Voir von Halle, p. 101, 102, et la note de la page
Chaque fois, le Trust a dû se livrer à une campagne en règle auprès des membres du Congrès pour se faire accorder les avantages qu'il désirait; son intervention a d'ailleurs été couronnée de succès ; les législateurs américains ont fait bonne garde autour du marché des Etats-Unis.
Le tarif Mac Kinlcy, en 1890, frappait tous les sucres au-dessus du degré 16 de l'étalon hollandais {Dutch Standard), d'un droit d'entrée de 2 centimes 1/2 par livre. En outre, un droit égal atteignait les sucres en provenance de pays accordant des primes d'exportation à leurs producteurs de sucre, de telle sorte que l'Allemagne et l'Autriche *
1. On sait que l'existence de primes à l'exportation en faveur des producteurs allemands et autrichiens a été l'argument décisif qui a enlevé le vote de primes analogues en faveur des producteurs français lors de la discussion de la loi sur les sucres en 1897.
Quant à l'intérêt énorme de l'Allemagne et de l'Autriche dans la question des droits sur le sucre en Amérique, on peut s'en rendre compte par l'importance de la production sucrière dans ces deux pays. Le tableau suivant, emprunté au Monde économique du 14 août 1897, en donne une idée très complète :
Tonnes. Tonnes. Tonnes. Tonnes.
Allemagne 1.835.000 1.637.000 1.828.000 1.366.000
Autriche 946.000 781.100 1.043.000 832.000
France 700.000 624.900 745.000 540.000
Russie 725.000 730.000 595.000 650.000
Belgique 271.700 220.000 250.000 226.000
Hollande 175.000 107.000 85.000 72.000
Suède 102.000 79.400 140.000 110.000
Divers pays 70.000 60.000 » »
Total de sucre de better. 4.824.700 4.239.400 4.686.000 3.796.000 Sucre de canne 2.885.000 2.968.811 3.581.413 3.552.374
Total 7.709.700 7.208.211 8.267.413 7.348 374
— les plus grands importateurs de sucre aux Etats- Unis — avaient à acquitter un droit total de 5 centimes par livre (anglaise), soit d'environ 0 fr. 11 par kilog. De plus, le marché américain était encore isolé d'une autre manière : tout producteur de sucre provenant de sorgho, canne à sucre, betterave ou érable à sucre, récolté aux Etats-Unis, pouvait, moyennant certaines formalités, se faire payer par le trésor une prime [bou?itij) de 0 fr. 10 par livre lorsque ce sucre atteignait 90^ au polariscope, ou de 0 fr. 075, lorsqu'il en marquait de 80 à 90, soit 0 fr. 22 ou 0 fr. 16 1/2 par kilog. K
En revanche, les sucres au-dessous du degré 16, les mélasses, etc., étaient exemptés de tout droit et pouvaient entrer librement aux Etats-Unis^.
Malgré la tendance générale ultra-protectionniste du tarif Mac Kinley, ces dispositions étaient, par rapport au régime précédent, un acheminement vers la free breakfast table. Elles modéraient les droits d'entrée anciens. A cette époque, d'ailleurs, le trésor américain souffrait de pléthore et Mac Kinley déclarait n'avoir frappé certaines marchandises d'un droit exorbitant que pour en empêcher l'entrée et diminuer ainsi des recettes douanières trop encombrantes. Dans le cas du sucre, il ne pouvait pas être question d'en arrêter l'importation. Les Américains en consomment annuellement
1. Voir Tariff Acts passed by Congress of the United States from 1789 to 1895, compiled by William H. Michael and Pitman Pulsifer. Document n° 219. Sonate. 54*" Congress, p. 340 à 342.