres de cocons. Il importait la graine du Piémont ; une femme des Vallées Vaudoises venait chaque année pour quelque temps filer les produits obtenus. Les essais furent abandonnés par Imer déjà en 1812. Notice Biographique sur Jean-François Imeér, p. 8.

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Les essais tentés par le pasteur Imer donnaient de fort belles soies. Envoyées à Lyon, en Italie et en Angleterre, elles furent jugées de très bonne qualité.

Le mémoire d’Imer, basé sur des expériences satisfaisantes, recommandait à la population de notre pays cette branche d’industrie d’un grand avenir. |

Ces conseils furent suivis un peu partout dans le Vignoble neuchätelois ; en 1834, les produits des essais tentés par la population permirent d'alimenter une petite fabrique de rubans de soie qui comptait sept métiers (à Fontaines au Val de Ruz ?). ! A la même époque, des tentatives en grand furent entreprises par le professeur H. de Joannis et Philippe Suchard ? (1836). En 1842, la Cour de Berlin demanda des informations au Conseil d’État sur l’avancement de l’industrie séricicole du professeur Joannis. Ce dernier présenta un mémoire à ce sujet et le roi lui alloua à titre d'encouragement une subvention de 2000 livres. ÿ

Philippe Suchard, secondé par un spécialiste qu'il avait fait venir d'Avignon, planta 3000 mûriers qui occupaient deux poses de vignes (situées à Serrières). * D’autre part, il installa une petite magnanerie lui permettant d'élever le ver à soie. Ses essais ayant été couronnés: de succès, 1l ne tarda pas à installer ses premiers métiers à tisser la soie dans le vallon de la Serrière.

De superbes châles, premières pièces sorties de cette nouvelle manufacture, furent remis en cadeau au gouvernement et aux autorités de la ville de Neuchâtel.

La lettre d'accompagnement, du 13 mai 1844, 5 disait :

C’est autant par devoir que par déférence que je m’empresse de vous témoigner mon dévouement en vous priant d’agréer ce foulard en soie écrue que je joins à la présente ; il ne peut avoir de mérite que comme première d’une industrie nouvelle qui promet quelque chance de succès dans ce pays, ainsi que le premier produit de mon établissement de Serrières, où il a été filé et tissé avec de la soie provenant des vers élevés et nourris avec les mûriers du sol.

Daignez agréer, etc. (Sig.) Philippe Sucxarp.

D'autre part, dans le Manuel du Conseil Général de Neuchâtel, le don de Suchard est mentionné comme suit : «13 mai 1844 : Suchard fait don au Conseil d’un foulard filé et tissé avec de la soie produite par des vers élevés et nourris à Serrières avec des müûriers du sol ».

1 Arch. de l’État, Dossier Industrie, G 4, n° 332.

? En 1839, des essais furent également tentés au Val de Travers. (Feville d’ Avis de Neuchâtel, 1839, n° 11.)

3 Archives de l’État, Dossier Industrie, G 4, 128.

« Le professeur de Joannis avait fait les plus louables efforts pour introduire sur les bords du lac de Neuchâtel la culture du mûrier blanc et l’éducation des vers à soie. Un connaisseur qui avait visité en Suisse et ailleurs plusieurs plantations, n’avait rien trouvé de mieux entendu et de mieux dirigé que celle de Neuchâtel. Les échantillons des soies de la magnanerie de M. de Joannis avaient été, de divers côtés, l’objet de jugements très favorables. La Société d’Émulation décerna à son habile directeur une médaille de 20 ducats. (1842).» À. PETITPIERRE, Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 434.

4 Musée Neuchâtelois, 1864, p. 58. “as

5 Archives de l’État, Dossier Industrie, G 4.

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Quelque temps après, Ph. Suchard demanda au gouvernement la permission d’établir à Serrières d’autres métiers à tisser et à filer la soie dans les établissements qu’il possédait sur le cours d’eau de la Serrière pour la fabrication du chocolat. Dans un rapport du 26 juillet 1844 du Maire de Neuchâtel, Perrot, au Département de l'Intérieur, ! nous lisons à ce sujet : « La requête ci-Jointe présentée par le sieur Philippe Suchard a deux objets distincts, car il demande de pouvoir utiliser de la manière la plus libre un moteur qui n’a été primitivement concédé que pour faire marcher une huilerie, et ensuite d’être autorisé à faire arriver dans sa maison. un tube. de 10 pouces de diamètre... dont 1l a besoin pour faire prospérer sa nouvelle industrie séricicole. »

Sur les protestations de Charles-Fréd. Gueissbuhler, Jean-Pierre Martenet, Fréd. Biolley et Jean Knuchel, tous propriétaires d’usines à Serrières, Suchard se vit dans l’obligation de retirer la seconde partie de sa requête ; il se contenta d’obtenir du gouvernement la permission d'appliquer le moteur qu’il possédait déjà sur le cours d’eau de la Ser-

rière à des métiers pour filer et tisser la soie. ?

Le moteur dont 1l s’agissait représentait une force de 10 à 14 chevaux, force suffisante pour faire marcher à la fois l'établissement de la chocolaterie et les métiers qu'il était question d'y. établir.

Les cultures de Serrières prirent d’année en année une plus grande extension. En 1845, 3 Ph. Suchard sollicita l° appui et le secours du gouvernement pour l” établissement d’une magnanerie en grand, ayant déjà fait lui-même pour celle qu’il entretenait depuis plusieurs années des sacrifices et des frais considérables. Le roi « voulant encourager la culture de la soie » agréa sa demande et lui fit remettre, par le Conseil d’État, la somme de 1000 livres (prises dans le « fonds royal de 70.000 livres »).

Ph. Suchard donna à cette industrie une telle extension qu’en 1844 1l éleva autant de vers à soie que dans les plus grandes magnaneries de la Suisse. # Les cocons qu’il envoya à Lyon furent trouvés excellents.

Mais les grandes espérances qu’il avait mises dans cette nouvelle branche d'industrie furent anéanties peu après. Une terrible épidémie de pébrine (occasionnée par le Nosema bombycis *) arriva du Midi de la France, détruisant en quelques jours toute son œuvre.

Il se vit forcé de fermer les établissements où il venait d’installer des métiers à filer et à tisser la soie, et de renoncer à la sériciculture.

1 Archives de l’État, Dossier Cours d’eau, A I, n° 761.

2 «Le rouage dont il s’agit fut concédé en 1811 pour l’usage d’une huilerie, à condition que l’établissement ne pourrait recevoir une nouvelle destination sans une autorisation du gouvernement, qu’en vertu d’un arrêt du 29 juillet 1816, le prépossesseur transforma l’huilerie en une foule à tondre le drap, et qui plus tard est devenue une fabrique de chocolat.» Manuel du Conseil d’État, 11 septembre 1844 ; Archives de la Ville, Manuel des Quatre Ministraux, 17 septembre 1844.

3 Manuel du Conseil d’État, 30 juin 1845. S

4 Manuel du Conseil d’État, 11 septembre 1844.

5 La pébrine est causée par un parasite animal, un sporozoaire : le Nosema bombycis. 11 vit à l’intérieur des cellules du ver à soie qui s’infecte en avalant les spores du parasite. Sitôt dans l'intestin, le spore se rompt et son contenu, après des multiplications répétées, passe dans la cavité générale et dans le sang du ver à soie. Ces éléments pénètrent ensuite dans les cellules de tous les tissus où ils se multiplient et donnent de nouveau les spores: Comme celles-ci se forment surtout dans l’ovaire, les jeunes chenilles sont infectées dès leur naissance.

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