Voir le Monde économique du 3 avril
LE TRUST DE l'aCIER 195
Ainsi la puissance de la combinaison Carnegie- Rockefeller s'affirme avec un caractère normal et durable. Elle ne doit rien, dans son état actuel, à la protection artificielle des tarifs douaniers; elle n'opprime pas le consommateur; elle n'a pour résultat que de le bien servir et à meilleur marché.
Si cette combinaison constituait un trust véritable, il y aurait lieu de s'alarmer pour l'avenir de la concurrence, et nous serions obligés de convenir f|ue l'évolution industrielle conduit naturellement, au moins dans ce cas, à la monopolisation.
Mais c'est précisément le caractère de monopole qui manque à la combinaison. Elle a des concurrents, en petit nombre, mais puissants. Elle a réduit la sphère de la concurrence en ce sens qu'aujourd'hui de très grandes usines, généralement unies à des compagnies minières, peuvent seules fabriquer l'acier aux États-Unis, surtout les rails d'acier, mais elle n'a pas détruit la concurrence.
Il y a là en somme un phénomène intense de concentration industrielle, non pas un phénomène de monopolisation.
Sur les ruines des usines moins importantes, s'élèvent quelques compagnies puissantes devant lesquelles un avenir très prospère paraît s'ouvrir.
Déjà, elles ont profité de l'activité extraordinaire des transations qui a marqué la chute des pools et l'établissement du soi-disant trust. Dès la fin de 1896, V Illinois Steel Company, liée avec la compagnie minière du Minnesota, certaines entreprises
du Tennessee et de l'Alabama, d'une façon générale, toutes celles qui pouvaient fabriquer aux prix nouveaux, reçurent des ordres nombreux. Comme il arrive chaque fois qu'un produit baisse de prix, la clientèle s'élargit aussitôt, donnant à la production une poussée énorme.
Et la concurrence américaine menace aujourd'hui l'Angleterre elle-même. D'après Vli'on and Coal Trades Rei>iew de Londres *, « le fer en saumon de Bessemer coûte aux Etats-Unis de 10 à 15 shillings (12 fr. 50 à 18 fr. 75) par tonne de moins qu'en Angleterre; pour une tonne d'acier la différence est même encore plus considérable. Malgré le taux plus élevé des salaires aux Etats-Unis, le travail coûte souvent de 25 à 35 p. ICO de moins que le travail le meilleur marché en Angleterre. » C'est que la perfection du machinisme y est poussée beaucoup plus loin. On ne saurait assez faire remarquer à ce sujet combien l'élévation du taux des salaires a heureusement contre-balancé aux Etats- Unis les effets des tarifs douaniers. Les manufacturiers américains ne se sont pas « endormis sur l'oreiller de la protection » ; ils avaient le constant souci de diminuer la charge écrasante de la maind'œuvre; aucune circonstance n'a autant développé le caractère inventif de la race et poussé d'une manière aussi efficace au progrès des méthodes. Aujourd'hui, ils sont arrivés à ce point dans l'industrie du fer et de l'acier qu'ils peuvent, avec des